Politique Internationale - La Revue n°133 - AUTOMNE - 2011

sommaire du n° 133
SYRIE : L'HEURE DE LA REVOLTE
Article de Jean-Pierre Perrin
Journaliste, spécialiste du Moyen-Orient. Auteur, entre autres publications, de : Jours de poussière
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Syria has been wracked by unrest and bloody repression for several months. It all started when the police opened fire against protestors in Deraa, in southern Syria. The protests quickly expanded to most other cities, from the banks of the Mediterranean to the eastern borders. The people, inspired by events in Tunisia and Egypt, are demanding that president Bashar al-Assad step down. But the situation in Syria is more like that in Libya, minus the international intervention. The ruling party has unleashed its armed forces against demonstrators and has savagely attacked peaceful marches. The scattered opposition is now trying to unite around a single platform. It must at all costs avoid responding to the government's provocations, since the al-Assad regime hopes to see the opposition engulfed in turn by internal violence. But time seems to be on the side of al-Assad's adversaries: even his most faithful supporters, both within the country and outside, are beginning to have doubts about the dictator's ultra hard-line strategy.
Notes :
(1) La doctrine alaouite s'apparente à la religion chiite dont elle s'est séparée après le septième imam historique. Installés surtout dans le nord de la Syrie, la région de Lattaquié et le djebel Ansariyé, les alaouites ont profité de la période mandataire pour s'imposer. La France, qui privilégiait les recrutements communautaires dans les secteurs dits sensibles, avait favorisé l'accès de cette minorité à l'armée, à la police et à l'administration. Depuis la prise du pouvoir par Hafez al-Assad, elle occupe une place prééminente dans les instances de pouvoir.
(2) Organisée et dirigée par Rifaat al-Assad, le frère de Hafez al-Assad qui vit aujourd'hui réfugié en Espagne et en France, la répression avait fait, selon notre enquête sur place, entre 15 000 et 25 000 morts. Une partie de la vieille ville avait été rasée et des mosquées historiques détruites.
(3) Bassel al-Assad avait été choisi par Hafez al-Assad pour lui succéder. Il avait été préparé des années durant à devenir le président de la Syrie à la mort d'Hafez, ses frères Bachar et Maher ayant été tenus à l'écart de toute activité politique et militaire. Ce fils élu avait eu la bonne fortune d'être formé par le clan des grands officiers alaouites, ceux qu'on surnomme le « clan des Ali » - Ali Douba, Ali Haïdar, Ali Aslan. Mais c'était sans compter avec la fatalité. En l'occurrence, l'accident mortel survenu en janvier 1994 alors que Bassel conduisait à vive allure sa voiture de sport sur la route de l'aéroport. Ce décès brisa les plans du raïs. Il rappela Bachar qui terminait alors des études d'ophtalmologie à l'hôpital Saint Mary de Londres et lui fit aussitôt prodiguer une formation accélérée pour rattraper le temps perdu. Bachar sera propulsé au pouvoir à la mort du dictateur, en 2000.
(4) Libération du 26/27 mars 2011.
(5) On estime à 200 000 le nombre de Kurdes vivant sur le territoire syrien qui sont privés de la nationalité syrienne.
(6) En visite en France début septembre, le patriarche de l'Église maronite libanaise Béchara Raï, a défendu contre toute attente Bachar al-Assad, avant de préciser qu'il redoutait que la chute de « régimes décrits comme dictatoriaux ne conduise à la guerre civile, dont les chrétiens pourraient être les victimes ».
(7) Parmi les crimes les plus abominables imputés par l'opposition aux services secrets, il y a l'assassinat d'un garçon de 13 ans, Hamzeh al-Khatib, qui avait été arrêté le 21 avril à Deraa lors d'une manifestation et dont la dépouille affreusement martyrisée a été rendue à sa famille le 25 mai. Les images, que l'on peut voir sur YouTube, sont terrifiantes : visage comme explosé, impacts de balles sur les bras et la poitrine, contusions sur tout le corps, sexe apparemment mutilé. La Commission arabe des droits de l'homme a confirmé que l'adolescent était bien mort pendant sa détention. Son décès avait provoqué l'une des premières condamnations vraiment fermes de Paris qui avait dénoncé « la violence aveugle et brutale dont continuent à user les services secrets syriens ».
(8) Samir Kassir a été tué le 2 juin 2005 par un attentat à la voiture piégée qui le visait personnellement. Il était l'historien de la guerre du Liban, l'un des grands éditorialistes du quotidien an-Nahar et l'un des principaux acteurs du « Printemps de Beyrouth » qui avait mis fin à la tuelle de Damas sur le Liban. Les services secrets syriens et le Hezbollah sont suspectés de son assassinat.
(9) Fin septembre, Moscou a envoyé en Syrie une délégation de parlementaires dans l'espoir de trouver un terrain d'entente entre pouvoir et opposition. Les députés ont visité les principales villes insurgées (Deraa, Homs, Hama) et rencontré aussi bien Bachar al-Assad que des opposants de renom comme l'économiste Aref Dalila. Dans une interview à la télévision syrienne, le vice-président du Conseil de la fédération (chambre haute du Parlement russe), Ilias Oumakhanov, qui dirigeait la délégation, avait appelé les Nations unies à « ne pas répéter le scénario libyen » en Syrie.
(10) Maher al-Assad est connu pour son caractère brutal et irascible. En 1999, il avait vidé le chargeur de son pistolet sur son beau-frère Assef Chawkatle, tout-puissant chef des renseignements militaires (Amn al-askari), le blessant de plusieurs balles, semble-t-il parce qu'il n'acceptait pas que celui-ci épouse sa soeur Bouchra.
(11) Libération du 27 septembre. Selon cette journaliste, leur nom signifie « crâneurs » ou « fantômes », selon les traductions possibles du mot en arabe dialectal syrien.
(12) Voir note (7).
(13) Après l'élection de Barack Obama, Washington avait cherché à améliorer ses relations avec Bachar al-Assad, mises à mal par l'assassinat de Rafic Hariri, dans le but de convaincre le président syrien de renoncer à son alliance avec Téhéran et de cesser de soutenir des groupes islamistes radicaux comme le Hamas palestinien et le Hezbollah libanais. En janvier 2010, le président américain a envoyé Robert Ford en Syrie pour combler le vide diplomatique provoqué par le rappel du précédent ambassadeur en 2005.
(14) « Quand il y a un problème entre les peuples et les responsables, ils doivent s'asseoir autour d'une même table pour parvenir à une solution, loin de la violence », a déclaré fin juillet Mahmoud Ahmadinejad.
(15) Notamment après sept trains de sanctions de l'Union européenne, dont un embargo décidé le 2 septembre sur les importations de pétrole syrien (95 % de la production syrienne sont absorbés par le marché européen) ; une interdiction, le 23 septembre, de tout nouvel investissement dans le secteur pétrolier ; une autre interdiction concernant la fourniture de pièces et de billets de banque.
(16) Sur ce premier point, Burhan Ghalioun a répondu? : « Ce ne sera vraiment pas un problème maintenant que la tâche la plus difficile, qui était la constitution du Conseil, est accomplie. Nous aurons du mal à nous organiser pour répondre aux nombreuses demandes des pays et des organisations qui appelaient de leurs voeux une unification de l'opposition. »