Dix ans après l'annulation des élections législatives de 1991, l'Algérie reste prisonnière d'une crise interminable. Massacres de civils, révolte de la jeunesse kabyle et répression se mêlent sur fond de paupérisation galopante et de chômage massif. L'immobilisme du régime militaire se heurte à un mouvement d'insurrection sociale, politique et morale de la population qui déborde désormais largement le cadre de la seule Kabylie. Les Algériens n'ont plus peur, et ils commencent à se rendre à l'évidence : les exactions qui ensanglantent leur pays depuis une décennie ne sont pas seulement imputables aux mouvements islamistes, mais aussi aux "forces de l'ordre". Dans un tel climat, les dissensions au sein de la haute hiérarchie militaire se font désormais jour, tandis que le malaise des jeunes officiers devient de plus en plus perceptible. Quant à la présidence, elle est engagée dans une lutte de pouvoir avec les généraux. Pour l'armée, le nouveau contexte international de lutte anti-terroriste constitue, certes, une aubaine. Mais elle aura beau continuer à entretenir le chaos pour faire figure d'unique recours contre les islamistes, rien ne sera plus jamais comme avant. L'Algérie est en train de changer.