Politique Internationale - La Revue n°103 - PRINTEMPS - 2004

sommaire du n° 103
Riyad : la tentation nucléaire
Article de Bruno Tertrais
Directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS). Auteur, entre autres publicat
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Of all the countries that could contribute to nuclear proliferation, one name on the list is particularly surprising: Saudi Arabia. After the September 11 attacks and revelations concerning the financing of Islamic terrorism by the Saudi monarchy, it is obvious that the days are numbered for the alliance between Riyadh and Washington. Within a few years, Saudi Arabia will thus find itself alone. Facing an Iran that, despite signs of goodwill, has accelerated its nuclear program, the Saudis will ineluctably be tempted to get their own bomb. As the primary source of funds alongside Libya for the Pakistani program, they might well demand to see a return on their investment. These ambitions could lead to the outright acquisition of weapons, or simply a "security guarantee" accorded by Islamabad. In either case one thing is certain: given the structural fragility of the kingdom, there are legitimate fears that al-Saud's bomb could one day fall into the hands of Bin Laden or his successors.

Notes :

(1) Les seuls pays non parties au Traité sont l'Inde, Cuba, Israël et le Pakistan. La Corée du Nord s'en est retirée en 2003.
(2) Francis Fukuyama, " Has History Started Again ? ", Policy, hiver 2002.
(3) Laurent Murawiec, Taking Saudi out of Arabia, Defense Policy Board, juillet 2002. Le texte de la présentation avait été rendu accessible par le site www.slate.msn.com (7 août 2002).
(4) Robert Tucker, " Oil : The Issue of American Intervention ", Commentary, janvier 1975.
(5) Cf. Max Singer, " Free the Eastern Province of Saudi Arabia ", New York Sun, 26 avril 2002, et Jerusalem Post, 9 mai 2002.
(6) " Il est extrêmement inconfortable pour tout régime laïc d'être contraint de s'immiscer dans le domaine de la religion, mais ce sont des intérêts nationaux vitaux qui sont en cause, et Al-Saoud est la principale porte à laquelle nous devons frapper si nous voulons voir la Maison de l'islam se réformer " (Paul Jabber, Impact of the war on terror on certain aspects of US policy in the Middle East. A Medium-Term Assessment, rapport préparé pour le National Intelligence Council, 27 décembre 2001).
(7) Si l'Arabie saoudite demeure le premier fournisseur étranger des États-Unis, il convient de rappeler que le pétrole du Golfe ne représente plus aujourd'hui que 10 à 15 % des importations américaines, selon les années. Par ailleurs, les États-Unis entendent bien réduire l'influence de Riyad au sein de l'Opep une fois la capacité de production irakienne remise sur pied. Sur le plan économique, la seule carte maîtresse dont les Saoudiens disposent est celle de leurs avoirs financiers aux États-Unis (plusieurs centaines de milliards de dollars). Mais aucun pays ne pourrait aisément prendre la décision de retirer brutalement une telle somme d'investissements.
(8) Selig S. Harrison, " U.S. must clamp down on Pakistan nuke dealing ", San José Mercury News, 30 mai 2003.
(9) " Saudis Pledge to increase Pakistani Military Presence ", PakistaniDefence.com, 1er septembre 2003.
(10) On assiste depuis quelques années à un rapprochement entre l'Inde et Israël, fondé notamment sur la lutte contre le terrorisme islamiste. Tel-Aviv est également devenu un fournisseur majeur d'équipements militaires modernes pour New Delhi. Voir : Christophe Jaffrelot, " Inde-Israël : le nouvel élément-clé de l'axe du Bien ? ", Critique internationale, no 21, octobre 2003.
(11) Une source mentionne également une visite du prince Sultan en août 2002 (Harrison, op. cit.).
(12) " Saudi Arabia Takes Steps To Acquire Nuclear Weapons ", Defense & Foreign Affairs, 30 octobre 2002. Voir également : " Saudi looking to go nuclear ? Intel analysts say royal family wants to keep up with Tehran ", Geostrategy-Direct Intelligence Brief, 19 juin 2003.
(13) Ewan MacAskill & Ian Traynor, " Saudis consider nuclear bomb ", The Guardian, 18 septembre 2003. Les informations données par le Guardian ont été confirmées par Simon Henderson in " Toward a Saudi Nuclear Option : The Saudi-Pakistani Summit ", Policywatch, no 793, The Washington Institute for Near East Policy, 16 octobre 2003.
(14) Arnaud de Borchgrave, " Pakistani-Saudi trade nuke tech for oil ", UPI, 20 octobre 2003. L'effort saoudien aurait été confirmé par le témoignage d'un responsable du renseignement israélien devant une commission de la Knesset (Uri Dan, " Saudis trying to buy nukes ", New York Post, 22 octobre 2003).
(15) Voir, par exemple, Henderson, op. cit.
(16) Abdul Qader Khan, surnommé le " père de la bombe pakistanaise ", a avoué en janvier 2004 avoir exporté à l'étranger des technologies utiles pour la fabrication de l'arme nucléaire. Cet aveu intervenait suite aux enquêtes de l'AIEA en Iran et en Libye.
(17) Les principales installations militaires saoudiennes sont situées au nord-ouest du pays (près du golfe d'Aqaba) et aux environs de Riyad.
(18) L'acquisition de nouveaux missiles plus modernes auprès de la Chine serait en revanche une hypothèse crédible dans un scénario plus lointain de " guerre froide " sino-américaine, car Pékin pourrait y voir un moyen d'accéder dans des conditions privilégiées au pétrole saoudien.
(19) Le Pakistan n'étant pas partie au TNP, la question juridique ne se poserait que pour l'Arabie saoudite.
(20) Les États-Unis maintiennent encore aujourd'hui des armes nucléaires (bombes B-61) sur le territoire de six pays européens alliés. Les forces aériennes de cinq d'entre eux seraient susceptibles d'emporter ces bombes en temps de crise ou de guerre, Washington maintenant le contrôle de la décision d'emploi.
(21) C'est également l'option suggérée par Richard L. Russell in " A Saudi Nuclear Option ? ", Survival, vol. 43, no 2, été 2001 (article publié avant le 11 septembre).