Politique Internationale - La Revue n°115 - PRINTEMPS - 2007

sommaire du n° 115
AHMADINEJAD: LE DEBUT DE LA FIN
Article de Jean-Pierre Perrin
Journaliste, spécialiste du Moyen-Orient. Auteur, entre autres publications, de : Jours de poussière
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Depuis maintenant une dizaine d'années, les électeurs iraniens jouent avec le régime islamique à une énigmatique partie de cache-cache : lors des différents scrutins auxquels ils sont conviés, ils ne sont jamais là où les experts les attendent. Comme s'ils cherchaient avant tout à mettre des bâtons dans les roues du système et utilisaient les &eacu

Notes :
(1) Ce qui fait dire à un politologue iranien que l'« on peut désormais parler de la naissance d'un électorat en Iran ».
(2) Véritable clé de voûte du système, l'Assemblée des experts a pour fonction de nommer puis de contrôler le Guide suprême, voire de le destituer le cas échéant, notamment en cas de maladie. Elle compte 86 membres. Les candidats à l'Assemblée font l'objet d'une sélection impitoyable par le régime.
(3) À l'exception notable de la Turquie.
(4) Le président de l'Iran ne peut prétendre qu'à deux mandats successifs. Mais il peut se représenter ultérieurement.
(5) La liste « Le doux parfum de servir » était menée par Parvine Ahmadinejad, lasoeur du président, dont la présence était essentiellement destinée à rafler le plus grandnombre possible de voix parmi les partisans de son frère. Selon le quotidien réformateur Etemad-e Melli, les frais de campagne ont été payés par le gouvernement.
(6) En Iran, le maire n'est pas élu lors du scrutin mais désigné par le conseil municipal.
(7) Le quinzième siège est revenu à un... champion de lutte, de tendance conservatrice.
(8) Il dirige également le petit parti des Nouveaux penseurs de l'Iran islamique. Lors de notre entretien, il a résumé en ces termes la position des conservateurs à l'égard des réformistes : « Sous Khatami, il y avait une liberté totale. Ahmadinejad veut la faire évoluer vers une liberté dans la justice sociale. Pendant huit ans, le premier a fait naître de nouvelles espérances sans pouvoir les contrôler, accru les objections contre le système mais n'a rien résolu. Au contraire, pour résoudre ces problèmes, il en a créé d'autres, comme l'agitation des étudiants. Le discours d'Ahmadinejad est différent. Il ne cherche pas à résoudre les problèmes des groupes politiques mais ceux des gens. »
(9) Les Pasdaran (les « Gardiens de la révolution ») dépendent eux aussi du numéro un iranien mais s'occupent beaucoup moins de la mobilisation des électeurs.
(10) Ahmadinejad a obtenu 63 % des suffrages au second tour. Soit un écart de plus de six millions de voix avec son adversaire.
(11) Selon l'enquête de la police criminelle autrichienne, il a dirigé la « troisième équipe », celle chargée de la logistique, les deux premières étant chargées directement de l'élimination du chef charismatique des Kurdes iraniens.
(12) Créée en 1965, l'Organisation des moudjahidin du peuple (OMP) est la principale formation d'opposition au régime de Téhéran. Mêlant alors islam et marxisme, elle a pris une part active à la lutte armée contre le Shah. Ses dirigeants historiques ont tous été arrêtés et exécutés, à l'exception de Massoud Radjavi, son actuel leader. Après la révolution islamique, ses dirigeants ont rejeté le principe du velayat-e faqhih et ont été déclarés hors la loi par l'imam Khomeiny. Selon les chiffres de l'organisation, plus de 100 000 de ses membres ont été tués, la plupart torturés et exécutés dans les prisons du régime. L'OMP apparaît aujourd'hui comme une secte fanatique dont tous les militants doivent vouer à Radjavi et à sa femme Maryam un culte façon Kim Il-sung. Considérée par le Département d'État et l'Union européenne comme une organisation terroriste, l'OMP, outre ses réseaux en Occident, compte encore quelques milliers de combattants qui résident dans leur base irakienne de Nadjaf, sous la protection de l'armée américaine.
(13) Il existe également  une armée régulière, dont les capacités militaires ont été rognées par le corps des Pasdaran, lequel dispose de sa propre marine et de sa propre aviation.
(14) Ancien président du Parlement, il a été devancé par Ahmadinejad au premier tour de l'élection présidentielle, où il était l'un des trois candidats réformateurs. Estimant avoir été victime d'une fraude, il a quitté toutes ses fonctions officielles au sein du régime. Il est à présent l'un des adversaires les plus déterminés du président.
(15) Gholam-Hussein Karbastchi est l'un des responsables des Kargozaran (Reconstructeurs), une organisation qui défend les idées politiques d'Hachémi-Rafsandjani. Alors maire de Téhéran, il a été l'un des artisans de la victoire de Khatami à la présidentielle de 1997 en mettant à son service les moyens de la municipalité. Les factions conservatrices, qui contrôlent la Justice, le lui ont fait payer cher en le faisant condamner, en mai 1999, à une peine de deux ans de prison (qu'il a en grande partie effectuée) pour détournement de fonds publics, ce qui lui valut également de perdre son poste de maire. Il s'occupe aujourd'hui du quotidien Kargozaran, l'un des rares journaux non conservateurs à encore paraître. Il se montre très actif dans la coulisse du pouvoir.
(16) Ce Conseil est l'un des filtres mis en place par le régime afin d'éliminer les candidats aux élections dont les idées ou le mode de vie sont jugés non conformes aux valeurs du régime islamique. Tout postulant suspecté d'avoir quelque sympathie pour la laïcité est ainsi systématiquement éliminé. Il comprend douze « gardiens ».
(17) Il est aussi le directeur de la Fondation de l'imam Khomeiny à Qom. Paradoxe : Mesbah-Yazdi n'était guère apprécié du fondateur de la République islamique, qui craignait son extrémisme.
(18) Sous la présidence de Khatami, il fut l'un des hauts responsables en charge du dossier nucléaire iranien. À ce titre, il fut reçu par Jacques Chirac.
(19) On estime qu'environ 60 % des voix qui s'étaient portées sur Ahmadinejad au second tour de l'élection présidentielle de 2005 sont allées cette fois à Hachémi-Rafsandjani.
(20) À cette réunion, Ahmadinajed, qui avait affirmé : « Aucun risque, les Américains n'attaqueront pas », a été contredit de façon péremptoire par le Guide.
(21) www.baztab.com.
(22) Élaboré par l'imam Khomeiny, le principe du velayat-e faqhih (la souveraineté du juriste-théologien) impose la prééminence du religieux sur le politique. Cette théorie, incluse explicitement dans la Constitution iranienne, impose d'établir un système politique islamique où le clergé est investi d'un pouvoir quasi total. Pour la première fois dans l'histoire du chiisme, un théologien revendiquait l'intégralité du pouvoir temporel pour les mojtaheds, reconnus héritiers et transmetteurs de la tradition du douzième Imam en attendant son retour à la fin des temps.
(23) La transcription de la déclaration d'Ahmadinejad figure sur le site Baztab et a été largement reproduite par le Financial Times dans son édition du 29 novembre 2005.
(24) Le Mahdi est le douzième et dernier imam historique des chiites. On le surnomme aussi l'Iman de la résurrection ou le Maître du temps. Comme les onze imams précédents, il fut victime de la vindicte des califes sunnites, ce qui l'obligea à vivre dans la clandestinité - une période que l'on appelle la « petite Occultation ». Il a choisi de disparaître en 941, à Samarra (dans l'actuel Irak) - il s'agit de la « grande Occultation ». Il doit réapparaître à la fin des temps pour rétablir la justice et la concorde sur Terre.
(25) Jamkaran fait aussi l'objet de toutes les attentions de l'actuel gouvernement, qui a consacré l'équivalent de plus de 14 millions d'euros à sa rénovation.
(26) Emprisonné sous Mohammad Shah en 1847, ce mojtahed, descendant du Prophète, fut jugé par une commission de religieux qui le condamna à une cruelle bastonnade. Comme ses propagandistes ne cessaient de lui rallier des adeptes qui entraient en rébellion dans diverses régions de l'Iran, Amir Kabîr, le puissant vizir de Nasseredin Shah, entreprit de réprimer ce mouvement. Seyyed Ali Mohammed fut fusillé à Tabriz le 9 juillet 1850. Après bien des vicissitudes, sa dépouille repose dans un mausolée sur les pentes du mont Carmel, en Israël.
(27) Les Juifs s'étaient vu interdire de sortir quand il pleut afin que l'eau, touchant au passage leurs corps « impurs », ne souille ensuite le sol. Cet interdit valait aussi pour les chrétiens et les zoroastriens.
(28) Cette fondation a été créée par le président Ahmadinejad au lendemain de la conférence sur l'Holocauste qui s'est tenue à Téhéran en décembre 2006. Son organisateur, le ministère des Affaires étrangères, y a invité de nombreux historiens révisionnistes ou négationnistes, comme le Français Robert Faurisson ou l'Américain David Duke, ancien représentant républicain de Louisiane et ex-dirigeant du Ku Klux Klan.
(29) Sur le site www.rooz.com
(30) Elle a ainsi largement montré, en décembre dernier, les images d'une petite manifestation d'étudiants de l'université Amir Kabîr de Téhéran qui avaient accueilli le président iranien en criant « mort au dictateur ». Plus que la manifestation, c'est sa diffusion sur les chaînes nationales qui a constitué l'événement.
(31) La Repubblica, Libération et Le Temps. Il donnera une autre interview allant dans le même sens huit jours plus tard au Monde.
(32) « On peut s'interroger sur le nombre de victimes de ce génocide sans nier qu'il ait eu lieu (...). Mais nous n'acceptons pas que cette réalité soit utilisée pour justifier l'oppression des Palestiniens » (Libération du 14 juillet).
(33) La loi Helmet-Burton impose de sévères limitations aux investissements américains en Iran et pénalise les entreprises étrangères travaillant aux États-Unis qui ne les respectent pas.
(34) Les raffineries iraniennes ne produisent que 40 millions de litres d'essence par jour alors que la consommation quotidienne s'élève à 70 millions de litres.
(35) Selon une personnalité du régime, la direction des Pasdaran est divisée en trois tendances : l'une acquise au Guide suprême, la deuxième à Ahmadinejad et la troisième à Hachémi-Rafsandjani.
(36) The Times a notamment relevé que les vedettes des Pasdaran sont intervenues au moment où les fusiliers marins britanniques étaient le plus vulnérables - c'est-à-dire lorsqu'ils descendaient de l'échelle les reliant au bateau indien qu'ils venaient d'inspecter - et que les Gardiens de la révolution étaient suréquipés en armes, en moyens de détection et en équipements de toute sorte. Tous ces éléments démontrent indiscutablement que l'opération avait été préméditée de fond en comble.