par Galia Ackerman**
Viktor Iouchtchenko est né en 1954, dans une famille d'instituteurs ukrainiens. Docteur en sciences économiques, il fait carrière, à partir de 1976, au sein du système bancaire de l'Ukraine. L'indépendance de son pays, acquise en 1991 avec l'effondrement de l'URSS, accélère son ascension. Entre janvier 1993 et décembre 1999, en tant que président de la Banque d'Ukraine, il crée le Trésor et met en circulation la monnaie nationale, la hrivna. En 1997, la revue Global Finance le cite parmi les six meilleurs banquiers du monde.
De décembre 1999 à avril 2001, Iouchtchenko est premier ministre. Grâce à ses audacieuses réformes, il réussit à obtenir, pour la première fois depuis l'indépendance, un PIB positif. Il parvient également à rendre transparent le mécanisme de transactions financières entre les entreprises, à assainir le marché de l'énergie et à augmenter les recettes fiscales. En une seule année, il liquide les arriérés de paiement des salaires, retraites et bourses (1). Très populaire, il est néanmoins contraint de démissionner à la suite des pressions de clans mafieux sur le président Koutchma.
En janvier 2002, Iouchtchenko devient le chef d'un bloc de dix partis de centre droit, Notre Ukraine. Jusqu'à son élection à la tête de l'État, il sera le leader de l'opposition en sa qualité de président du groupe parlementaire le plus nombreux.
En septembre 2004, en pleine campagne électorale, il est victime d'un empoisonnement à la dioxine qui le défigure et le rend gravement malade. Malgré ce handicap, tous les sondages effectués à la veille des deux tours de l'élection présidentielle le donnent gagnant face à son adversaire, Viktor Ianoukovitch, premier ministre sortant, "  candidat du pouvoir " et favori des dirigeants russes, qui mettent tout leur poids dans la balance pour soutenir leur poulain.
On connaît la suite : la fraude électorale massive organisée par le régime au lendemain du deuxième tour (tenu le 21 novembre 2004) déclenche la révolte de la population. Dès l'annonce de la " victoire " de Ianoukovitch, des manifestants sortent en masse dans les rues de Kiev et de plusieurs autres villes ukrainiennes en arborant des colifichets orange, couleur de ralliement de l'opposition. À l'issue d'un bras de fer de plusieurs semaines, la " révolution orange " triomphe. La Cour suprême annule les résultats de l'élection et fixe un nouveau deuxième tour. Celui-ci a lieu le 26 décembre 2004. Iouchtchenko obtient 52 % des voix et est intronisé président.
La " révolution orange " fut un moment historique majeur dans la formation de la nation ukrainienne moderne. Fort d'un très large soutien populaire et d'une aura héroïque, le nouveau président, qui se veut le champion des valeurs démocratiques et rêve d'amarrer son pays à l'Union européenne, se trouve désormais confronté à une tâche gigantesque : il doit moderniser et assainir l'économie ukrainienne (l'une des plus corrompues au monde) ; changer la législation pour la rapprocher des normes européennes ; et développer des partenariats stratégiques à la fois avec l'Europe, les États-Unis et la Russie. Dans ce premier grand entretien qu'il accorde depuis son élection, il revient sur les circonstances de son arrivée au pouvoir et évoque les dossiers brûlants de son mandat.