Après la " révolution orange " en Ukraine, la Biélorussie, ce fleuron de l'industrie lourde et du complexe militaro-industriel de l'Union soviétique, reste probablement le dernier rempart du soviétisme en Europe. Les élections législatives qui ont eu lieu le 17 octobre 2004 - au même moment que le référendum sur le changement constitutionnel autorisant le président Loukachenko à se représenter pour un troisième mandat - ont consolidé l'emprise de ce dernier sur le pays. Son régime à la fois autoritaire et paternaliste, qui soutient les catégories les plus démunies et empêche la formation d'une classe moyenne, jouit toujours d'un certain appui populaire. La faiblesse d'une opposition très scindée, les conséquences sanitaires et sociales de la catastrophe de Tchernobyl (23 % du territoire national restent à ce jour contaminés), et même les traumatismes datant de la Seconde Guerre mondiale (un quart de la population y a péri) expliquent cette relative popularité. Depuis dix ans, ce pays coincé entre la Russie, l'Ukraine, les Pays baltes et la Pologne vit donc sous la férule d'un président dont les changements de cap sont en général considérés comme des coups d'éclat sans cohérence.
Et si ce n'était pas si simple ? Et si la Biélorussie servait, en réalité, de laboratoire " grandeur nature " aux dirigeants russes, tout heureux de pouvoir tester sur un voisin qui ressemble beaucoup à leur propre pays des recettes qu'ils envisagent d'appliquer chez eux ? C'est la thèse qu'ose défendre Alexandre Potoupa, le président de l'Union des entrepreneurs de Biélorussie, qui réunit les " forces vives " du pays, dans une analyse aussi fine qu'originale.