Dans cet entretien exclusif réalisé par Colette Braeckman, le président du Zimbabwe revient longuement sur la grave crise qui secoue son pays depuis dix-huit mois. Face aux lenteurs de la redistribution des terres qui empoisonne le climat politique depuis l'indépendance, les occupations - plus ou moins spontanées - de fermes appartenant à des Blancs se sont multipliées. Même si l'accord d'Abuja du 7 septembre entre Harare et Londres a partiellement résolu le volet financier de la réforme agraire, la Grande-Bretagne acceptant enfin de verser des compensations financières aux fermiers blancs, il est probable que la confiance mettra du temps à être restaurée. On reproche aussi au président Mugabe la manière dont il a engagé son pays en République démocratique du Congo pour soutenir feu le président Kabila. Bien que l'opinion zimbabwéenne ne comprenne pas les raisons d'un tel engagement qui a coûté la vie à de nombreux soldats, Robert Mugabe n'entend pas retirer ses troupes tant que les accords de paix ne seront pas mis en œuvre et les forces de l'ONU déployées sur le terrain.