Politique Internationale - La Revue n°103 - PRINTEMPS - 2004

sommaire du n° 103
Bush-Kerry : Les enjeux de la campagne
Article de Guillaume Parmentier
Directeur du Centre français sur les États-Unis (CFE) à l'Ifri (Institut français des relations inte
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Prédire le résultat d'une élection présidentielle à plusieurs mois de distance, c'est un peu comme prévoir le temps qu'il fera : on peut tomber juste, mais ce ne sera sûrement pas sous l'effet de la raison. De toute éternité, la règle d'or de l'observateur de la vie politique américaine a été de ne jamais se fier ni aux sondages ni à ses intuitions avant que le peuple ne commence à se pencher sérieusement sur la compétition électorale, c'est-à-dire avant le Labor Day (premier lundi de septembre). Cette année, l'élection s'annonce particulièrement ouverte et incertaine, l'opinion étant divisée et sujette à des influences conjoncturelles imprévisibles. La prudence est donc encore plus nécessaire qu'à l'accoutumée.
Un contexte inhabituel
Il est extrêmement inhabituel qu'une élection, aux États-Unis, se présente dans un contexte marqué par de tels enjeux internationaux. Les électeurs américains se déterminent généralement en fonction de critères intérieurs, et principalement économiques. En 1992 - on s'en souvient - le slogan qui avait permis à Bill Clinton de l'emporter contre le père de l'actuel président était : " It's the economy, stupid ! " (" Y a que l'économie qui compte, gros bêta ! "). Dans un pays-continent comme l'Amérique, où le système politique vise à permettre aux citoyens organisés en groupes d'influence et de pression d'exercer un pouvoir direct sur les décisions, c'est encore plus vrai qu'ailleurs : la Constitution, avec ses " checks and balances " (contrôles et équilibres) est faite de telle manière que, dans la détermination des orientations du pays, les considérations intérieures priment toujours sur la politique étrangère. Les " pères fondateurs " se méfiaient d'une conception de l'État qui privilégiait la politique extérieure, tendance dont ils pensaient à juste titre qu'elle contribuait à une centralisation des pouvoirs, avec les tentations monarchiques que cela implique (1).
La raison pour laquelle l'élection du 2 novembre 2004 échappera probablement à cette règle tient évidemment aux conséquences du 11 septembre 2001 sur la société et l'État américains. Du fait de ces attentats, la sécurité internationale des États-Unis est devenue un facteur intérieur : elle jouera donc un rôle dans cette élection. Il faut dire et répéter que le traumatisme du 11 septembre a été sous-estimé en Europe et, en particulier, en France. La nation tout entière s'est sentie violée par cette série d'attentats qui ont brutalement révélé à l'Américain moyen la vulnérabilité de son pays. L'idée selon laquelle tout ce qui se passe à l'étranger est indifférent aux Américains a été complètement discréditée. C'était pourtant, avant le 11 septembre, un sentiment que la fin de la guerre froide avait semblé conforter et valider. L'isolationnisme américain, au sens traditionnel du terme, est désormais mort et enterré. Mais cette conclusion n'est pas aussi réjouissante qu'il y paraît, car elle s'est accompagnée de la résurgence d'une inquiétude systématique à l'égard de l'étranger. Le monde extérieur est désormais perçu comme une source de dangers extrêmes. C'est bien là la cause de l'exacerbation récente 1°) de ce qu'il est convenu de nommer l'" unilatéralisme " et 2°) de la méfiance que manifeste l'Amérique à l'égard des moyens de gestion en commun des problèmes mondiaux ou " multilatéralisme ".
La guerre contre l'Irak de Saddam Hussein a évidemment renforcé le poids des facteurs extérieurs dans cette élection. À l'automne 2002, les Démocrates s'étaient laissé prendre au piège que l'Administration leur avait tendu après le 11 septembre, qui assimilait toute critique contre sa politique à un manque de patriotisme. Dans l'atmosphère exaltée qui a succédé aux attentats, il était d'autant plus difficile de se laver de pareilles accusations que la machine républicaine ne s'encombrait guère de scrupules (2). Conséquence : les Démocrates du Congrès ont hésité à contester l'attitude de l'Administration Bush envers l'Irak. Une majorité d'entre eux avait, de fait, voté la résolution qui autorisait à l'avance le recours à la force, remettant ainsi en cause les prérogatives traditionnellement revendiquées par le législatif en matière de pouvoirs de guerre, ce qui était étrange pour un parti d'opposition (3). C'est que les Républicains disposent, en matière de sécurité nationale, d'un avantage massif dans l'opinion publique par rapport à leurs concurrents démocrates. Tous les sondages montrent un écart très significatif entre les deux partis dans ce domaine. En janvier 2002, à la question : " À quel parti, démocrate ou républicain, faites-vous le plus confiance en matière de défense nationale ? ", les Américains se prononçaient à 63 % en faveur des Républicains et seulement à 27 % pour les Démocrates (4). Même après l'apparition des premières critiques sur les conditions de l'intervention en Irak un an plus tôt et la gestion des opérations militaires sur le terrain, les Républicains bénéficiaient en janvier 2004 d'un score de 53 %, contre 30 % pour les Démocrates, lorsque la question du " parti le mieux équipé pour gérer la situation en Irak " était posée (5). Il n'est pas surprenant, dans ces conditions, que les Démocrates se soient longtemps placés sur la défensive, évitant de critiquer directement le président Bush et ses principaux collaborateurs et réservant leurs flèches aux décisions prises par l'Administration en matière intérieure.
La polarisation politique
La division du pays se manifeste sur tous les grands sujets, notamment sur les questions de société : homosexualité, mariage, avortement, place de la religion dans la société et l'État, etc. Le politologue démocrate Stanley Greenberg a publié, en 2003, un livre au titre révélateur : Two Americas. Ce thème a ensuite été utilisé par M. Edwards et, à sa suite, par M. Kerry. L'Amérique apparaît divisée sur les plans économique, religieux et éthique, et même géographique. L'opposition entre les grandes villes acquises aux Démocrates et les vastes espaces ruraux favorables aux Républicains - déjà sensible lors de l'élection de 2000 - ne cesse de croître. Cette fracture multiforme aurait cependant fort bien pu ne pas se traduire dans le champ politique, le scrutin majoritaire à un tour poussant naturellement les candidats à adopter des thèses " centristes " afin d'attirer à eux des électeurs du camp opposé. La raison pour laquelle ce mouvement vers la modération ne s'est pas produit au cours des années récentes tient au fait que le découpage des circonscriptions électorales tend à accorder une prime aux sortants. Renforcés dans leurs positions, ceux-ci ont été conduits à adopter des positions partisanes fortes : les électeurs déjà acquis à leur cause sont devenus, à leurs yeux, plus importants que ceux qu'ils auraient eu besoin de convaincre. Il s'agit donc de faire plaisir à son camp et aux groupes d'intérêt qui le soutiennent plutôt que d'adopter une attitude politique " centriste ".
La polarisation partisane en a été fortement accentuée, ce qui a eu pour conséquence d'éloigner l'une de l'autre les positions des deux principales formations. L'organisation de la campagne présidentielle, qui échappe dans une certaine mesure à ces contingences puisqu'elle se déroule dans le cadre des États, en a été rendue plus difficile. Il faut, en effet, effectuer un grand écart entre les positions partisanes attendues lors des primaires, où votent pour l'essentiel des électeurs de plus en plus polarisés, et les choix politiques modérés nécessaires à la véritable élection. En outre, le contraste de plus en plus fort entre États du Nord, du Nord-Est et de la Côte Ouest, majoritairement démocrates, et ceux du Sud, du Sud-Ouest et de l'Ouest intérieur, naturellement acquis aux Républicains, renforce la polarisation politique des Américains. Car, là encore, le caractère prévisible des résultats n'incite pas les partis à aller " à la chasse " aux voix modérées. En fin de compte, l'élection de 2004 se jouera dans guère plus de onze États sur cinquante : Floride, Iowa, Minnesota, Missouri, Nevada, New Hampshire, Ohio, Oregon, Nouveau-Mexique et Wisconsin, qui, avec leurs 106 grands électeurs cumulés (sur 539), devraient faire la décision. Les résultats sont aussi certains qu'ils peuvent l'être dans 22 États qui éliront 196 grands électeurs, et pratiquement assurés dans 15 États disposant de 144 votes présidentiels. La bataille sera extrêmement concentrée, et l'attention des partis se portera sur un nombre relativement réduit d'électeurs (6).
Une telle focalisation pourrait avoir des répercussions
sur les positions américaines à l'égard du libre-échange. Les
Démocrates sont traditionnellement plus protectionnistes que
les Républicains. L'échec de M. Gephardt lors des primaires
a certes montré que le protectionnisme ne garantit pas nécessairement le succès politique, mais on a vu M. Edwards utiliser sa critique de l'Alena et de l'OMC de façon extrêmement efficace. M. Kerry lui a, dans une certaine mesure, emboîté le pas en parlant de renégocier l'Alena. Le fait que le Midwest - où le chômage est élevé et où les industries traditionnelles sont en déclin - constitue l'enjeu principal de ces élections ne peut qu'encourager les candidats à aller dans ce sens. La résonance du débat sur l'" outsourcing " (délocalisation de l'emploi, mais non de l'activité) montre à quel point ce souci est crucial.
Bush à la fois fort et faible
Tout président sortant bénéficie d'un avantage naturel lorsqu'il sollicite le renouvellement de son mandat (7). L'élection " is for him to lose " (c'est à lui de perdre l'élection), pour utiliser l'expression consacrée. Il peut perdre, mais la probabilité statistique le favorise : la révérence pour celui qui incarne la légitimité constitutionnelle demeure très forte, même si les conditions de l'élection de 2000 affaiblissent cette légitimité de principe. Il n'en reste pas moins que le président G. W. Bush a su trouver les mots nécessaires pour traduire les sentiments du peuple américain après les attentats du 11 septembre 2001, que sa personnalité bonhomme le rend populaire, et surtout que sa position présidentielle lui confère d'emblée un avantage sur son concurrent démocrate. Il faut ajouter à cela le fait que, depuis les années 1980, les Républicains ont toujours été particulièrement bien organisés et disciplinés. Ils savent, à la différence des Démocrates, faire taire leurs divergences doctrinales pour remporter une élection.
Il existe aussi, à l'intérieur du parti républicain, des divergences de vue, mais celles-ci sont moins sensibles que chez les Démocrates, ne serait-ce que parce que les modérés y sont une espèce en voie de disparition (8). Le parti de Lincoln, paradoxalement, est devenu à bien des égards l'équivalent d'un parti conservateur à l'européenne, suffisamment large pour attirer les tenants de positions conservatrices aux nuances diverses, mais trop étroit pour faire place à des vues progressistes. Le conservatisme " à visage humain " (" compassionate conservatism "), dont G. W. Bush avait fait la promotion en 2000, exprimait ce besoin de dépasser l'électorat authentiquement conservateur.
Les Républicains bénéficient, en outre, d'un avantage financier considérable sur les Démocrates, fruit de leur excellente organisation et de leur discipline autant que de leur proximité par rapport aux milieux économiques. On estime que la campagne pour la réélection de M. Bush dispose, à l'heure actuelle, de près de 150 millions de dollars, et qu'elle aura atteint le chiffre record de 200 millions à la fin du printemps. Ces sommes donnent une idée de la puissance de cette campagne, dans un pays où une bonne partie des débats politiques prennent la forme de publicité télévisée payante, le plus souvent négative. De ce point de vue, le seul risque pour les Républicains est celui d'une saturation rapide de l'attention des électeurs, d'autant que la campagne se concentrera, on l'a dit, sur quelques États seulement.
Le président sortant souffre aussi de faiblesses réelles. Un grand nombre d'Américains le jugent partisan et diviseur. Il s'agit d'un homme qui attire une sympathie très forte de la part d'une fraction non négligeable des électeurs (environ 40 %), mais qui suscite un rejet tout aussi fort de la part d'un groupe d'une taille à peu près équivalente. En d'autres termes, ses capacités de mobilisation de son propre électorat sont exceptionnellement puissantes, mais sa marge de progression dans l'opinion est particulièrement faible. Ses choix politiques - qu'il s'agisse du déficit de l'État et de la baisse des impôts ou d'une diplomatie en rupture avec les orientations fondamentales de l'Amérique après 1945 - font l'objet de critiques sévères provenant d'une part importante et parfois majoritaire des Américains. Enfin, M. Bush a pour particularité de ne pas convaincre ses compatriotes lors de ses interventions dans le débat public.
Le légitimisme des Américains permet habituellement aux présidents des États-Unis de bénéficier d'un " état de grâce " chaque fois qu'ils s'adressent solennellement à la nation. Or rien de tel ne s'est produit pour M. Bush dans les mois récents. Par trois fois depuis l'automne 2003, pourtant, il est descendu dans l'arène. En septembre 2003, il s'est exprimé sur l'opération en Irak ; puis il a prononcé le traditionnel discours sur l'état de l'Union en janvier ; il a, enfin, participé à une édition spéciale de l'émission " Meet the Press " en février. Après chacune de ses interventions, son crédit dans l'opinion a baissé - fait unique dans les annales politiques de l'Amérique (9). Si ce phénomène se confirmait, il pourrait avoir des conséquences dramatiques sur ses chances de réélection. La campagne l'obligera, en effet, à des interventions publiques de plus en plus fréquentes, le faisant nécessairement sortir de ses habits présidentiels aux yeux des électeurs. Il est évidemment impossible de savoir si le président continuera à être perçu comme peu convaincant, au-delà de la sympathie personnelle qu'éprouve pour lui une majorité d'Américains. Il s'agit, à ce stade, d'une des inconnues majeures de ce scrutin, car celui-ci sera en fait un référendum sur la présidence de G. W. Bush.
Kerry et les Démocrates
Les Démocrates font, eux aussi, l'inventaire de leurs forces et de leurs faiblesses. Parmi les premières, il faut souligner leur exceptionnelle " rage de vaincre ". Les électeurs démocrates se sont comportés pendant les primaires d'une manière tout à fait inédite. Alors que les partis de " gauche " sont souvent handicapés par la préférence de leurs troupes pour une posture " tribunitienne ", qui les rassure sur la pureté de leurs intentions, ils ont fait montre cette fois-ci d'une détermination sans faille. La sélection de John Kerry ne s'explique ni par son programme, ni par sa personnalité. L'unique préoccupation des électeurs démocrates était de désigner celui qui avait le plus de chances d'être élu face au président sortant. C'est la première fois qu'ils font un choix aussi clairement " utilitaire " lors des primaires. Ainsi s'explique le ralliement spectaculaire des électeurs autour du sénateur Kerry après son succès dans l'État de l'Iowa.
C'est que les électeurs démocrates ont le sentiment d'avoir été doublement frustrés depuis 2000. Tout d'abord, la décision de la Cour suprême d'interrompre le recomptage des bulletins de vote en Floride leur paraît avoir été dictée par les opinions politiques supposées de la majorité des neuf juges plus que par l'équité démocratique. Bon nombre d'entre eux estiment que cette décision a empêché l'élection légitime de M. Gore. En outre, compte tenu du fait que Gore était arrivé nettement en tête en nombre de voix, ils s'attendaient pour le moins à une présidence modérée, et non pas à un exécutif qui décide de tout comme s'il disposait d'un fort mandat populaire.
La politique très partisane de l'Administration (qui a, par exemple, réduit les impôts et les subsides aux États fédérés pour tailler dans les programmes sociaux tout en augmentant sensiblement les dépenses militaires - et cela, dès avant le 11 septembre) les a choqués. Ils en veulent également aux Démocrates qui ont approuvé ces décisions par leurs votes au Congrès, ou qui s'y sont trop mollement opposés. D'où le succès de la candidature de l'ancien gouverneur du Vermont Howard Dean, qui a obligé ses challengers à durcir le ton vis-à-vis de l'Administration Bush. Cette position critique et partisane n'a été compensée que par le réalisme opportuniste des électeurs démocrates, soucieux de faire émerger au plus vite un candidat " éligible " parmi les neuf prétendants, que la presse avait un moment qualifiés de " neuf nains ". La combinaison de ces deux facteurs - l'esprit de revanche et le réalisme - constitue un cocktail particulièrement puissant pour souder un parti et son électorat. C'est la force principale des Démocrates cette année.
La mobilisation des anciens combattants autour de M. Kerry, qui est à l'origine de sa victoire en Iowa, constitue également un atout dans une élection où le sort des troupes et la sécurité du pays joueront un rôle majeur compte tenu de la situation internationale et de la permanence du traumatisme du 11 septembre. Il s'agit d'un milieu organisé, politiquement actif, et inquiet des conséquences de l'occupation de l'Irak - sentiment auquel s'ajoute un brin de mépris à l'égard d'un président dont l'âme guerrière ne l'a pas empêché de jouer des relations de sa famille pour éviter d'être envoyé au Vietnam. Or le président Bush, pensant à l'époque être confronté à M. Dean, qui n'avait pas non plus servi au Vietnam, avait jugé bon de poser, devant les caméras de tous les médias, l'avion militaire qu'il pilotait lui-même en tenue d'officier sur un porte-avions au large de l'Irak. Ce faisant, il mettait lui-même l'accent sur le passé plus glorieux de celui qui lui sera finalement opposé. Les anciens combattants, n'appréciant pas que la guerre du Vietnam soit utilisée par un homme qui n'a jamais combattu, se sont ralliés à M. Kerry. Bien qu'il soit absurde, en bonne logique, que les prouesses militaires respectives des candidats (trente ans plus tôt !) soient utilisées comme argument de campagne, ce sont le président et ses conseillers qui sont responsables de l'irruption de cette question dans le débat politique. Une question qui peut également avoir quelque effet dans les zones où les implantations militaires forment une part essentielle de l'économie locale.
M. Kerry a d'autres qualités à faire valoir. Son expérience internationale est incontestable : il a voyagé dans le monde entier et participe activement depuis plus de vingt ans à la Commission des Affaires étrangères du Sénat, dont l'influence sur la politique extérieure des États-Unis est considérable.
Mais, en politique, l'expérience ne présente pas que des avantages. Ce n'est sans doute pas un hasard si, depuis 1920, un seul sénateur a été élu directement à la présidence des États-Unis : John F. Kennedy en 1960 - et à une très faible majorité. Un sénateur est un " washingtonien " et fait, comme tel, l'objet de critiques dans le reste du pays. Surtout, au cours de sa carrière, il est conduit à prendre publiquement position sur d'innombrables sujets. Il est ensuite de bonne guerre de lui reprocher certains de ses votes, ou les contradictions entre ceux-ci et ses déclarations pendant la campagne présidentielle. Les stratèges républicains se livrent évidemment à une analyse serrée du passé politique de M. Kerry. Il devra justifier ses choix devant l'opinion publique dans son ensemble - ce qui est relativement simple - mais surtout devant les groupes de pression organisés ou " lobbies ", ce qui peut parfois compliquer l'explication. Il est toujours délicat de faire plaisir aux uns sans mécontenter les autres. Tel est le principal handicap du candidat démocrate.
Sa provenance géographique peut également lui jouer des tours. Le nord-est du pays, et singulièrement la Nouvelle-Angleterre d'où est issu le sénateur du Massachusetts, est vu par beaucoup comme une région à part, très largement dominée par le parti démocrate, à l'exception du New Hampshire. La candidature de M. Kerry ne permettra donc pas de faire basculer des États " indécis ". Ce sont les zones de l'Ouest intérieur, du Sud-Ouest et du Sud, à majorité républicaine, qui sont les plus dynamiques sur le plan démographique. Le Nord-Ouest est volontiers perçu comme étant un peu snob et dominateur, moins représentatif de l'Amérique " qui gagne " que les régions à l'expansion plus récente. L'élection dépendra, dans une large mesure, de la capacité de M. Kerry à se défaire de son image de " Washington insider " et d'aristocrate du Nord-Est coupé des masses. Le choix de son candidat à la vice-présidence ne sera pas indifférent en termes d'image. La capacité de celui-ci à rallier les suffrages dans l'un des États véritablement en jeu pourrait se révéler décisive, alors qu'habituellement très peu d'électeurs se déterminent en fonction du " running mate ". Là encore, la polarisation de l'Amérique rend cette élection particulièrement atypique.
De quoi la campagne sera-t-elle faite ?
Ce n'est pas l'état réel de l'économie américaine qui constituera la première clé de cette élection, mais la perception qu'en ont les Américains. Non pas que l'Amérique se porte mal : la croissance atteint un niveau enviable et le dynamisme est au rendez-vous, comme l'atteste l'incontestable vitalité du secteur des hautes technologies. La Bourse, dans laquelle tant d'Américains ont investi pour leurs retraites, est de nouveau sur une pente ascendante. Quant aux taux d'intérêt, historiquement bas, ils continuent de favoriser le secteur immobilier. Cependant, les gens ont du mal à percevoir la croissance, car celle-ci ne se traduit ni par une reprise de l'emploi (même si les chiffres de février 2004 peuvent redonner de l'espoir aux Républicains) ni par une augmentation des salaires. Depuis l'élection de 2000, près de 2,4 millions d'emplois nets ont été perdus, malgré de nombreuses créations de postes. Aucun président depuis Harding n'a présenté un aussi mauvais bilan en termes d'emploi. Certes, les événements du 11 septembre ont joué un rôle négatif sur l'économie. Certes, l'économie subit des mutations rapides, avec les adaptations inévitables que cela entraîne. Certes, l'immigration tend à peser sur l'emploi et encore plus sur le niveau des salaires. Reste que, aux yeux de la plupart des Américains, l'économie ne va pas bien. Une majorité d'entre eux, qui croît de mois en mois, pense que " le pays va dans la mauvaise direction " (10). Pourtant, l'économie n'est pas en récession, au contraire, et il faudrait peu de choses pour renverser la vapeur.
De ce point de vue, la question du déficit de l'État fédéral joue un rôle majeur. Traumatisé par la défaite de son père en 1992, qu'il attribue pour une bonne part au fait qu'il avait renié sa promesse de ne jamais augmenter les impôts - le fameux : " read my lips " (" promis juré ") de sa campagne électorale de 1988 -, l'actuel président a tenu son engagement : il a baissé les impôts, malgré les sommes gigantesques jugées nécessaires au renforcement de la sécurité intérieure et extérieure du pays après le 11 septembre. Or l'opinion ne semble pas lui en savoir gré. Au contraire : les Démocrates - qui, sous l'Administration Clinton, aidée en cela par un Congrès républicain, avaient réussi à créer un surplus budgétaire important et à rembourser une partie appréciable de la dette publique - se présentent aujourd'hui comme le parti de la rigueur financière et des bons pères de famille. Ils dénoncent l'énorme déficit budgétaire creusé par l'Administration de George W. Bush. Le risque est grand, pour le président, de s'aliéner une partie de son électorat naturel, non pas parce qu'il a rompu, comme son père, une promesse électorale, mais au contraire parce qu'il s'est obstiné, de manière quelque peu irresponsable, à remplir un engagement que les circonstances rendaient inapplicable. Il était, il est vrai, très difficile à M. Bush de ne pas mécontenter cette frange de son électorat tout en conservant la confiance des " conservateurs économiques ", favorables à la réduction systématique du rôle de l'État. L'exercice délicat de la quadrature du cercle politique s'applique, on le voit, aux Républicains aussi bien qu'aux Démocrates. L'impact de cette réaction d'orthodoxie fiscale sur le scrutin de novembre reste cependant malaisé à cerner.
Le débat a rebondi à l'automne 2003, lorsque l'Administration a proposé de faire prendre en charge le remboursement des médicaments prescrits aux personnes âgées par Medicare, l'assurance-vieillesse de base. En prenant cette décision, M. Bush pensait conforter sa position auprès d'un électorat peu enclin à l'abstention et capable de faire la différence dans l'État clé qu'est la Floride. Les Républicains espéraient aussi consolider leur avantage en Arizona - État qui leur est a priori favorable, mais qui n'est pas totalement hors de portée des Démocrates. Seule ombre au tableau : le projet n'est pas financé et son adoption risque de creuser les déficits publics de manière abyssale. Le débat fait rage entre adversaires et partisans de la réforme. Globalement, en tout cas, les personnes âgées ne semblent pas avoir été conquises par la perspective d'un remboursement public de leurs frais médicaux qui se ferait au détriment des générations futures.
La grande inconnue : la sécurité intérieure et extérieure
La sécurité intérieure constitue la grande inconnue de ce scrutin. Les bombes qui ont frappé Madrid à trois jours de l'élection du 14 mars 2004 en Espagne démontrent, s'il en était besoin, que les terroristes n'hésiteront pas à s'inviter dans le débat démocratique. Il est évidemment impossible de savoir s'ils en ont l'intention et les moyens en ce qui concerne les États-Unis, mais il serait naïf d'exclure a priori une telle hypothèse. L'effet de nouveaux attentats sur le sol américain est tout aussi difficile à prévoir. Tout dépendrait des circonstances et de la manière dont l'Administration réagirait. Assisterait-on, comme au lendemain du 11 septembre, à une union sacrée autour du président des États-Unis ? Ou, au contraire, les Américains dénonceraient-ils l'impéritie des services de police et de renseignement ? Personne ne le sait. Ce qui est sûr, en revanche, c'est que toute tentative d'instrumentalisation de tels événements par l'Administration ou par les Démocrates serait sévèrement sanctionnée dans les urnes. Les acteurs politiques devraient donc se montrer extrêmement prudents, les réactions à chaud étant souvent mal interprétées.
Quant à l'Irak, il s'agit, là encore, d'un facteur imprévisible. Il est cependant probable qu'il pèsera d'un poids moins important que ce que la presse européenne a tendance à croire. Chacun voit midi à sa porte, et les Européens, encore échaudés par les disputes de 2003, considèrent l'Irak comme un élément central de la politique étrangère américaine. Ce point n'est pas contestable, mais rien ne dit qu'il jouera un rôle décisif dans le débat électoral.
En premier lieu, il s'agit d'un théâtre d'opérations lointain, dans lequel tombent un nombre certes non négligeable mais encore limité de soldats américains, tous professionnels. Il faut ensuite se rappeler que l'Administration a pour objectif de réduire la présence militaire américaine dès juin 2004 en mettant fin à l'occupation et en transférant la gestion du pays à un gouvernement irakien sous l'égide théorique des Nations unies. Si cette opération réussit, et si l'actuelle reprise en main des affaires irakiennes par le Département d'État se poursuit, l'Administration aura très largement neutralisé cette question sur le plan politique. En l'absence d'un fort contingent de GI's et dans la mesure où les décisions majeures seront désormais prises par des non-Américains, il est à peu près certain que les médias consacreront beaucoup moins de reportages et d'analyses à l'Irak, qui disparaîtra alors de " l'écran radar " de la politique américaine. Il faut enfin garder à l'esprit que le nombre de correspondants à l'étranger et d'envoyés spéciaux américains a très fortement diminué depuis la fin de la guerre froide, et que très peu d'organes de presse peuvent se permettre d'immobiliser longtemps des journalistes sur une zone spécifique.
Reste que l'Administration Bush avait espéré faire de son succès attendu en Irak un argument de campagne, et que cet espoir s'est aujourd'hui envolé. Reste, aussi, qu'un grand nombre d'Américains se sont sentis trompés par une Administration qui a délibérément exagéré la menace irakienne, y compris parmi ceux qui estiment que l'Amérique a bien fait de renverser un dictateur sanguinaire. Bref, George W. Bush et son équipe donnent l'impression de ne pas avoir su préparer l'après-Saddam. Surtout, on leur reproche de ne pas s'être montrés entièrement honnêtes dans les mois qui ont précédé.
Il demeure un impondérable de taille : la capture éventuelle de Ben Laden par les forces américaines. Si celle-ci intervenait avant l'élection, ce serait assurément une bonne nouvelle pour M. Bush, car le battage médiatique serait intense et l'émotion patriotique à son comble. Mais la prise de Saddam Hussein en décembre 2003 n'a eu qu'un effet très passager - moins d'un mois - sur la popularité du président. Il faudrait donc un concours de circonstances particulièrement favorable à M. Bush pour que l'arrestation de Ben Laden, trois ans après le 11 septembre, entraîne des bouleversements politiques majeurs.
Le mariage homosexuel s'invite dans l'élection
Depuis le début de l'été, les Républicains ont tenté de monter en épingle la question du mariage homosexuel. Plusieurs décisions de la Cour suprême du Massachusetts ainsi que l'activisme de groupes favorables à la légalisation de telles unions, en particulier à la mairie de San Francisco, ont projeté le débat sur le devant de la scène. Il s'agissait, pour les Républicains, d'attirer les Démocrates dans un piège politique : en se pro-
nonçant pour la légalisation, ceux-ci risquaient de perdre
certains États du sud et de l'ouest du pays ; et en s'y opposant, ils s'exposaient à une levée de boucliers dans les milieux " libéraux " de la côte Est et de Californie. Or il se trouve
que le président Bush, qui avait prôné l'adoption d'un amen-
dement constitutionnel définissant le mariage comme l'union
d'un homme et d'une femme, a été obligé de faire machine arrière.
Une partie de l'électorat flottant, en particulier les jeunes mères de famille des banlieues (" soccer moms ") attirées par le vote républicain pour des raisons liées à la sécurité intérieure, a été choquée par la manière dont l'Administration utilise la question des homosexuels. Ces électrices veulent des hommes et des femmes politiques tolérants, et condamnent les tentatives d'exclusion à l'égard d'une minorité quelle qu'elle soit, dès lors que celle-ci se comporte conformément aux lois en vigueur. En transformant cette question de société en un enjeu politique, les Républicains jouent avec le feu : ils ne peuvent pas satisfaire à la fois la jeune mère de famille de banlieue et le fondamentaliste chrétien de l'Ouest, aussi indispensables l'une et l'autre à leur succès électoral. La politique est l'art de combiner les contraires, en Amérique comme ailleurs. Encore faut-il éviter de mettre l'accent sur ses propres contradictions.
Dernière inconnue : la candidature de Ralph Nader. Il est certain qu'elle n'obtiendra pas le même succès qu'en 2000,
ne serait-ce que parce que son argumentation, qui tendait à
mettre M. Bush et M. Gore dans le même panier, a montré ses limites. Comment ne pas voir, en effet, que sur bien des
points la politique menée par une Administration Gore aurait divergé de manière fondamentale de celle de M. Bush ? C'est le cas en matière fiscale ou en ce qui concerne les subsides fédéraux aux programmes sociaux gérés par les États. Nombre d'électeurs de M. Nader, qui ont privé M. Gore de la victoire, doivent aujourd'hui regretter leur vote de 2000. Selon certains calculs, M. Nader serait néanmoins en mesure de faire basculer jusqu'à onze États dans l'escarcelle républicaine (11). Toute la question est donc de savoir dans combien d'États il parviendra à se maintenir dans la course, les règles de candidature variant d'un État à l'autre et demandant, en tout cas, un nombre de signatures important (12). Il est trop tôt pour prendre la pleine mesure du danger que représente cette candidature dissidente pour M. Kerry, mais il conviendra de ne pas la perdre de vue.
Que nous chaut à nous Français ?
Il n'appartient pas aux Français, ni aux Européens, de prendre position dans une élection américaine, même si les conditions de l'entrée en guerre contre l'Irak n'ont pas précisément contribué à grandir l'image de M. Bush sur le Vieux Continent. Mais, quelles que soient les préférences des uns ou des autres, l'enjeu de ce scrutin est loin d'être indifférent pour l'Europe. Bien sûr, il n'est nullement certain qu'une seconde Administration Bush mènerait une politique rigoureusement semblable à la première, ni même qu'elle s'inspirerait de principes identiques. Il suffit de se souvenir de l'extraordinaire changement qui s'était produit dans la politique étrangère américaine entre la première et la seconde Administration Reagan pour comprendre qu'une évolution est possible. D'autant que c'est Ronald Reagan et non Bush senior qui sert de modèle et de point de référence à l'actuel hôte de la Maison-Blanche. Ajoutons que les présidents qui effectuent leur second mandat n'ont plus, évidemment, à se soucier de leur réélection. Or comment ne pas voir que la disparition de ce souci constituerait un immense changement pour George W. Bush, qui souhaite plus que tout effacer l'échec de son père en 1992 et dont une partie essentielle des choix et des comportements s'explique, depuis quatre ans, par cette obsession ?
M. Kerry, lui, se rattache ouvertement à la tradition " internationaliste " (nous dirions " wilsonienne ") de la politique étrangère américaine. Il est entouré de personnalités soucieuses de défendre l'intérêt national, mais en utilisant autant que faire se peut les instruments internationaux créés depuis 1945 par les États-Unis. Sa conception du recours à la force se distingue de celle de l'Administration Bush. Il n'y aurait dans son équipe ni de Cheney, ni de Rumsfeld, ni de Wolfowitz. Il affiche son soutien à des solutions négociées dans le domaine de la lutte contre l'effet de serre, même si la réalité de la société américaine, et sa dépendance croissante envers une énergie bon marché, l'obligera sans doute à demeurer prudent en ce domaine.
Il serait vain de penser que les alliés transatlantiques retrouveraient, du simple fait d'une alternance à la Maison-Blanche, l'unité qui prévalait avant la fin de la guerre froide. Nos relations avec l'Administration Clinton, surtout au début de celle-ci, n'ont guère été commodes : les divergences euro-américaines sur le traitement de l'affaire bosniaque ont failli briser l'Alliance atlantique, comme l'a rappelé avec justesse le principal artisan du retour des États-Unis dans ce conflit, Richard Holbrooke (13). Nous pourrions, en revanche, nous attendre à un changement de ton et à une meilleure écoute. Reste que la relation transatlantique demeure fondée sur des instruments anciens et peu adaptés, qu'il convient de faire évoluer. C'est particulièrement vrai de l'Otan (14). Tout dépendra, en définitive, de la capacité des Européens à se doter de méthodes de gouvernement qui permettraient aux Américains d'envisager une relation de partenariat avec eux : le succès de la Constitution européenne représenterait, en ce domaine, un progrès décisif.
Il faut aussi que les Européens, en particulier les Français, comprennent à quel point une meilleure approche de la vie politique et du mode de décision américains peut leur être utile. Il s'agit d'un système ouvert, sur lequel tous ceux qui le veulent peuvent exercer une influence à condition d'y mettre le prix en termes de connaissance et de présence. Si cet investissement est réalisé d'une façon efficace et systématique, nul doute qu'il produira des bénéfices bien au-delà de la mise initiale.

Notes :

(1) Sur ce point, on peut se référer à Robert B. Zoellick : " Congress and the Making of Foreign Policy ", Survival, hiver 1999-2000, et Guillaume Parmentier, " Politique étrangère et politique intérieure aux États-Unis : la parenthèse du XXe siècle ? ", Politique étrangère, 3-4, 2000.
(2) Lors de l'élection de mi-mandat en 2002, la victoire républicaine aux élections sénatoriales en Georgie a été obtenue en mettant en cause le patriotisme du démocrate sortant Max Cleland, qui avait pourtant perdu deux jambes et un bras pendant la guerre du Vietnam ! La télévision a ainsi diffusé des spots publicitaires payés par les Républicains qui juxtaposaient les visages du sénateur Cleland et ceux de Ben Laden et de Saddam Hussein, au motif qu'il s'opposait à certaines dispositions prônées par l'Administration en matière de libertés publiques après le 11 septembre.
(3) Sur ce point, on pourra se référer à Barthélemy Courmont : " Les pouvoirs de guerre en question ", Centre français sur les États-Unis, Ifri, www.cfe-ifri.org.
(4) Washington Post-ABC News poll, 27 janvier 2002.
(5) CNN/ USA Today/ Gallup poll, 9-11 janvier 2004.
(6) Je suis redevable de ces chiffres à Charles Cook, l'un des meilleurs spécialistes de la vie politique américaine, dont la colonne hebdomadaire, " Off to the Races ", peut être consultée sur le site du National Journal.
(7) Depuis que les présidents ne peuvent être réélus qu'une fois, seuls les présidents Ford (qui n'avait pas été élu la première fois), Carter et G. W. R. Bush ont essuyé un refus de réélection de la part du peuple américain, le président Johnson ayant décidé de ne pas se représenter en 1968. Les présidents Truman, Eisenhower, Johnson (en 1964), Nixon, Reagan et Clinton ont, en revanche, été réélus.
(8) Un grand nombre de Républicains modérés qui se sont éloignés de leur parti ont coutume de dire qu'ils ne l'ont pas quitté, mais que c'est le parti qui les a quittés. Ils soulignent ainsi le virage à droite du parti et son intolérance croissante à l'égard des positions hétérodoxes.
(9) Cf. Democracy Corps, James Carville, Stanley Greenberg, " An Analysis of Public Polling Week ending, 27 February 2004 ", par Karl Agne.
(10) State of the Nation, Gallup Poll News Service, 16 mars 2004.
(11) Charles Cook, " Nader Could Alter the Race in 11 States ", Cook Political Report, " Off the Races ", 24 février 2004.
(12) On a ainsi appris, au début du mois d'avril 2004, que M. Nader ne pourrait apparemment pas se présenter dans l'État de l'Oregon, faute du nombre de signatures suffisant, alors qu'il s'agit d'un des États où la sensibilité " écologiste " est la plus forte.
(13) Richard Holbrooke, To End A War, New York, Basic Books, 1999. Voir, en particulier, l'introduction et le deuxième chapitre.
(14) Sur ce point, on peut lire : Guillaume Parmentier, " Redressing NATO's Imbalances ", Survival, Londres, IISS, printemps 2000.