Politique Internationale - La Revue n°123 - PRINTEMPS - 2009

sommaire du n° 123
JIHADISTES DE TOUS LES PAYS, DISPERSEZ-VOUS !
Article de Marc HECKER et Thomas RID
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Le terrorisme est souvent considéré, de nos jours, comme la menace numéro un planant sur les sociétés occidentales. Il suffit, pour s'en rendre compte, de comparer deux documents français : le Livre Blanc sur la Défense de 1994 et le Livre Blanc sur la Défense et la Sécurité nationale de 2008. Dans ce dernier, contrairement à celui de 1994, le terrorisme est omniprésent, à tel point que cette forme de conflictualité semble éclipser la menace de la guerre (1).L'importance qu'a prise le terrorisme est, bien sûr, liée au choc des attentats du 11 septembre 2001. Pour la première fois, un acteur non étatique a démontré sa capacité à infliger instantanément des destructions de nature militaire à un État. Par surcroît, ces attentats - dont le coût de réalisation est estimé à la moitié du prix d'un missile Tomahawk - ont eu lieu sur le territoire des États-Unis, le pays le plus puissant du monde tant économiquement que militairement. Les attaques de Madrid en 2003 puis de Londres en 2005 ont prouvé que la mouvance Al Qaïda était également déterminée à frapper en plein coeur de l'Europe.

Où en est l'organisation jihadiste aujourd'hui ? A-t-on raison de l'ériger en menace suprême ? Comment la mouvance jihadiste internationale a-t-elle évolué depuis une dizaine d'années ? Et selon quels scénarios pourrait-elle décliner à l'avenir ?

La transformation de la mouvance jihadiste internationale

La transformation d'Al Qaïda a été théorisée avant de devenir réalité. L'un des principaux théoriciens de la décentralisation de la mouvance jihadiste internationale est un ancien haut responsable d'Al Qaïda connu sous le nom d'Abu Mus'ab al-Suri. Né à Alep en 1958, il entame des études d'ingénieur à la fin des années 1970. Il intègre au même moment l'« organisation de l'avant-garde combattante des Frères musulmans ». Ce groupe est une organisation secrète classique - ce qu'on appelle en arabe tanzim - ayant un objectif local précis : renverser le régime de Hafez el-Assad. Le tanzim en question est découvert par les services de renseignement syriens et, en 1980, Al-Suri est contraint de quitter son pays. Dès cette époque, le jihadiste émet des doutes sur les structures organisationnelles classiques, c'est-à-dire hiérarchisées. Il estime que, face à un État disposant d'une police et de services de renseignement performants, un tanzim n'a que peu de chances de parvenir à ses fins, voire tout simplement de survivre.

En 1998, Abu Mus'ab al-Suri se trouve en Afghanistan quand les Américains bombardent certains camps d'entraînement en représailles aux attentats de Dar es-Salaam et Nairobi. Il est impressionné par la puissance de feu de l'armée américaine et par sa capacité à frapper les endroits les plus reculés sans même s'exposer. Il écrit alors : « L'ère des camps fixes est terminée. Nous devons nous entraîner dans des maisons ou des camps mobiles » (2).

En 2000, Al-Suri achève une première version de son grand oeuvre, L'Appel à la résistance islamique globale, un ouvrage de plus de 1 500 pages dont une version actualisée est diffusée sur Internet à partir de 2005. Il y écrit : « Al Qaïda n'est pas une organisation, ce n'est pas un groupe et nous ne voulons pas qu'elle le devienne. C'est un appel, une référence, une méthodologie » (3).

Al-Suri perçoit l'opération Enduring Freedom comme une véritable catastrophe pour les Talibans et pour Al Qaïda. Cette campagne le renforce dans l'idée que la concentration des moyens est la pire des erreurs que puisse commettre Al Qaïda face à un adversaire aussi supérieur technologiquement et militairement que les États-Unis. Il en déduit que « la mentalité de Tora Bora doit prendre fin » (4) et que la décentralisation maximale doit devenir la règle. Les cellules jihadistes doivent devenir indépendantes les unes des autres et être de taille limitée afin de ne pas être repérées. La taille idéale, indique-t-il, se situe aux alentours de huit personnes, mais un individu isolé peut, de manière autonome, fonder sa propre cellule qui se limitera à lui-même. La vision du jihad d'Abu Mus'ab al-Suri se résume en un slogan : « Nizam, la tanzim » (5), c'est-à-dire « un système, pas une organisation ». Et le théoricien de préciser : « Il n'y a pas de liens organisationnels entre les membres des unités de la résistance islamique globale. Les seuls liens sont (...) un système d'action, un nom et un but communs. » Al-Suri ajoute que son objectif est d'élaborer une méthode capable d'empêcher l'ennemi d'interrompre le processus de violence même si cet ennemi comprend la méthode en question et a arrêté les deux tiers des jihadistes. Cette méthode, écrit al-Suri, « doit pouvoir s'auto-renouveler et s'auto-perpétuer ».

D'aucuns n'ont pas manqué de voir dans l'évolution d'Al Qaïda depuis le déclenchement de l'opération Enduring Freedom en Afghanistan la mise en pratique des théories d'Abu Mus'ab al-Suri. Mais on peut leur opposer que, si la mouvance jihadiste internationale a effectivement beaucoup évolué au cours de ces dernières années, ce processus de transformation résulte plus de contraintes externes que d'une véritable stratégie. 80 % des combattants d'Al Qaïda qui se trouvaient encore en Afghanistan auraient été neutralisés lors d'Enduring Freedom (6). Quant aux camps d'entraînement qui avaient servi à former plusieurs dizaines de milliers de combattants arabes pendant la guerre contre les Soviétiques (7) et plusieurs milliers d'autres pendant la période talibane, ils ont été détruits.

Deux éminents experts américains du terrorisme - Marc Sageman d'un côté, Bruce Hoffman de l'autre - ont ardemment débattu du degré réel de décentralisation d'Al Qaïda. Le premier, auteur de Leaderless Jihad (8), estime que l'organisation jihadiste se serait tellement décentralisée - en s'appuyant sur Internet - qu'elle aurait donné naissance à un « mouvement social » aux frontières diffuses. Internet, explique-t-il, est susceptible de favoriser l'émergence de « loups solitaires », expression employée pour désigner des personnes qui s'auto-radicalisent et qui décident individuellement de se lancer dans le jihad. À preuve, Yehya Kadouri, arrêté à l'âge de dix-sept ans aux Pays-Bas en 2005 alors qu'il s'apprêtait à passer à l'acte. Toutefois, l'avenir du jihadisme résiderait moins dans les « loups solitaires » que dans les petits groupes d'amis (9) - pas nécessairement religieux au départ - qui se radicalisent collectivement. En sens inverse, Bruce Hoffman (10) soutient, lui, qu'il serait plus utile de mettre l'accent sur le retour en force du « bureau central » d'Al Qaïda plutôt qu'insister sur la décentralisation de l'organisation. Autrement dit, le noeud gordien se situerait en Afghanistan et au Pakistan, où se cachent probablement Oussama Ben Laden, Ayman al-Zawahiri et d'autres chefs jihadistes emblématiques. En outre, il serait possible d'établir des liens entre certains attentats commis dans le monde - notamment ceux de Londres en 2005 - et la zone afghano-pakistanaise (11). La lutte contre le terrorisme devrait donc se concentrer sur cette partie du monde afin de neutraliser la direction historique d'Al Qaïda, de contenir l'insurrection talibane, d'éviter que ne se reconstitue un « sanctuaire » terroriste et de pouvoir intervenir rapidement au Pakistan en cas de détérioration significative de la situation sécuritaire de ce pays.

En somme, près de huit ans après les attentats du 11 septembre 2001, il est difficile d'obtenir une image nette de ce qu'est devenue Al Qaïda. La décentralisation de la mouvance jihadiste est un fait ; mais, dans le même temps, le « bureau central » n'a pas pu être totalement détruit et semble conserver un certain poids. Les relations entre les « branches » décentralisées et ce « bureau central » sont toutefois loin d'être claires. Étant donné l'ampleur des changements qu'Al Qaïda a connus au cours de la décennie écoulée, il est légitime de se poser la question de son avenir - celui de son bureau central comme celui de ses « branches décentralisées » - à moyen et à long terme. Une hypothèse de plus en plus fréquemment évoquée est celle du déclin possible d'Al Qaïda voire de sa disparition pure et simple.

Comment les groupes terroristes disparaissent-ils ?

La plupart des groupes terroristes actifs dans les dernières décennies ont fini par disparaître - ou, du moins, ont significativement réduit leurs activités violentes. Quels sont les principaux scénarios permettant d'expliquer le déclin de ces groupes ? Al Qaïda peut-elle connaître le même destin ? Plusieurs études qui viennent d'être publiées ou qui sont en cours de rédaction aux États-Unis et au Royaume-Uni sont consacrées à cette question. Audrey Kurth Cronin, auteur de certains de ces travaux (12), démontre statistiquement que la très grande majorité des organisations terroristes ont une durée de vie inférieure à dix ans. Toutefois, les groupes terroristes religieux ont tendance à durer plus longtemps que les groupes non religieux (13). Huit principaux facteurs permettant d'expliquer le déclin des groupes terroristes ont été identifiés (14). Ces facteurs n'ont pas la même validité pour tous les groupes et, le plus souvent, c'est la combinaison d'au moins deux facteurs qui explique la fin des activités terroristes d'un groupe donné. Le classement proposé n'est pas d'une précision absolue mais, d'une manière générale, plus la fin de la liste approche, plus les facteurs présentés pourraient être pertinents dans le cas d'Al Qaïda :

1) La victoire. Certains groupes comme l'Irgoun à l'époque de la Palestine mandataire ou de l'ANC pendant l'apartheid en Afrique du Sud avaient recours au terrorisme et ont cessé leurs attentats après avoir atteint leur objectif stratégique, à savoir la création de l'État d'Israël dans le premier cas et la fin du régime d'apartheid dans le second. Notons que la notion de « victoire » n'est pas la même pour tous les chefs terroristes. La création de l'État d'Israël n'a, par exemple, pas mis fin immédiatement aux activités du Lehi - un groupe armé radical ayant mené de nombreuses opérations contre les Britanniques, dont les dirigeants rêvaient toujours d'un « grand Israël ». Le comte Folke Bernadotte, émissaire des Nations unies, a été assassiné à Jérusalem par un commando du Lehi le 17 septembre 1948, plus de quatre mois après la création de l'État d'Israël (15).

Contrairement à ce qui a pu être affirmé immédiatement après les attentats du 11 septembre 2001, la mouvance Al Qaïda a bien des objectifs stratégiques et n'a pas agi par pur nihilisme. Cela étant, sa victoire n'est pas envisageable pour deux raisons : la première est que ses objectifs (en particulier la défaite des États-Unis et le « rétablissement d'un vicariat de Dieu unifié pour tous les musulmans » (16)) sont si élevés qu'ils semblent tout simplement inaccessibles au regard de la puissance des ennemis de l'organisation ; la seconde est que la réalisation de ces objectifs supposerait une adhésion massive de l'oumma à l'idéologie jihadiste, ce qu'Al Qaïda n'a pas réussi à engendrer.

2) La transition vers un processus politique non violent. Un exemple connu est celui de l'IRA, qui a peu à peu accepté l'idée de négociations à travers sa « branche politique », le Sinn Fein. Ces négociations ont abouti à l'accord du Vendredi saint, signé en avril 1998. La transition vers un processus politique non violent ne met pas forcément fin au terrorisme. Il est, en effet, fréquent que des scissions apparaissent ou s'accentuent et que des splinter groups contestent l'abandon de la violence. Quelques mois après l'accord du Vendredi saint, un attentat revendiqué par l'IRA véritable (RIRA) a coûté la vie à une trentaine de personnes à Omagh, en Irlande du Nord (17). Plus récemment, en mars 2009, plusieurs représentants des forces de l'ordre ont été assassinés en Ulster par des combattants de l'« IRA véritable » et de l'« IRA continuité ».

La transition vers un processus politique non violent est tout à fait improbable pour le « bureau central d'Al Qaïda », qui est clairement engagé dans une « lutte à mort ». En revanche, une telle évolution peut être envisagée pour certains groupes régionaux ou, plus précisément, pour certains individus, à l'instar de l'Égyptien Sayyid Imam al-Sharif, plus connu sous le pseudonyme de « Dr Fadl » (18). Depuis sa prison égyptienne, cet éminent jihadiste - qui fut l'un des principaux chefs d'Al Jihad et un proche d'Ayman al-Zawahiri - a rédigé un ouvrage où il récuse ses positions passées et appelle à cesser la violence. Prenant la menace très au sérieux, Zawahiri a d'abord réagi par l'intermédiaire d'une vidéo (dans laquelle il laissait entendre que le « Dr Fadl » avait certainement écrit sous la menace de la torture) puis, quelques mois plus tard, par la publication d'un livre.

3) La capture ou l'assassinat du ou des chefs du groupe. Les exemples les plus connus sont ceux du Sentier Lumineux, au Pérou, ou de la secte Aum, au Japon. L'arrestation d'Abimael Guzman, en 1992, n'a pas entraîné la perte du Sentier Lumineux, mais les activités de l'organisation ont considérablement décliné depuis lors en raison, entre autres, de luttes intestines. Quant à la secte Aum, elle n'a plus commis d'attentats depuis l'arrestation de son gourou, Shoko Asahara, en mai 1995. Audrey Kurth Cronin remarque, d'ailleurs, que les arrestations fonctionnent généralement mieux que les assassinats, surtout quand les leaders arrêtés appellent les membres de l'organisation à cesser le combat.

Pour ce qui concerne le « bureau central » d'Al Qaïda, la mort d'Oussama Ben Laden n'aurait probablement que peu de conséquences. Désormais, pour la mouvance jihadiste internationale, le chef historique de la « Base » semble être une source d'inspiration plus qu'un véritable chef opérationnel. Mourir en « martyr » pourrait même renforcer son aura auprès des cercles jihadistes. Pour les groupes locaux, en revanche, il peut en aller différemment, comme l'illustre le cas du « Dr Fadl ».

4) L'incapacité à recruter des successeurs. C'est ce qui est arrivé, en particulier, à des groupes d'extrême gauche comme les Brigades rouges, le Weather Underground ou le Mouvement du 2 juin (19). Recruter un nombre important de partisans n'est pas une nécessité pour une organisation terroriste naissante, puisque le propre du terrorisme réside dans le fait que quelques individus peuvent faire des dégâts importants. En revanche, quand la génération des fondateurs du groupe cesse ses activités terroristes pour une raison donnée (mort, arrestation, changement de ligne politique de certains membres clés, etc.), la question du renouvellement générationnel devient vitale. Si, à ce moment, l'organisation n'a pas réussi à susciter des vocations, elle risque à proprement parler de disparaître.

Dans le cas d'Al Qaïda, ce facteur n'est sans doute pas un problème existentiel. La diffusion de l'idéologie jihadiste sur Internet et la popularité du « jihad » dans certains milieux permettront probablement à la mouvance jihadiste internationale de surmonter la difficulté du renouvellement générationnel. En réalité, ce problème a déjà été partiellement surmonté : nous en serions aujourd'hui à la troisième génération de jihadistes internationaux depuis la création d'Al Qaïda dans les années 1980 (20). Et ce n'est pas la « communication stratégique » - idée en vogue aux États-Unis, selon laquelle une meilleure communication devrait permettre de tarir l'attractivité du jihad - telle qu'elle est mise en oeuvre actuellement qui détournera les générations futures de la mouvance jihadiste internationale...

5) La perte de soutien populaire. Plusieurs organisations ont vu leur image se ternir considérablement suite à des actions violentes et ont, en conséquence, perdu une grande partie du soutien populaire dont elles bénéficiaient. À terme, ces organisations pourraient bien disparaître totalement. C'est le cas de certains groupes dissidents de l'IRA qui survivent tant bien que mal depuis l'attentat d'Omagh et, dans une moindre mesure, de l'ETA. Chaque attaque meurtrière que commet l'organisation basque donne désormais lieu à des manifestations de protestation massives ; de la même manière, la reprise des hostilités par l'« IRA véritable » en mars 2009 a, elle aussi, engendré de nombreux rassemblements de citoyens condamnant la violence (21). Il reste que le soutien populaire est, en réalité, un facteur plus important pour les organisations qui aspirent à se transformer en mouvement insurrectionnel - en vertu de la théorie maoïste de la guerre révolutionnaire (22) - que pour les groupes terroristes stricto sensu.

En outre, ce facteur est plus important pour les groupes à forte implantation locale que pour une mouvance transnationale comme Al Qaïda. Certes, cette dernière aurait besoin d'un fort soutien populaire transnational pour atteindre ses objectifs stratégiques, ce qui est loin d'être acquis. Cela dit, même sans soutien populaire massif, la mouvance jihadiste internationale conserve un potentiel de nuisance élevé puisqu'il n'est pas nécessaire de disposer de milliers de combattants pour réaliser des attentats, même de l'ampleur de ceux du 11 septembre 2001... 

6) La transition vers une insurrection. Le terrorisme n'est pas nécessairement le signe avant-coureur d'une insurrection mais la plupart des insurrections ont démarré par des actes de terrorisme (23). Si un groupe réussit à attirer suffisamment de partisans, il peut parvenir à passer du terrorisme à l'insurrection. Des cas comme ceux du Groupe islamique armé (GIA) en Algérie dans les années 1990 ou du Lashkar e-Taiba (24) en Asie du Sud en sont l'illustration. Le risque, pour un pays confronté à un mouvement terroriste évoluant vers une véritable insurrection, est de sombrer dans la guerre civile, comme ce fut le cas en Algérie où la « décennie noire » a fait environ 150 000 morts.

Si, comme nous venons de le voir, le soutien populaire n'est pas un élément crucial pour un groupe terroriste, il l'est en revanche pour une organisation qui souhaite se transformer en insurrection. Certains, à l'instar de David Kilcullen, parlent déjà d'« insurrection islamiste globale » à propos d'Al Qaïda (25). Cette expression semble très exagérée, au moins pour deux raisons : 1) la mouvance Al Qaïda n'a pas réussi à obtenir le soutien de l'oumma ; 2) les différents conflits régionaux où apparaissent des groupes se revendiquant d'Al Qaïda sont en réalité marqués par de forts déterminants locaux (26). 

La mouvance jihadiste internationale a bel et bien une portée globale qu'elle a acquise en partie en raison de sa présence sur Internet. Toutefois, pour une organisation violente, le web n'est pas un outil de communication parfait. Un « sanctuaire virtuel » (27) ne saurait remplacer un sanctuaire réel, ne serait-ce que parce que Internet ne permet pas aux terroristes potentiels de s'entraîner comme ils pourraient le faire sur un territoire donné. Surtout, le web tend à couper de leur base populaire les groupes qui négligeraient les techniques traditionnelles de communication. En d'autres termes, il est vrai qu'Internet peut permettre à un groupe terroriste de durer plus longtemps ; mais il est tout aussi vrai que ce groupe risque de compromettre ses chances de se transformer en insurrection s'il ne communique pas de manière plus traditionnelle et plus territorialisée (28).

Si l'on ne peut donc pas parler d'« insurrection globale », il serait en revanche impropre de nier l'existence d'insurrections dans certains pays, notamment en Irak et en Afghanistan. Dans ces deux cas d'espèce, les jihadistes de la mouvance Al Qaïda ne représentent cependant qu'une partie des acteurs engagés dans le conflit. Ainsi, en Irak, Al Qaïda ne serait responsable que d'une faible proportion - de l'ordre de 5 à 10 % - des attaques contre les troupes américaines (29). Dans d'autres pays - comme l'Algérie ou le Pakistan (30) -, les attentats sont si fréquents que le passage du terrorisme à l'insurrection n'est pas à exclure.

7) L'implosion. Une étude récente réalisée par une équipe de la Rand Corporation a recensé 45 groupes terroristes religieux ayant fini par péricliter. Sur ces 45 groupes, 26 ont implosé en raison de dissensions internes (31). Le label Al Qaïda tend à donner l'impression d'une organisation uniforme, mais la réalité est bien plus complexe.

La mouvance jihadiste internationale est loin d'être monolithique et ne l'a d'ailleurs jamais été, comme le prouvent de nombreux exemples. Ainsi, certains observateurs n'ont pas manqué d'attribuer l'assassinat d'Abdallah Azzam, en novembre 1989, à Oussama Ben Laden. À l'époque, en effet, Azzam souhaitait poursuivre le jihad en Afghanistan jusqu'à l'établissement d'un État islamique tandis que Ben Laden, lui, privilégiait le combat au Proche-Orient (32). Plus récemment, Abu Mus'ab al-Suri a fait part de ses divergences tant idéologiques avec Abu Qatada (33) que stratégiques avec Oussama Ben Laden (34). Les dissensions passées entre Abou Moussab al-Zarqaoui et Ayman al-Zawahiri - en particulier au sujet des exécutions d'otages en Irak et des attentats contre les chiites - illustrent également les désaccords récurrents au sein de la mouvance jihadiste (35). Ces dissensions peuvent aussi voir le jour localement, comme l'a montré le cas du « Dr Fadl » en Égypte. En Algérie, l'opposition entre Hassan Hattab - chef du Groupe salafiste pour la prédication et le combat jusqu'en 2004 et qui a, depuis, appelé les groupes armés à renoncer au jihad - et Abdelmalek Droukdal, actuel émir d'« Al Qaïda au Maghreb islamique », rappelle également la fragilité potentielle des organisations jihadistes.

8) La répression. Les actions de lutte contre le terrorisme se sont révélées efficaces dans plusieurs cas. Remplacer des leaders et des membres de base arrêtés ou tués n'est pas une tâche facile pour des organisations qui sont le plus souvent clandestines. Les opérations répétées ayant visé l'ETA - dont l'une des dernières en date est l'arrestation de « Txeroki », chef présumé des commandos de l'organisation, le 17 novembre 2008 - semblent avoir affaibli, à court ou à moyen terme du moins, les capacités de frappe du groupe. Dans le même ordre d'idées, l'un des facteurs expliquant le déclin de l'IRA est son infiltration par les services de renseignement britanniques. Certains infiltrés, à l'instar de Freddie Scappaticci, Sean O'Callaghan ou Denis Donaldson, ont atteint des positions élevées au sein de l'IRA ou de sa branche politique, le Sinn Fein (36). En décembre 2005, Gerry Adams a annoncé publiquement que Denis Donaldson avait espionné son organisation pendant plus de vingt ans au profit des Britanniques. Quelques mois plus tard, l'ancien espion était assassiné dans un cottage reculé du Donegal.

La répression de la mouvance jihadiste internationale combine l'action de la police, de la justice, des services de renseignement intérieur et extérieur, ainsi que l'emploi des forces armées. Dans le combat contre les cellules jihadistes qui tentent d'opérer sur le territoire des pays occidentaux, les services de renseignement intérieur, la police et la justice ont un rôle essentiel à jouer. En France, des procès récents comme ceux des « filières » tchétchènes, afghanes et irakiennes sont venus rappeler l'importance de la police et de la justice dans la lutte contre le jihadisme. Pour les actions hors du territoire national, les services de renseignement extérieur et l'armée conservent la haute main. Le Livre blanc du gouvernement sur la sécurité intérieure face au terrorisme (2006) a réaffirmé que l'opposition de la France au concept de « guerre contre le terrorisme » n'était pas contraire à l'emploi de militaires pour lutter contre le terrorisme. On aurait tort, cependant, de surévaluer le rôle des armées européennes - et a fortiori de l'armée française - dans la lutte contre Al Qaïda. À ce jour, les principaux chefs d'Al Qaïda tués ou arrêtés l'ont été soit par les forces armées américaines (Mohammed Atef, Abou Mousab al Zarqaoui) soit par les services secrets pakistanais (Khalid Cheikh Mohammed, Abu Mus'ab al-Suri), dont l'attitude vis-à-vis des Talibans et d'Al Qaïda est pour le moins ambivalente.

L'avenir du jihad global : entre « centres mouvants » et « wikiterrorisme »

Des huit critères traditionnels de disparition des groupes terroristes, aucun ne semble s'appliquer parfaitement à la mouvance jihadiste internationale, même si l'implosion et la répression sont des facteurs peut-être plus pertinents. La difficulté d'application de ces critères est sans doute liée au fait que la mouvance jihadiste internationale n'est pas un groupe terroriste comme les autres mais une organisation sui generis.

Al Qaïda trouve son origine dans le jihad afghan des années 1980 contre les Soviétiques. Au départ, elle est plus proche de la guérilla et de l'insurrection que du terrorisme. Oussama Ben Laden cherche alors à faire affluer les volontaires arabes pour combattre l'Armée rouge. Après le retrait soviétique d'Afghanistan, son organisation a peu à peu évolué vers le terrorisme transnational, frappant rarement mais de manière spectaculaire, comme l'attestent les attentats contre les ambassades américaines en Afrique en 1998, l'attaque qui a visé l'USS Cole en 2000 (37) et, bien sûr, les détournements d'avions du 11 septembre 2001. Par la suite, elle a tenté de se transformer en « insurrection globale », ce qu'elle n'a pas réussi à faire. En somme, la mouvance jihadiste internationale telle qu'elle se présente actuellement est le produit d'une « insurrection globale » ratée. Elle ne pourra sans doute jamais vaincre l'« ennemi lointain » - c'est-à-dire les pays occidentaux - et devra se contenter de lui porter des coups plus ou moins fréquents.

À l'inverse, cet « ennemi lointain » ne pourra vraisemblablement pas se débarrasser totalement de la mouvance jihadiste internationale, que ce soit à moyen ou même à plus long terme. Cette mouvance possède une capacité de résilience qu'aucun groupe terroriste n'a jamais eue - une capacité de résilience en partie liée à son utilisation habile des nouvelles technologies de l'information et de la communication.

Plutôt que de miser sur la disparition totale d'Al Qaïda, une double évolution de la mouvance jihadiste internationale peut être imaginée. Cette évolution se caractériserait à la fois par le développement de « centres mouvants » s'appuyant sur des insurrections locales et par une « wikipedisation » (38) des pratiques facilitant l'émergence de home-grown terrorists (terroristes ayant grandi dans les pays ciblés).

L'idée de « centres mouvants » n'est autre que l'application, au niveau stratégique, des principes développés par Mao au niveau tactique, qu'il a résumés en une formule : « L'ennemi avance - nous reculons ; l'ennemi s'immobilise - nous le harcelons ; l'ennemi s'épuise - nous le frappons ; l'ennemi recule - nous le pourchassons ! » (39). Au niveau stratégique, cette approche se traduirait par le passage de jihadistes d'un théâtre d'opérations à un autre, sachant qu'il est probablement beaucoup plus facile de déplacer quelques dizaines de jihadistes que de déployer une brigade ou une division. Cette « asymétrie du déploiement » est liée aux contraintes logistiques qui pèsent sur les armées occidentales et, surtout, aux contraintes politiques : la décision de déployer quelques centaines de soldats sur un théâtre d'opérations lointain est de plus en plus difficile à faire accepter aux populations occidentales en général et européennes en particulier. Jusqu'en 2007, l'Irak apparaissait comme l'un des principaux centres du « jihad global » (40). Les jihadistes internationaux qui se rendaient alors dans ce pays semblent désormais privilégier l'Afghanistan. Et à moyen terme, le nouveau centre névralgique du jihad pourrait bien être le Pakistan.

Parallèlement, le processus de décentralisation de la mouvance jihadiste internationale se poursuit. Dans la presse, la métaphore la plus couramment employée pour décrire l'extension géographique liée à la décentralisation de la mouvance jihadiste internationale est celle de l'entreprise multinationale ouvrant des « filiales » ou des « franchises » de par le monde. Cette métaphore s'applique partiellement à des groupes comme l'ex-GSPC, désormais appelé « Al Qaïda au pays du Maghreb islamique », bien que le lien avec la « maison-mère » ne soit pas toujours tangible. En revanche, elle s'applique très peu à des opérations comme les attaques ratées contre des trains allemands en 2006 ou les attentats manqués de Londres et de Glasgow en 2007. Les chefs historiques d'Al Qaïda n'étaient probablement, en l'espèce, qu'une source d'inspiration. Une autre métaphore pourrait alors être proposée : celle du « wikiterrorisme » (41). Le terrorisme risque en effet, dans les prochaines années, de se rapprocher de plus en plus du modèle de Wikipedia. Autrement dit, le terrorisme fonctionnerait de manière semi-ouverte, souple, peu hiérarchique et avec un coût d'entrée très faible. Le point positif est qu'à l'instar des rédacteurs de Wikipedia, qui ne sont pas nécessairement des professionnels de l'enseignement et de la recherche, les « wikiterroristes » ne sont pas des artificiers ou des chimistes professionnels. Il peut leur arriver de pécher par amateurisme, comme l'ont démontré, précisément, les échecs des attentats de l'été 2007 à Londres et à Glasgow.

En réaction aux attentats du 11 septembre 2001, les États-Unis ont lancé une « guerre globale contre le terrorisme » ou « global war on terror ». Cette guerre se prolongeant, l'expression « long war » a fait son apparition. Elle figure désormais dans les plus importants documents stratégiques américains, à l'instar de la Quadriennal Defense Review de 2006.

Il est aujourd'hui urgent de repenser la nature même de la lutte, sous peine de voir cette « longue guerre » s'éterniser sans qu'aucun des protagonistes ne puisse en sortir vainqueur. Les objectifs de l'affrontement doivent être revus à la baisse. Se fixer comme but l'éradication complète d'une mouvance jihadiste internationale en constante évolution reviendrait à s'imposer un travail coûteux, pénible et d'autant plus vain que la protection des populations des pays occidentaux ne passe pas nécessairement par la destruction systématique de tous les thuriféraires d'Oussama Ben Laden. Une logique d'endiguement et de surveillance pourrait s'avérer plus efficace.
Notes :
(1) Dans le document de 1994, le mot « terrorisme » et ses dérivés sont mentionnés à 20 reprises. Le terme « guerre » est quant à lui présent 58 fois. Dans le Livre Blanc de 2008, le mot « terrorisme » et ses dérivés sont mentionnés à 107 reprises, pour 75 occurrences du mot « guerre ». En outre, en 2006, un Livre Blanc du gouvernement sur la sécurité intérieure a été consacré exclusivement au terrorisme.

(2) Brynjar Lia, Architect of Global Jihad. The Life of Al-Qaeda Strategist Abu Mus'ab al-Suri, Hurst, Londres, 2007, p. 281.

(3) Lawrence Wright, « The Master Plan », The New Yorker, 11 septembre 2006.

(4) Brynjar Lia, op. cit., pp. 281 et 315.

(5) Ibid, p. 440.

(6) Lawrence Wright, art. cit.

(7) Brynjar Lia. op. cit., p. 236.

(8) Marc Sageman, Leaderless Jihad, University of Pennsylvania Press, Philadelphie, 2008.

(9) Il s'agit de la « bunch of guys theory » déjà développée par Marc Sageman dans un précédent ouvrage : Marc Sageman, Understanding Terror Networks, University of Pennsylvania Press, Philadelphie, 2004.

(10) Voir la critique de Leaderless Jihad réalisée par Bruce Hoffman et publiée dans Foreign Affairs : Bruce Hoffman, « The Myth of Grass-Roots Terrorism. Why Osama Still Matters », Foreign Affairs, mai-juin 2008.

(11) Bruce Riedel, « Al Qaeda Strikes Back », Foreign Affairs, mai-juin 2007.

(12) Audrey Kurth Cronin, « Ending Terrorism. Lessons for Defeating Al-Qaeda », Adelphi Paper, n° 394, avril 2008, et Audrey Kurth Cronin, « How Al-Qaeda Ends. The Decline and Demise of Terrorist Groups », International Security, vol. 31, n° 1, été 2006, pp. 7-48. Audrey Kurth Cronin devrait également publier un livre sur ce thème en 2009.

(13) Seth G. Jones et Martin C. Libicki, How Terrorist Groups End. Lessons for Countering al Qa'ida, Rand, Santa Monica, 2008.

(14) Audrey Kurth Cronin, « How Al-Qaeda Ends », art. cit., p. 19.

(15) Marius Schattner, Histoire de la droite israélienne. De Jabotinsky à Shamir, Éditions Complexe, 1991, pp. 250-254.

(16) Omar Saghi, « Oussama Ben Laden, une icône tribunitienne », in Gilles Kepel et Jean-Pierre Milelli (dir.), Al-Qaïda dans le texte, PUF, 2005, p. 23.

(17) Nuala O'Loan, « Statement by the Police Ombudsman on Her Investigation of Matters Relating to the Omagh Bombing on August 15 1998 », http://cain.ulst.ac.uk/issues/police/ombudsman/po121201omagh2.pdf

(18) Lawrence Wright, « The Rebellion Within », The New Yorker, 2 juin 2008.

(19) Les Brigades rouges étaient un groupe terroriste d'extrême gauche italien qui s'est distingué notamment par l'assassinat d'Aldo Moro en 1978. Le Weather Underground, également connu sous le nom de Weatherman Organization, était un groupe radical d'extrême gauche actif aux États-Unis dans les années 1970. Le Mouvement du 2 juin, groupe révolutionnaire allemand proche de la Rote Armee Fraktion (RAF), a commis des actions violentes pendant environ une décennie à partir de la fin des années 1960.

(20) Marc Sageman, Leaderless Jihad, op. cit., pp. 48-49. La première génération est composée des jihadistes ayant participé à la guerre contre les Soviétiques en Afghanistan. La deuxième est celle qui a été formée dans les camps d'entraînement au moment où l'Afghanistan était gouverné par les Talibans.

(21) John Murray Brown, « Northern Ireland Unites in Protests Against Killings », Financial Times, 11 mars 2009.

(22) Mao Tsé-Toung, Écrits militaires de Mao Tsé-Toung, éditions en langues étrangères, Pékin, 1964. Voir, en particulier, le texte intitulé « Problèmes stratégiques de la guerre révolutionnaire en Chine » (décembre 1936), pp. 83-170.

(23) Sur le lien entre terrorisme et insurrection, voir notamment : Gérard Chaliand, Terrorismes et guérillas, éditions Complexe, 1988. Voir, aussi, Robert M. Cassidy, « Terrorism and Insurgency », Parameters, automne 2008, pp. 129-133.

(24) Sur les actions du Lashkar e-Taiba au début des années 2000, voir, notamment : Ghulam Hasnain, « Inside Jihad », Time, 5 février 2001.

(25) David Kilcullen, « Countering Global Insurgency. A Strategy for the War on Terrorism », novembre 2004. http://www.smallwars.quantico.usmc.mil/search/Articles/CounteringGlobalInsurgency.pdf

(26) Sur le balancement global/local appliqué à « Al-Qaïda au Maghreb islamique », voir notamment Mathieu Guidère, « La tentation internationale d'Al Qaïda au Maghreb », Focus stratégique, n°12, décembre 2008. Voir, aussi, le dernier livre de David Kilcullen, The Accidental Guerrilla. Fighting Small Wars in the Midst of a Big One, Oxford University Press, Oxford, 2009.

(27) David Kilcullen, « Counter-Insurgency Redux », Survival, vol. 48, n° 4, hiver 2006-2007, p. 113.

(28) Cf. Thomas Rid et Marc Hecker, War 2.0. Irregular Warfare in the Information Age, Westport, Praeger, 2009.

(29) Jean-Pierre Filiu, « Al Qaïda à bout de souffle », Commentaire, n° 124, hiver 2008-2009, p. 1099.

(30) Laurent Gayer, « Pakistan : du désordre à la guerre civile ? », Focus stratégique,n° 14, février 2009.

(31) Seth G. Jones et Martin C. Libicki, How Terrorist Groups End. Lessons for Countering al Qa'ida, Santa Monica, Rand, 2008, p. 36.

(32) Thomas Hegghammer, « Abdallah Azzam, l'imam du jihad », in Gilles Kepel et Jean-Pierre Milelli (dir.), Al-Qaïda dans le texte, op. cit., p. 132.

(33) Brynjar Lia, op. cit., 2007, p. 158.

(34) Ibid, p. 286.

(35) Jean-Pierre Milelli (traduction), « Une lettre d'Al-Zawahiri à Al-Zarqawi », Maghreb Machrek, n° 186, hiver 2005-2006, pp. 95-111.

(36) Matthew Teague, « Double Bind », The Atlantic Monthly, avril 2006.

(37) En octobre 2000, un destroyer de la marine américaine, l'USS Cole, est visé par un attentat alors qu'il se trouve au mouillage dans le port d'Aden au Yémen. 17 marins sont tués.

(38) Ce néologisme est une référence métaphorique à Wikipedia, la principale encyclopédie numérique « collaborative ». Cf. Marc Hecker, « Al Qaïda ou la méthode Wikipedia », Le Figaro, 9 novembre 2007.

(39) « Problèmes stratégiques de la guerre révolutionnaire en Chine (décembre 1936) », in Mao Tsé-Toung, op. cit., p. 122.

(40) Sur les effets du surge en Irak, voir, notamment : International Crisis Group, « Iraq After the Surge : the New Sunni Landscape », Middle East Report, n° 74, 30 avril 2008. Voir, aussi : Michel Goya, Irak, les armées du chaos, Economica, 2008.

(41) Marc Hecker, « Les trois âges du terrorisme », Commentaire, n° 121, printemps 2008.