Entretien avec Dmytro Firtash*
UN MILLIARDAIRE UKRAINIEN SORT DE L'OMBRE
Cet entretien a été conduit par Alla Lazareva** et Alain Guillemoles***
* Homme d'affaires ukrainien. Président du Groupe DF (gaz, titane, chimie).
** Journaliste ukrainienne, correspondante à Paris du service ukrainien de la BBC.
*** Journaliste au service Économie du quotidien français La Croix.Alla Lazareva et Alain Guillemoles ont publié ensemble : Gazprom, le nouvel empire, Les Petits Matins, 2008.
Dmytro Firtash est l'un des membres les plus discrets, mais aussi l'un des plus influents, d'un club très fermé : celui des grands oligarques de l'ex-URSS. Milliardaire, il se trouve depuis 2007 à la tête d'un groupe qui porte ses initiales, le « Groupe DF ». Aujourd'hui âgé de 46 ans, il emploie plus de 26 000 salariés dans des usines de production d'engrais azoté et de titane situées en Ukraine, en Estonie, au Tadjikistan, à Chypre, en Autriche, en Hongrie, en Suisse, en Allemagne et en Italie. Mais sa notoriété vient, avant tout, de son rôle dans le secteur gazier.M. Firtash a, en effet, fait fortune en réussissant à vendre le gaz du Turkménistan aux pays européens, à travers la Russie et l'Ukraine, avec une marge très confortable. Cette position a fait de lui l'un des hommes les plus riches d'Ukraine, cette ancienne république d'URSS peuplée de 46 millions d'habitants et devenue indépendante en 1991.
Longtemps, toute son activité est restée dans l'ombre. Mais Dmytro Firtash a brusquement été projeté en pleine lumière lorsqu'il est devenu l'un des principaux acteurs des deux crises gazières qui ont opposé Moscou à Kiev, en 2006 et en 2009. À l'époque, on s'en souvient, la Russie avait interrompu ses approvisionnements à cause d'un désaccord avec l'Ukraine sur le prix que celle-ci devait payer pour son gaz. En 2006, la rupture d'approvisionnement a duré trois jours ; en 2009, quatorze. Deux semaines durant lesquelles les Européens, transis, ont brusquement pris conscience de leur dépendance par rapport au gaz russe.
Surgi de nulle part, Dmytro Firtash, patron de la mystérieuse société de vente de gaz RosUkrEnergo, avait participé au dénouement de ces deux crises, sans que l'on sache exactement pourquoi et comment. En 2006, il est soudain devenu l'intermédiaire exclusif pour toute vente de gaz russe en Ukraine. En 2009, il a tout aussi brutalement perdu cette position. Les négociations autour de ce dossier délicat apparaissaient particulièrement opaques. Il était difficile d'en comprendre la logique. Et M. Firtash n'avait pas contribué à éclaircir la donne, puisqu'il était demeuré totalement silencieux sur son rôle dans ce conflit.
Aujourd'hui, il sort enfin de son mutisme. Dans cet entretien exclusif accordé à Politique Internationale, le milliardaire retrace son parcours et explique comment l'enfant d'un village de l'ouest de l'Ukraine a pu, en vingt ans, faire fortune dans le chaos qui a suivi l'effondrement du système soviétique. Il livre également sa vision des deux crises gazières et parle très ouvertement de ses relations avec les principales personnalités politiques ukrainiennes - en particulier l'ex-premier ministre Ioulia Timochenko, qu'il ne porte guère dans son coeur, et l'actuel président Viktor Ianoukovitch, dont il dresse un portrait élogieux.
Cette opération de transparence est sans doute motivée en bonne partie par le fait que M. Firtash prépare l'entrée en Bourse de son groupe, comme il le révèle ici pour la première fois. Le temps est donc venu, pour lui, d'étaler son jeu.
Il nous a reçus dans son bureau de Kiev, au 31e étage d'un immeuble d'affaires qui domine le centre-ville. L'entretien a duré plus de quatre heures. Deux jours plus tard, Dmytro Firtash a été élu à la tête de la Fédération des entrepreneurs, l'équivalent du MEDEF ukrainien. Celui qui fut surnommé « le plus silencieux des oligarques ukrainiens » parachève sa mue : désormais, il doit devenir une personnalité publique.
A. L. et A. G.
Alla Lazareva et Alain Guillemoles - Monsieur Firtash, au cours des cinq dernières années, vous n'avez accordé à la presse que cinq interviews. Pourquoi êtes-vous si discret ?

Dmytro Firtash - J'ai longtemps pensé que mes occupations n'intéressaient personne ! De mon point de vue, je ne faisais rien de spécial. Comme beaucoup de gens, je voulais créer quelque chose et gagner de l'argent. J'en ai gagné. Et alors ? Ce n'est pas dans mon caractère de m'exposer. Je ne suis pas timide, mais disons que je vis dans mon monde. Je n'aime pas les ragots, je n'aime pas me vanter. Je n'ai pas besoin de dire au monde que j'existe. À vrai dire, il est possible que, sans Ioulia Timochenko, je serais encore inconnu du grand public à ce jour...

A. L. et A. G. - Pourquoi vos relations avec Ioulia Timochenko sont-elles si difficiles ?

D. F. - Nous sommes deux personnes très différentes. Mme Timochenko est quelqu'un qui ne finit jamais ce qu'elle a commencé. Avec elle, les slogans sont beaux ; les premiers pas sont généralement réussis ; mais la fin est toujours un désastre !
Je le lui ai dit ouvertement un jour, en 2005. Elle voulait savoir pourquoi j'estimais qu'il n'était pas possible de travailler avec elle et pourquoi je me sentais plus proche de son grand rival Viktor Ianoukovitch. J'ai répondu : « Entre toi et Ianoukovitch, il existe une grande différence. Lui, je le comprends ; je sais à quoi m'attendre de sa part. Mais je ne peux pas en dire autant à ton propos. Parce que demain tu pourrais très bien faire tes valises et partir pour Londres ! » Explication : à l'époque, sa fille venait de se marier à Londres. Je lui ai également dit : « Rien ne te retient ici, dans ce pays. Tu n'y as jamais investi un centime. Tu y as uniquement gagné de l'argent... et cet argent, tu l'as placé à l'étranger ! Tu n'as pas d'ancrage en Ukraine. Viktor Ianoukovitch et les siens ne fonctionnent pas ainsi. Ils n'emporteront pas d'ici leurs combinats métallurgiques, ni leurs entreprises ni leurs stades... Par leur mentalité mais, aussi, par leurs actions, ils me sont plus proches que toi. »

A. L. et A. G. - Êtes-vous d'accord avec l'affirmation selon laquelle l'époque Koutchma a été celle d'une privatisation très sélective ? Seuls les membres d'un cercle étroit, sélectionnés par le président d'une façon relativement opaque, ont pu acheter des entreprises publiques, à très bas prix qui plus est...

D. F. - Permettez-moi de vous rappeler quelque chose à propos de la période Koutchma. Vous souvenez-vous de l'époque où le taux de change de la monnaie ukrainienne variait cinq à six fois par jour (1) ? À ce moment-là, il n'y avait pas un seul étranger en vue. Le pays n'intéressait personne ! Alors, à qui pouvait-on vendre une entreprise ukrainienne ?
Par surcroît, nul ne savait, à cette époque, combien coûtaient les entreprises. Elles n'étaient pas cotées en Bourse. Sans oublier qu'aucun investissement n'y avait été fait en plus de dix ans ! Et en plus, Léonid Koutchma avait exigé que les nouveaux acquéreurs s'engagent à ne pas licencier une seule personne... Alors, c'est vrai, quand nous avons acheté ces entreprises, nous avons rapidement commencé à gagner de l'argent. Mais, en même temps, nous nous sommes retrouvés obligés d'entretenir des villes et des régions entières qui dépendaient uniquement de ces usines !
Au final, si on fait le compte de ce que nous avons dépensé dans le domaine social en dix ou quinze ans, il n'est plus possible de dire précisément combien ces usines nous ont coûté. En vérité, Koutchma nous a bien embobinés ! Il était capable de forcer un homme d'affaires à acheter une entreprise...

A. L. et A. G. - Par exemple ?

D. F. - Je vais vous raconter un épisode qui s'est produit dans la ville d'Armiansk, à l'usine « Krymskiï titan » (Titane de Crimée). C'était une usine soviétique étalée sur un territoire immense, à l'abandon. Tout avait été pillé. J'ai visité les lieux et, honnêtement, je n'avais aucune envie d'acheter cette usine. Mais c'est Léonid Koutchma qui m'a obligé ! Avec mon partenaire, nous avions acheté ensemble l'usine de soude de Crimée, à quinze kilomètres de là. Koutchma m'a dit : «Écoute, prends aussi l'usine d'Armiansk. La ville est en train de mourir. »
J'ai répondu : « Mais qu'y puis-je ? » Il a répliqué : « Je vais te montrer. Allez, monte en voiture, on y va ! » Tout s'est passé en une seule journée. Nous sommes allés à l'usine et il m'a présenté au personnel. Je n'avais encore rien acheté ; mais il a dit à tout le monde que j'étais le futur investisseur ! Je me suis senti, soudain, écrasé sous le poids de la responsabilité. Le président a alors prononcé un discours. Il a expliqué que, grâce à moi, l'usine et ses employés connaîtraient un avenir radieux. Je n'ai pas ouvert la bouche. Après, nous sommes allés en ville. Il m'a montré la Maison de la culture : elle tombait en ruine. Il a invité toute l'intelligentsia locale, il m'a présenté, il a dit que j'allais tout arranger... Enfin, il m'a emmené à l'hôpital qui était, lui aussi, dans un état catastrophique. Même scénario : il m'a présenté comme un véritable sauveur. Sur ce, il a pris son hélicoptère et il est parti en me demandant de rester sur place et de continuer à discuter avec les habitants d'Armiansk !
Je suis resté avec eux jusque tard dans la soirée. La nuit venue, le sort en était jeté : cette ville était désormais placée sous ma responsabilité. Je ne pouvais tout simplement pas quitter les lieux comme si de rien n'était ! J'ai fait les investissements demandés. Deux ans plus tard, Armiansk possédait un hôpital pratiquement neuf, bien équipé. M. Koutchma est revenu. Il a inauguré l'hôpital et il m'a glissé : « N'avais-je pas raison ? » On peut dire qu'il m'avait manipulé ; mais, avec le recul, je pense qu'il a agi comme il le devait. À l'époque, le pays n'avait pas d'autre solution !

A. L. et A. G. - Comment jugez-vous la politique économique conduite par son successeur, le président Viktor Iouchtchenko ?

D. F. - Je connais bien Viktor Iouchtchenko. J'ai fait sa connaissance à l'époque où il travaillait à la Banque centrale d'Ukraine. Selon moi, M. Iouchtchenko croit sincèrement à la démocratie. Il n'a jamais eu de mauvaises intentions pour le pays. C'est un homme honnête. Je n'ai aucun doute sur le fait que, au fond de son âme, il est un vrai Ukrainien. Je pense, aussi, que les réformes qu'il souhaitait mener à bien au moment de son arrivée au pouvoir étaient bonnes. Mais pourquoi a-t-il échoué ? Je serai direct : l'explication principale a pour nom Ioulia Timochenko. Après la victoire de la révolution orange, M. Iouchtchenko l'a nommée premier ministre. Et dès le premier jour, elle s'est mise en campagne en vue de la présidentielle suivante ! Viktor Iouchtchenko, lui, avait d'autres priorités : la consolidation de l'État, la défense des intérêts nationaux...
Il a, également, commis l'erreur de mal s'entourer : hormis Mme Timochenko, qui était son alliée politique, il a amené au pouvoir des personnalités qui n'avaient tout simplement pas le niveau requis pour exercer de telles responsabilités.
Enfin - et c'est fondamental -, il a eu le tort de se laisser entraîner, dès son accession au pouvoir, dans un conflit avec le monde des affaires (2). Plus tard, il a cherché à corriger ce mauvais départ. Mais il était trop tard. Les individus arrivés dans son sillage avaient pour unique objectif de s'enrichir (3). La première chose qu'ils ont faite en s'installant dans les cabinets ministériels et dans l'administration présidentielle a été d'établir des listes de biens qu'ils voulaient récupérer. J'ai dit à Viktor Iouchtchenko : « Ce n'est pas possible. Qu'est-ce que c'est que cette liste de 100 entreprises à nationaliser ? Pourquoi ne sont-elles pas 200 ou 500 ? Sur quels critères ont-elles été sélectionnées ? Consultez les hommes d'affaires. Peu importe de quel parti ils se sentent proches. Si vous voulez développer ce pays, vous ne pouvez pas vous passer de ceux qui investissent. Votre politique les fera fuir ! Si l'État vend une entreprise, il ne doit pas revenir sur sa décision. Il est inconcevable de modifier les règles à chaque changement de pouvoir. Une telle politique fera reculer le pays ! » Il m'a écouté. Mais il est très têtu. Il faut faire énormément d'efforts pour lui démontrer qu'il a été trompé...

A. L. et A. G. - Quid de Viktor Ianoukovitch ? Le connaissez-vous depuis longtemps ?

D. F. - Oui, depuis de nombreuses années.

A. L. et A. G. - Comment percevez-vous sa personnalité ?

D. F. - La première chose qu'il faut souligner à son propos, c'est son parcours. Il n'a pas eu la vie facile. Il doit être béni de Dieu pour s'en être sorti dans ces conditions ! Orphelin de mère, il s'est fait tout seul. À l'époque soviétique, il a dirigé une entreprise de transport employant quelque 3 000 personnes : DonbassTransRemont. Cette organisation desservait la moitié de l'URSS. Elle possédait des locomotives, des dépôts, des voies de chemins de fer... On ne peut pas gérer un tel mastodonte si l'on n'est pas compétent. Ensuite, il est devenu gouverneur de région, puis deux fois premier ministre et, maintenant, président. Il est vrai qu'il n'a pas fait d'études prestigieuses dans une université étrangère. Mais, croyez-moi, l'Union soviétique savait former des dirigeants, que ce soit pour s'occuper d'une fabrique de chaussures ou d'une base de lancement de fusées. Ianoukovitch est passé par cette école.

A. L. et A. G. - Pouvez-vous nous dire comment vous en êtes arrivé à travailler sur le marché du gaz ? Il y a vingt-cinq ans, après votre service militaire, vous avez travaillé en tant que simple pompier. Pensiez-vous, à l'époque, que vous pourriez un jour devenir aussi riche et influent ? Était-ce votre but ?

D. F. - Je vais commencer par le commencement. Je suis né dans la région de Ternopil, dans l'ouest de l'Ukraine. Mon village natal a pour nom Senkiv. Mon père a d'abord été camionneur, puis instructeur d'auto-école. Quant à ma mère, elle a fait des études de vétérinaire, puis d'économie, mais elle a surtout travaillé à l'usine de sucre locale.
La région était célèbre pour la culture de la tomate. C'est d'ailleurs toujours le cas. Il s'agit d'un travail extrêmement dur, auquel j'étais normalement destiné, comme la plupart des jeunes du coin. Dès mon enfance, mes parents m'ont fait travailler dans les serres à tomates. Non pas parce qu'ils ne m'aimaient pas ; simplement, c'est ce que tout le monde faisait ! Dans les serres, il faut se lever à cinq heures du matin et trimer jusqu'à sept heures avant d'aller à l'école ou au travail. Il faut encore y retourner le soir... On rentre à la maison fourbu, et on recommence le lendemain. Je peux vous dire que je détestais ces tomates, je ne pouvais plus les voir en peinture ! Plus tard, adulte, j'ai vu des serres hollandaises. C'est tout à fait autre chose ! De l'industrie ! Mais, chez nous, tout est fait à l'ancienne... Une serre, c'est 20 000 plants. Il faut planter, mettre des tuteurs, attacher. Vous imaginez ce que c'est que de se pencher 20 000 fois? C'est pourquoi quand on me dit aujourd'hui : « Tu travailles sans cesse, tu ne dors jamais », je réponds : « Vous ne savez pas ce que c'est que travailler. C'est jusqu'à 17 ans que j'ai travaillé ! »
En été, au lieu de m'amuser à la plage comme la plupart des jeunes de mon âge, j'étais sur les marchés, dans les pays baltes, pour y vendre nos satanées tomates. Et on ne pouvait pas faire autrement : c'était le revenu principal de la famille. Financièrement, c'était très intéressant : à l'époque une voiture coûtait 5 à 6 000 roubles. C'est une somme que ma famille pouvait gagner en un seul été !

A. L. et A. G. - Comment avez-vous quitté votre village ?

D. F. - Quand j'ai eu 17 ans, j'ai décidé que je n'en pouvais plus, que je devais me sauver. Mes parents ont tenté de me dissuader. Mais je suis parti dans la région de Donetsk. J'ai fait des études pour devenir conducteur de locomotives. Après, comme tout le monde, j'ai fait deux ans de service militaire. À mon retour, j'ai décidé d'aller m'installer à Tchernivtsi (4) et de devenir pompier. L'Union soviétique tombait déjà en morceaux. J'ai travaillé cinq mois et je n'ai reçu que l'équivalent d'un seul salaire mensuel. À ce moment-là, j'étais déjà marié et j'avais un enfant. Si la vie s'était déroulée autrement, si on m'avait payé mon salaire en temps et en heure, je n'aurais jamais pensé à partir. Mais je ne voyais pas d'autre solution.
Alors je suis allé voir mes parents. Je leur ai dit : « Je voudrais faire des affaires. Pour démarrer, il me faut de l'argent. J'ai besoin de votre aide. » C'était la période où apparaissaient les premières entreprises coopératives. Le moment était favorable pour se lancer. Mon père m'a répondu : « Reviens à la maison. Il y a tout ce qu'il faut ici. Ta famille, une belle maison, tes racines... » Il était persuadé que je devais rester au village. Mes parents avaient 40 000 roubles sur leur livret d'épargne. Une somme fabuleuse, à l'époque ! Ma mère a tenté de me convaincre à son tour : « Nous avons travaillé toute notre vie. Et toi, tu as travaillé avec nous. Tu es notre fils unique. Tout ce que nous avons sera à toi. Mais pas tout de suite. Pense à ce qui arrivera si nous te donnons notre argent et que tu échoues. Nous serons tous dans la misère : nous, toi, ta femme, ton enfant... Pourquoi courir un tel risque ? » Je suis sorti de chez eux en colère. Aujourd'hui, je les comprends... Quoi qu'il en soit, je n'avais personne à qui m'adresser. Alors je suis reparti pour Tchernivtsi, dans le but d'y gagner de l'argent par mes propres moyens.

A. L. et A. G. - Ensuite,  vous êtes assez rapidement parti pour Moscou...

D. F. - Oui. C'était au début des années 1990. J'y suis arrivé avec 100 dollars en poche. Une misère. Je ne comprenais rien au commerce. Je ne cherchais pas à devenir un homme d'affaires, à ce moment-là. Je n'avais jamais rien vendu, si ce n'est des tomates. Et encore, ce sont mes parents qui s'occupaient de la vente. Moi, je me contentais de porter les cageots ! Tout naturellement, je me suis mis en quête d'un  travail salarié.
Quand je suis arrivé dans la capitale, le pays était en pleine déréliction. Il n'y avait plus d'URSS, plus d'idéologie dominante. Et personne n'avait besoin de moi ! Au début, j'étais en état de choc. Je ne comprenais rien. Il y avait un incroyable bouillonnement dans la ville. C'était comme si tous les ex-citoyens soviétiques dotés de l'esprit d'entreprise s'y étaient donné rendez-vous. Tout le monde vendait quelque chose et personne n'avait rien...
Et puis, petit à petit, j'ai saisi comment les choses fonctionnaient.
À cette époque, j'ai rencontré la plupart des grands hommes d'affaires russes actuels. Tous vendaient quelque chose : des tickets pour des spectacles, des marchandises diverses... Je ne citerai pas leurs noms. Aujourd'hui, ils n'aiment pas se souvenir de ces années-là, comme s'ils en avaient honte. Pourtant, nous sommes tous passés par là. C'est comme cela que nous avons appris à gagner de l'argent !
Tous ceux qui étaient venus à Moscou pour faire des affaires vivaient à l'hôtel Rossia. Des Russes, bien sûr, mais aussi des Turkmènes, des Kazakhs, des Ouzbeks, des Ukrainiens, des Azéris... Je m'y suis installé, moi aussi. C'est là que j'ai compris qu'on pouvait gagner de l'argent sans investir. Au restaurant, où l'on jouait les chansons soviétiques de l'époque, on liait connaissance. Je parlais avec les uns, les autres. Pour avoir mis deux personnes en contact, j'ai gagné mes premiers 10 000 dollars, sans avoir déboursé un centime! J'ai cru rêver. J'ai compris que je pouvais travailler comme cela.

A. L. et A. G. - Vous avez donc continué ?

D. F. - La première année, j'ai gagné près d'un million de dollars. C'était une somme gigantesque. Je me sentais si riche ! J'ai immédiatement acheté une voiture. Mais pas d'appartement : je me suis installé dans un hôtel du quartier Tekstilchtchiki. Cet hôtel, qui appartenait au constructeur automobile Moskvitch, était composé de petits appartements de deux à trois pièces, dotés d'une cuisine. Le territoire était fermé et surveillé. J'ai choisi cet endroit parce que de nombreux ressortissants de Tchernivtsi s'y étaient regroupés. Comme je vous l'ai dit, j'avais passé quelques années à Tchernivtsi et je connaissais beaucoup de gens qui en étaient originaires. Et comme nous faisions tous des affaires, souvent ensemble, il était pratique pour nous d'habiter à proximité les uns des autres.

A. L. et A. G. - Comment avez-vous commencé à faire du commerce avec le Turkménistan ?

D. F. - À l'hôtel Rossia, où j'allais toujours, j'ai rencontré, par hasard, un haut fonctionnaire turkmène travaillant au ministère du Commerce - une instance chargée de gérer aussi bien les achats de nourriture que la vente du gaz. Mon interlocuteur était responsable des livraisons de produits alimentaires dans sa république. La viande, le blé, tout... Or, quand l'URSS s'est effondrée, les approvisionnements en denrées alimentaires en provenance des autres républiques ont brusquement cessé. Et, de même, plus personne n'achetait le gaz turkmène.
Cet homme m'a dressé la liste de tous les produits dont il avait besoin. Et il se trouve que, grâce à mes contacts, je savais exactement comment les lui livrer ! Un matin, j'ai réuni mes amis et je leur ai dit : « On peut gagner beaucoup d'argent. » Il y avait là quelques Moscovites, mais la plus grande partie du groupe était constituée de gens de Tchernivtsi qui me connaissaient bien. Nous faisions affaire ensemble, et nous avions confiance les uns dans les autres. Je leur ai demandé d'investir leur argent dans l'achat des denrées alimentaires dont les Turkmènes avaient besoin. Il fallait investir 30 millions de dollars. Et on pouvait en gagner autant.
Mes amis m'ont dit : « Si tu nous garantis que cette affaire va marcher, nous sommes avec toi. » Nous nous sommes donc cotisés, comme je le souhaitais, et avons acheté les produits nécessaires, que nous avons acheminés au Turkménistan.
Un mois plus tard, nous n'avions toujours pas été payés. J'ai appelé le haut fonctionnaire turkmène ; il m'a certifié que tout se réglerait rapidement. Trois mois de plus ont passé. Je ne voyais rien venir. Les gens qui avaient investi avec moi commençaient à s'énerver. Comme j'étais l'initiateur de ce marché, c'est moi qui suis parti pour le Turkménistan. Comment faire autrement ? J'ai pris l'avion de très mauvaise humeur. Je n'avais jamais mis les pieds dans ce pays. Le haut fonctionnaire est venu me chercher à l'aéroport. C'était un type bien. D'ailleurs, nous sommes toujours en bons termes. Il m'a aidé à comprendre comment se comporter au Turkménistan. Quand je suis arrivé pour la première fois, il m'a proposé de vivre chez lui. À l'époque, au Turkménistan, il n'y avait pas d'hôtels. Le pays était dans un état déplorable. Mon ami m'a dit : « Nous pourrions vous acheter encore plus de marchandises. Seulement, nous avons un problème : nous n'avons pas d'argent. Vous allez devoir accepter du gaz en échange. »

A. L. et A. G. - Connaissiez-vous déjà ce secteur ?

D. F. - Pas du tout. Mais j'ai accepté. C'était en 1993. C'est ainsi que mes affaires au Turkménistan ont commencé. Ensuite, j'ai travaillé avec des Ouzbeks et, aussi, avec des Tadjiks et des Kazakhs. En l'espace de deux ans, j'ai tout compris à ce marché. Mais je ne vendais pas ce gaz moi-même. Je n'ai commencé à le faire qu'à partir de 2000. Auparavant, je livrais seulement des produits alimentaires en échange de gaz. Ce gaz, les Turkmènes le livraient à des intermédiaires, en Ukraine, pour l'équivalent de 20 dollars - et même parfois de 18 dollars - les 1000 mètres cubes. C'est ainsi que le système fonctionnait (5). L'industrie ukrainienne a pu traverser une époque très difficile grâce à ce gaz très bon marché.

A. L. et A. G. - Pourquoi en êtes-vous venu à vous occuper directement de la vente de gaz à partir de 2000 ?

D. F. - J'ai compris que je n'avais pas d'autre choix. Quand on y pense, dans ma vie j'ai toujours fait les choses quand la situation m'y a poussé ! Un jour, en Ukraine, des partenaires m'ont floué. Les pertes étaient très importantes. J'ai décidé que je devais contrôler moi-même tout le processus. À cette époque, Gazprom n'était pas encore présent en Asie centrale. C'est ainsi que j'ai pu convaincre les Turkmènes de me confier la vente de leur gaz (6).

A. L. et A. G. - Puis, en 2005, vient la révolution orange. Et, un an plus tard, se produit la première crise gazière entre la Russie et l'Ukraine. Comment est-elle survenue et comment votre société, RosUkrEnergo, a-t-elle été impliquée dans son règlement ?

D. F. - Je vais vous expliquer. Vous vous souvenez sans doute que l'accord en vigueur entre la Russie et l'Ukraine, en 2005, prévoyait des livraisons à un prix préférentiel, significativement inférieur à celui que payaient les États européens : 50 dollars les 1 000 mètres cubes (7). L'accord courait jusqu'en 2010. La Russie comprenait parfaitement à quel point cet accord était désavantageux pour elle. Mais elle avait les mains liées pour encore cinq ans. Gazprom cherchait un moyen de casser ce contrat. Pour y arriver, ils ont utilisé Ioulia Timochenko. En 2005, Viktor Iouchtchenko s'est mis à dire qu'il fallait aller vers des prix européens pour le gaz. C'était un beau slogan. Mais derrière cette déclaration, c'est Ioulia Timochenko qui parlait. Et elle agissait dans le sens des intérêts de Gazprom. Quelle était la vraie raison de son attitude? Je vous rappelle qu'à ce moment-là elle faisait l'objet d'un mandat d'arrêt international (8)...
Fin 2005, l'Ukraine n'avait toujours pas conclu de nouveau contrat avec Gazprom. Les prix internationaux du pétrole grimpaient en flèche, et ceux du gaz avec eux, jusqu'à 300 dollars pour 1 000 mètres cubes ! Comme il n'y avait pas d'accord entre Moscou et Kiev, les livraisons de gaz russe à l'Ukraine ont cessé. Mme Timochenko a réussi à rendre Viktor Iouchtchenko responsable de la situation. Comme je vous l'ai dit, elle pensait en permanence à la campagne présidentielle de 2010 et voulait affaiblir le président en exercice. À ce moment-là,  une seule entreprise pouvait régler le problème : RosUkrEnergo (RUE). Nous possédions tous les contrats nécessaires pour le transit du gaz et la vente de gros volumes de gaz. Nous avons décidé d'acheter nous-mêmes le gaz dont l'Ukraine avait besoin (9). En réalité, c'est moi qui ai subventionné le budget de l'Ukraine à cette période délicate !

A. L. et A. G. - Pourquoi l'avez-vous fait ?

D. F. - Parce que j'étais concerné à la fois comme Ukrainien et comme homme d'affaires. Il faut bien comprendre que ma position était particulière. D'un côté, je vendais du gaz à l'Ukraine ; de l'autre, je possédais dans ce pays des usines qui consommaient ce gaz et qui en avaient besoin pour tourner ! Je ne devais pas fixer un prix trop élevé, sinon,  mes usines auraient été incapables de le payer !
J'ai donc décidé de vendre mon gaz à l'Ukraine à un prix relativement bas - c'est pour cette raison que je dis que j'ai « subventionné le budget de l'Ukraine ». Et Gazprom n'y a rien perdu. Ils ont fait leurs calculs et ont accepté. C'est ainsi que l'on est sorti de la crise en 2006. J'ai pensé que si je ne faisais pas cet effort, les usines ukrainiennes s'arrêteraient. Je n'ai donc fait aucune déclaration, je n'ai pas parlé à la presse, mais j'ai fait ce travail. J'ai estimé que c'était ma responsabilité.
Mon entreprise, RusUkrEnergo, disposait de l'accès aux gisements en Asie centrale, de possibilités de transport à travers l'Ukraine et la Russie et d'un accès aux consommateurs européens. De plus, RUE protégeait l'Ukraine contre les pressions politiques. Pourquoi ? Parce que l'Ukraine n'avait pas de contrats directs avec la Russie. C'est nous qui faisions affaire avec Gazprom. Donc, si une question se posait, Gazprom devait la régler exclusivement avec RUE.

A. L. et A. G. - Pourquoi une seconde crise gazière est-elle survenue trois ans plus tard ?

D. F. - En 2009, la situation s'est reproduite à un autre niveau. Le contrat de 2006 incluant la participation de RUE courait en principe jusqu'en 2027. Mais la crise financière a frappé l'Europe. Gazprom a compris que l'activité économique des pays de l'UE allait baisser et que, par conséquent, leur consommation de gaz baisserait également. Dans ces conditions, les Russes ont décidé qu'ils avaient intérêt à changer les termes du contrat. Mais ils ne pouvaient pas le faire unilatéralement, car ils savaient que je les traînerais devant les tribunaux. En passer par là n'aurait pas eu de sens : ils auraient été condamnés à verser des pénalités gigantesques.
C'est pourquoi ils ont provoqué la seconde crise gazière en se servant encore de Ioulia Timochenko, qui a de nouveau cassé le contrat. Gazprom a agi en toute connaissance de cause. RUE a été évincée (10). Conséquence : l'Ukraine s'est retrouvée à devoir payer un prix exorbitant pour son gaz, à savoir 450 dollars les 1 000 mètres cubes.

A. L. et A. G. - Comment proposeriez-vous d'optimiser le marché du gaz en Europe pour éviter de nouvelles crises à l'avenir ? Que pensez-vous de l'idée, très débattue en ce moment en Ukraine, consistant à créer un consortium financé par des capitaux ukrainiens, russes et occidentaux, et qui serait chargé de gérer les gazoducs ukrainiens (11) ?

D. F. - La création d'un tel consortium ne serait pas une bonne chose pour l'Ukraine. Premièrement, le système de gazoducs ukrainien est en meilleur état que le système de gazoducs russe. Deuxièmement, ce projet inclut l'idée d'une fusion de Gazprom et de Naftogaz (l'équivalent ukrainien de Gazprom). Mais cette prétendue « fusion » reviendrait, en réalité, à une absorption pure et simple de Naftogaz par Gazprom. Troisièmement, des investisseurs occidentaux participeraient à ce consortium. Mais ceux-ci demeurent dépendants vis-à-vis du gaz russe, la crise de 2009 l'a bien montré. Bref, ce projet ne constitue pas une solution satisfaisante.
Pour ma part, je défends une idée différente. J'estime - et je cherche à en persuader le gouvernement et le président - qu'il faudrait plutôt introduire Naftogaz en Bourse et vendre 20 à 25 % de ses actions. On saurait ainsi combien vaut cette société. Une telle opération permettrait d'attirer quelque 20 milliards de dollars d'investissements étrangers en Ukraine. Les Européens pourraient participer à ce processus. Et, dans un tel cas de figure, à l'inverse de ce que nous propose Gazprom, notre société d'État ne serait pas absorbée. L'Ukraine deviendrait un acteur important et indépendant sur la scène mondiale. Selon moi, nous avons notre propre carte à jouer. Nous ne devons pas devenir le 51e État des États-Unis ou une région russe de plus.

A. L. et A. G. - Que pensez-vous des perspectives du gazoduc Nabucco qui prévoit de livrer du gaz centre-asiatique à l'Europe en contournant la Russie (12) ?

D. F. - L'Ukraine possède de meilleures options. Savez-vous qu'un terminal de gaz liquéfié (GNL) est en construction dans le port de Pivdenny, non loin d'Odessa ? Nous allons pouvoir recevoir, de cette manière, du gaz turkmène qui sera acheminé via l'Azerbaïdjan et la Géorgie. Voilà qui est plus pratique que Nabucco. La question qu'il faut se poser est : qu'est-ce qui fait la force de l'Ukraine ? Réponse : ses réservoirs souterrains, qui lui permettent de stocker de grandes quantités de gaz, et son réseau de transport relié à l'Europe. C'est pourquoi j'estime que nous n'avons pas besoin de Nabucco - pas plus, d'ailleurs, que nous n'avons besoin de South Stream (13). On peut trouver une solution plus simple. En faisant venir du gaz liquéfié en Ukraine, on peut ensuite l'acheminer vers l'Europe, sans que les bateaux aient besoin de sortir de la mer Noire. Pour les Occidentaux, il n'y aura aucune différence. Si nous arrivons à acheter du gaz liquéfié à bon prix, ce sera avantageux. Et si nous avons un terminal, nous pourrons ensuite en bâtir un deuxième, puis un troisième... Et nous pourrons proposer aux Occidentaux une alternative à Nabucco.

A. L. et A. G. - Votre groupe, DF, a été créé en 2007. Dans quel objectif ?

D. F. - Quand je suis entré sur le marché du gaz, je savais déjà que, à terme, je chercherais à diversifier mes activités. J'ai rapidement commencé à investir, à acheter des usines. Au bout d'un moment, je me suis rendu compte que je devais créer une structure qui regrouperait toutes mes activités.
Nous sommes aujourd'hui présents dans la chimie, spécifiquement dans les engrais azotés. Nous voulons transformer l'industrie chimique ukrainienne pour en faire un acteur important. Nous n'avons encore jamais annoncé cet objectif publiquement. L'Ukraine pourrait devenir l'un des leaders mondiaux de l'exportation d'azote. C'est un projet ambitieux, mais réaliste. Pour y parvenir, nous allons acheter de nombreuses autres usines. Nous allons créer une entreprise énorme. Nous prévoyons d'atteindre cet objectif d'ici à la fin de l'année 2011. Les usines chimiques ukrainiennes existantes ont un potentiel industriel beaucoup trop élevé par rapport au marché intérieur. Et aucune d'entre elles ne peut survivre seule. C'est pourquoi notre projet est surtout orienté vers l'exportation. Et je prévois que la branche « chimie » du groupe DF sera, à terme, cotée en Bourse.
Deuxième diversification : le secteur du titane. La Russie parle de créer une « vallée du titane ». Les Chinois, eux aussi, se sont mis à développer de grosses entreprises dans ce secteur ; ce n'est pas sans raison. Ce marché va connaître un développement important dans les prochaines années. Le titane est un métal utilisé dans de très nombreux domaines : pour les avions, les centrales nucléaires, les tubes, les pelles et même les soins dentaires... Il y a donc de vastes perspectives. Et la Russie en est consciente. Aujourd'hui, la plus grande usine au monde de production de titane, c'est Avisma, dans l'Oural. Mais toute leur matière première, ils l'achètent chez nous, dans nos combinats miniers ukrainiens ! Bien sûr, la Russie voudrait que nous restions un simple fournisseur de matières premières. Mais l'Ukraine a d'autres intérêts. Mon projet, c'est de créer une filière ukrainienne de production de titane. Ensuite, je veux faire entrer cette entreprise en Bourse et la vendre. Si je réussis, l'Ukraine sera le deuxième pays producteur de titane au monde, après la Russie. Ce programme est prévu pour être réalisé en quatre ans et demandera 2,5 milliards de dollars d'investissements.

A. L. et A. G. - Vous financez un programme d'études ukrainiennes à Cambridge, en Grande-Bretagne. Dans quel but ?

D. F. - Nous avons mis sept ans à obtenir le lancement de ce programme. À  mon sens, c'est quelque chose de très important pour l'Ukraine. Cambridge est l'une des universités les plus réputées de la planète. Voilà huit cents ans qu'elle forme des générations de spécialistes de très bon niveau. Il était étonnant et regrettable qu'il y ait, dans cette université, énormément de facultés mais pas de faculté d'études ukrainiennes. Notre objectif est simple : il s'agit de faire découvrir aux étudiants le plus de choses possible sur l'Ukraine, sa culture, son histoire, ses valeurs. Et de les convaincre que les Ukrainiens sont des Européens au même titre que les Polonais ou les Britanniques.

A. L. et A. G. - Le journal ukrainien Focus a affirmé que votre fortune personnelle s'élève à deux milliards de dollars (14). Cette information est-elle vraie ?

D. F. - Ce genre d'évaluation m'étonne toujours. Qui pourrait faire une estimation juste ? Pour moi, l'argent, c'est tout d'abord la possibilité de réaliser mes projets. Il n'y a que deux choses qui m'intéressent : 1) que dois-je faire ? ; et 2) combien me faut-il pour cela ? C'est tout ! Combien mon groupe vaut-il ? On le saura quand il sera en Bourse. Pour l'instant, nous devons consolider nos actifs, investir, moderniser, acquérir les dernières technologies, former des spécialistes... En somme, travailler beaucoup aujourd'hui pour que nos actifs soient évalués à leur maximum demain. Car l'entrée en Bourse du Groupe DF sera aussi une évaluation de l'Ukraine. Je pense que mon pays a un grand avenir et beaucoup de possibilités. Et j'espère que les cinq ou dix années à venir me donneront raison.