Politique Internationale - La Revue n°115 - PRINTEMPS - 2007

sommaire du n° 115
MEXIQUE: UNE DEMOCRATIE CONVALESCENTE
Article de Joelle STOLZ
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Desde el 2 de julio de 2006, México está sumido en uno de los periodos más turbios de su reciente historia, pues las elecciones presidenciales celebradas en esa fecha no permitieron proclamar inmediatamente a un vencedor: fue preciso esperar cuatro días para anunciar la victoria del candidato de la derecha, Felipe Calderón, con un margen mínimo. Su adversario de izquierda, Andrés Manuel López Obrador, declaró que había habido fraude. Así empezaba para el gigante de Centroamérica una larga crisis institucional que provocó gigantescas manifestaciones durante meses, organizadas por la izquierda y destinadas a que se reconociera la victoria de su adalid. Aunque desde hace algunos meses la protesta ha ido debilitándose, el presidente Calderón se encuentra, no obstante, en una situación muy delicada. Obligado a dar garantías a la oposición y a su frágil mayoría, el presidente debe hacer frente a los conflictos sociales explosivos que vienen incubando en varios Estados del país y luchar contra los narcotraficantes, que han obtenido un inmenso poder en todos los rincones del país...
Notes :
(1) Le récit de Carlos Tello intitulé 2 de julio  (2 juillet), publié en février 2007 chez Planeta, a suscité une vive polémique. L'auteur affirme que le candidat de la gauche, Andres Manuel Lopez Obrador, a reconnu sa défaite devant ses proches au soir du scrutin, avant de se lancer dans une contestation tous azimuts du processus électoral. Les partisans d'AMLO ont empêché des débats publics lors de la présentation du livre, qu'ils qualifient de « ramassis de mensonges ».
(2) In « Vicente Fox's presidential style and the new Mexican presidency », publié dans la revue Mexican studies/Estudios mexicanos de l'Université de Californie, livraison de l'hiver 2006. Soledad Loaeza est professeur de sciences politiques au Colegio de Mexico, la plus prestigieuse institution universitaire du pays.
(3) À Guadalajara, le gouverneur conservateur de l'État de Jalisco, Francisco Ramirez, membre du Parti d'action nationale, avait ordonné des rafles de jeunes après des manifestations alter-mondialistes lors du sommet Europe-Amérique latine tenu dans cette ville en 2004. Ces arrestations furent suivies de nombreux abus commis par les policiers lors des gardes à vue. Il a été nommé ministre de l'Intérieur dans le cabinet de M. Calderon, dont il avait soutenu la candidature contre la volonté du président Fox. Début mai 2006, à Atenco, au nord-est de la capitale, le gouverneur priiste de l'État de Mexico, Enrique Peña, a violemment réprimé - il y eut deux morts et plusieurs dizaines de blessés - des militants d'un mouvement zapatiste qui s'étaient opposés, cinq ans plus tôt, à la construction d'un aéroport international et venaient de prendre des policiers en otages. À Oaxaca, fin novembre 2006, les forces fédérales et la police de l'État ont arrêté plusieurs centaines de personnes soupçonnées d'appartenir à l'Assemblée populaire des peuples d'Oaxaca. La plupart ont été libérées depuis, mais environ 250 restent inculpées de violences et de sédition. Au moins dix personnes ont été tuées depuis juin 2006 dans le cadre de ce conflit, dont le caméraman américain Brad Will, qui travaillait pour le site d'information alter-mondialiste Indymedia.
(4) Propos recueillis en septembre 2006.
(5) Ancien président de la Commission nationale des droits de l'homme, Sergio Aguayo est un représentant de la « gauche civique », soucieuse de nouer un dialogue avec la droite afin de démocratiser le Mexique. Il a participé, en 1999, aux contacts entre les « Amis de Fox » et le cercle de Cuauhtémoc Cardenas, trois fois candidat à l'élection présidentielle et fondateur, en 1989, du Parti de la révolution démocratique.
(6) In « Vicente Fox's presidential style... », art. cit.
(7) Dans une tribune publiée en pleine crise post-électorale par le quotidien Reforma, Enrique Krauze durcit encore son jugement. Selon lui, le Mexique n'a connu que vingt-deux années de régime démocratique depuis la fondation de l'empire aztèque, et « Lopez Obrador n'est pas un démocrate. C'est un révolutionnaire avec une mentalité totalitaire et des aspirations messianiques ».
(8) Le secrétaire d'AMLO a été, depuis, blanchi par les tribunaux. L'homme d'affaires dont il avait empoché les dollars a confessé, dans un enregistrement vidéo diffusé en août 2006 par la journaliste mexicaine Carmen Aristegui, que ce scandale visait à gêner le maire de Mexico, et qu'il avait tenté de négocier ces images compromettantes avec le gouvernement de M. Fox, en échange de sa protection contre des accusations de fraude. Rapporté par Oscar Camacho et Alejandro Almazan dans La Victoria que no fue (La victoire qui n'a pas eu lieu), Grijalbo, octobre 2006.
(9) L'historien Adolfo Gilly, vieux militant marxiste et collaborateur du quotidien de gauche La Jornada, a cru voir dans cette « chorégraphie et scénographie » chère à AMLO, où « le Chef marche seul vers la tribune », entouré de la multitude, une réminiscence des cérémonies organisées dans les années 1930 par Tomas Garrido, gouverneur de l'État de Tabasco, la patrie de M. Lopez Obrador. Puritain et farouchement anti-clérical, Garrido avait créé des bataillons de « chemises rouges » destinés à enrégimenter la société. Gilly a également analysé la gestuelle d'AMLO lors de son intronisation comme « président légitime », le 20 novembre 2006 sur la place du Zocalo - le bras droit levé, avec à l'arrière-plan l'aigle mexicain : une symbolique fasciste dont le leader du PRD n'était sans doute pas conscient.
(10) Proches du PRD, Camacho et Almazan font une chronique accablante de ces erreurs dans leur livre La Victoire qui n'a pas eu lieu, sous-titré Lopez Obrador : entre la guerre sale et l'orgueil, op. cit.
(11) Manuel Espino a employé ces termes dépréciatifs dans un entretien au quotidien de gauche La Jornada, publié en avril 2006. Depuis l'entrée en fonction de M. Calderon, la bataille fait rage entre les deux hommes et les deux courants qu'ils incarnent : l'extrême droite ultra-catholique et la tradition démocrate-chrétienne. Le président cherche à regagner le contrôle du PAN dans la perspective des élections législatives intermédiaires de 2009. Jusqu'à cette date, M. Espino préside aussi l'Organisation démocrate-chrétienne en Amérique latine, l'OCDA, qu'il considère comme le fer de lance d'une offensive anti-chaviste et anti-castriste.
(12) Dans El Partido Accion nacional : la larga marcha, 1939-1994 (Le parti d'Action nationale : la longue marche, 1939-1994), Fondo de cultura economica, Mexico, 1999.
(13) Le 10 juillet 2006, M. Morris se félicitait de l'issue de l'élection présidentielle mexicaine dans un article en ligne : « The defeat of the Latin Left » (http://www.realclearpolitics.com/articles/2006/07/mexico_election_the_defeat_of.html).
(14) Le PRD a dénoncé devant l'IFE les publicités « subliminales » utilisées durant la campagne électorale par des entreprises alimentaires telles que les jus de fruits Jumex ou les chips Sabritas, qui reprenaient les couleurs bleues et blanches du PAN ou le slogan de M. Calderon contre la corruption, vantant les « mains propres ». D'autres entreprises ont essayé d'influencer directement le vote de leurs employés.
(15) Selon Camacho et Almazan, la maestra avait d'abord contacté AMLO, issu lui aussi du PRI et farouche ennemi de M. Madrazo, qui l'avait supplanté par des méthodes frauduleuses lors de l'élection au poste de gouverneur de Tabasco.
(16) À la Chambre basse, le PAN obtient 206 sièges sur 500 (41,2 % des voix), le PRD 127 sièges (25,4 %) et le PRI 103 (20,6 %). Fidèle soutien du PAN, le parti Vert a 18 députés (3,8 %), tandis que Convergencia et le Parti du travail, qui ont prolongé en théorie leur alliance avec PRD, comptent respectivement 17 et 16 élus. Dissidence du PRI, le parti de Mme Gordillo, Nueva Alianza, a réussi du premier coup à faire élire 9 députés. La formation Alternativa social-democrata, de la féministe Patricia Mercado, entre au Parlement avec 4 députés. Au Sénat, le PRI reste la deuxième force avec 33 élus, derrière le PAN (52 élus) mais devant le PRD (29 élus), qui peut s'appuyer sur les 7 sénateurs de Convergence et du PT. Les Verts ont 6 sénateurs, Nueva Alianza un seul. Au total, il ne manque que 45 voix au PAN pour obtenir la majorité absolue, qu'il peut facilement trouver auprès des Verts, du PRI et des fidèles de la maestra : la situation est beaucoup plus confortable pour M. Calderon que pour son prédécesseur Vicente Fox, dont douze projets de réformes ont été ignorés par le Congrès.
(17) Il faut citer Manuel Camacho, auquel Cuauhtémoc Cardenas attribue la principale responsabilité de la fraude en faveur de Carlos Salinas, en juillet 1988. Mais aussi José Guadarrama, ex-« opérateur » de Roberto Madrazo, qui aurait fait tuer plusieurs militants pérédistes ; ou encore Victor Anchondo, dans l'État de Chihuahua, compromis, comme d'autres figures douteuses, avec les « narcos ».
(18) Selon les deux auteurs, M. Lopez Obrador a répété à son équipe, tout au long de la campagne, qu'il ne commettrait pas la même erreur que le Brésilien Lula, arrivé à la présidence « les mains déjà liées par toutes ses promesses aux entrepreneurs ». Durant son passage à la mairie de Mexico, il avait cependant noué des liens étroits avec Carlos Slim, aujourd'hui le troisième homme le plus riche du monde grâce à sa position dominante dans les télécommunications. Ce n'est qu'à partir de l'automne 2006 que le leader du PRD propose de limiter le pouvoir des monopoles qui entravent la croissance de l'économie mexicaine - sans aborder toutefois ceux de la Société nationale de pétrole, la Pemex, ni celui des syndicats, trop occupés à perpétuer leur rente grâce à des pratiques fort peu démocratiques.
(19) Dès décembre 2006, M. Calderon avait évoqué une « grave décomposition de la société, dans certains cas au sein même du gouvernement et des corps policiers, dans différentes régions du pays », sous l'influence corruptrice des cartels de drogue. Plus récemment, il a déclaré que sa famille et lui-même avaient reçu des menaces de mort.
(20) Grande productrice de cocaïne, la Colombie a été, à partir des années 1980, le théâtre d'un affrontement sans merci entre l'État, qui bénéficie d'une aide militaire des États-Unis, et les narcotrafiquants, souvent liés aux mouvements de guérilla. En janvier 2007, dans un entretien au quotidien espagnol El Pais, le président Calderon a admis que le nombre de meurtres liés au trafic de stupéfiants « était en train de dépasser les chiffres atteints en Colombie dans la période la plus critique ». Sur le marché nord-américain, où la demande de cocaïne a diminué au profit des amphétamines, les « capos » mexicains ont désormais supplanté les Colombiens.
(21) Début avril 2007, aucun suspect n'avait encore comparu devant un tribunal, pour aucun de ces homicides. Photographiés les armes à la main dans les secondes qui ont précédé le meurtre du caméraman américain Brad Will, atteint le 27 octobre d'une balle dans le sternum alors qu'il filmait des affrontements de rue, des « agents de sécurité » à la solde du PRI ont été vite remis en liberté, la justice d'Oaxaca n'ayant pas retenu de preuves contre eux. Officiellement, les États-Unis attendent les résultats d'une enquête du gouvernement fédéral mexicain. Fin mars, Washington a renouvelé sa mise en garde aux touristes désireux de visiter la région, soulignant que la violence était susceptible d'y éclater à tout moment.