Politique Internationale - La Revue n°123 - PRINTEMPS - 2009

sommaire du n° 123
QUI SONT LES NEO-TALIBAN?
Article de Didier CHAUDET
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As the Western powers, led by the United States, aim to strengthen their military presence in Afghanistan as part of the war against terrorism, it is worth knowing exactly which enemy their troops are fighting. The «neo-Taliban» are as deeply embedded within the Pashtun population as their elders were, and yet they are different from the fighters of the 1990s. A new generation has taken over, and they are not organized in the same way as before. They have less of a hierarchy and are much more decentralized, operating in more mobile independent units. They are also closer to Al-Qaeda than were Mullah Omar's men. Above all, they have inspired others outside Afghanistan, in Pakistan and Central Asia. Faced with the scale of the threat, the West has two priorities: it must secure its military supply lines, and it must avert the risk of regional instability by making Pakistan a solid ally.
Notes :
(1) « Talib » signifie « étudiant ». Le mot Taliban est déjà au pluriel.
(2) Bob Woodward, Bush at War, Simon and Schuster, New York, 2002, pp. 314 et 317.
(3) Entretiens de l'auteur à Washington D. C.
(4) TRT World (Turkish Radio and Television Corporation), « 15 000 Taliban en Afghanistan », 28 février 2009, www.trt-net.tr
(5) Antonio Giutozzi, Koran, Kalashnikov, and Laptop. The Neo-Taliban Insurgency in Afghanistan, Columbia University Press, 2008, p. 19.
(6) Idem, p. 6.
(7) Les djihadistes sont les islamistes qui considèrent que c'est par la lutte armée avant tout que la loi islamique peut être imposée sur un territoire. Par extension, on appelle ainsi tout islamiste ayant choisi la voie de la lutte armée au nom de l'islam comme mode d'action politique principal, dans son pays ou à l'étranger. Cette logique conduit naturellement l'activiste qui la choisit à cibler non seulement l'« ennemi proche », c'est-à-dire, dans le discours islamiste, les élites des pays musulmans, mais aussi l'« ennemi lointain ». Il s'agit, le plus souvent, d'une grande puissance. Ici, bien entendu, ce sont les États-Unis qui sont visés en particulier. 
(8) Amin Tarzi, « The Neo-Taliban », dans Robert D. Crews et Amin Tarzi, The Taliban and the Crisis of Afghanistan, Harvard University Press, 2008, p. 298.
(9) Ron Synovitz, « Al Qaeda's bloggers' sparring with Taliban could signal key differences », Eurasianet, 12 mars 2008.
(10) Eric Schmitt et Mark Mazzetti, « Taliban Haven in Pakistani City Raises Fears », New York Times, 9 février 2009, www.nytimes.com
(11) Reuters, « La route de la passe de Khyber est de nouveau coupée », 4 février 2009.
(12) Hassan Abbas, « The Black-Turbaned Brigade : The Rise of the TNSM in Pakistan », Terrorism Monitor, Jamestown Foundation, 30 novembre 2006.
(13) On ne sait pas aujourd'hui s'il est vivant ou mort. Fin 2008, le TTP affirmait qu'il était bien vivant, malgré les allégations de nombreux journalistes pakistanais.
(14) Syed Shoaib Hasan, « Profile : Baitullah Meshud », BBC News, 28 décembre 2007, http://news.bbc.co.uk
(15) Pour plus d'informations sur ce sujet, voir Didier Chaudet, « Terrorisme islamiste en Grande Asie centrale : al-qaïdisation du djihadisme ouzbek », Russie.Nei.Visions, no 35, www.ifri.org
(16) En effet, historiquement, il y a toujours eu des tensions entre le Pakistan et l'Afghanistan. Étymologiquement, « Afghan » est tout simplement un synonyme du mot « Pachtoune ». « Afghanistan » veut donc dire « pays des Pachtounes ». C'est le but que Kaboul, depuis 1947 (année de la création du Pakistan), a toujours voulu atteindre : unifier tous les Pachtounes sous une même autorité politique. Ce qui entre en totale contradiction avec l'idée même de Pakistan, qui compte en son sein de nombreuses ethnies, dont des Pachtounes. Par ailleurs, le Pakistan se présente comme le pays des musulmans d'Asie du Sud. Cela permet à Islamabad d'opposer à l'identité ethnique de l'Afghanistan une identité culturelle et religieuse qui peut servir d'outil d'ingérence dans les affaires internes afghanes. Cette opposition radicale explique pourquoi les autorités afghanes ont essayé de s'opposer à l'entrée du Pakistan aux Nations unies en 1947. Bien entendu, à partir des années 1980, lorsque les principaux acteurs islamistes de la vie politique afghane, des moudjahidines anti-soviétiques aux Taliban, ont été soutenus et équipés par l'armée pakistanaise, les prétentions nationalistes afghanes sont devenues moins importantes. Aujourd'hui, si le gouvernement d'Hamid Karzaï ne prône pas directement l'unification d'un « Pachtounistan », il présente le Pakistan comme la source de tous les maux afghans. Karzaï n'a pas hésité à se rapprocher de l'Inde, une situation inacceptable pour l'armée pakistanaise. Ainsi, aujourd'hui, Islamabad se sent encerclé par des régimes ennemis, ce qui n'était pas le cas du temps de l'Afghanistan des Taliban. 
(17) Eric Schmitt et Jane Perlez, « U.S. Unit in Pakistan Lends Ally Support », New York Times, 22 février 2009, p. A1.
(18) Reuters, « U.S. military strikes in Pakistan », 12 septembre 2008, www.alertnet.org
(19) Joel Brinkley, « Why is Russia bribing Kyrgyzstan », San Francisco Chronicle, 22 février 2009, p. H6.
(20) Alan Cullison et Yochi J. Dreazen, « Moscow Moves to Counter U.S. Power in Central Asia », Wall Street Journal, 5 février 2009, http://online.wsj.com
(21) Ellen Barry et Elisabeth Bumiller, « U.S. Searches Alternative to Kyrgyz Base », New York Times, 5 février 2009, www.nytimes.com
(22) Stephen Sestanovich, « Russia and the Global Economic Crisis », Expert Brief, Council on Foreign Relations, www.cfr.org
(23) M. K. Bhadrakumar, « India Grapples with the Obama Era », Asia Times, 21 février 2009, www.atimes.com
(24) C'est la logique de la notion russe de « Nouveau Moyen-Orient », pensée par Yuri Krupnov du Mouvement russe pour le développement, englobant la Grande Asie centrale, l'Iran, les pays du Caucase et même la Turquie.
(25) Paul Danahar, « Taliban "getting Chinese arms" », BBC, 3 septembre 2007, http://news.bbc.co.uk
(26) Le retrait soviétique avait été annoncé le 20 juillet 1987.