Politique Internationale - La Revue n°103 - PRINTEMPS - 2004

sommaire du n° 103
Allemagne : le désenchantement
Article de Jean-Paul Picaper
Allemagne
en français
in english
en español
en français

Se maintenir six ans au pouvoir en stagnant à un plancher historique dans les sondages avec, depuis deux ans, une fragile majorité au Bundestag constitue, à n'en pas douter, une performance appréciable. Rester à la barre tout en remorquant un pays relégué en queue du peloton européen et de plus en plus insensible aux initiatives gouvernementales, seul un équilibriste tel Gerhard Schröder pouvait réaliser ce tour de force. En vrai " zoon politikon ", le successeur d'Helmut Kohl donne la mesure de ses talents dans l'adversité. Le leader de la gauche allemande puise avec dextérité dans son chapeau de prestidigitateur. Il a pu camoufler longtemps, avec un art consommé, les rides de son parti et les failles de sa majorité. À présent, il semble parfois las d'une Allemagne qui se détourne de lui. Les joutes tactiques ne l'égaient plus autant que lorsqu'il disait après son élection de 1998 : " Gouverner m'amuse. " Le bruit court que Schröder n'a plus envie de rester aux commandes et que son récent abandon de la présidence de son parti, le SPD social-démocrate, n'est pas une simple manœuvre politique. Serait-ce un pas vers l'abandon ? Helmut Kohl nous assurait en 2000 : " Schröder sera réélu en 2002. De justesse, mais il le sera. Ensuite, il jettera l'éponge en 2004 pour occuper un poste de direction plus lucratif chez Volkswagen. " D'aucuns voient le chancelier jeter l'éponge à la fin de l'année 2004, d'autres en 2005, et tous céder sa place en 2006. Les Allemands sont dans le doute : selon un sondage Dimap réalisé en février dernier, une moitié (48 %) parie sur sa démission, l'autre moitié (49 %) sur son maintien jusqu'aux législatives de 2006 et 3 % restent sans opinion.
Incontestablement, le choix par l'opposition CDU/CSU et FDP de Horst Köhler comme candidat à la présidence de la République fédérale (1) annonce la fin de l'ère Schröder-Fischer. L'ancien secrétaire d'État aux Finances d'Helmut Kohl, devenu par la suite président des Caisses d'épargne allemandes, puis président de la BERD et du FMI, a toutes les chances d'être élu en mai prochain, car l'opposition est majoritaire dans le collège électoral. Köhler n'est pas un moraliste comme son prédécesseur de gauche, Johannes Rau, mais un expert qui, au dire de Helmut Schmidt, " a plus de compétence économique que toute la classe politique allemande réunie ". Il est appelé à réintégrer son pays dans les circuits financiers et économiques mondiaux où celui-ci avait perdu du terrain.
Certes, Gerhard Schröder et son associé vert, Joschka
Fischer, ont acquis au cours des événements de 1968 (2) certaines aptitudes " psychédéliques " qui les aident à survivre dans un chaos relatif et à s'oxygéner dans une ambiance délétère. Conformément aux consignes du leader étudiant de l'époque, Rudi Dutschke, les ex-" soixante-huitards " ont accompli leur " longue marche à travers les institutions ", mais les rênes du pouvoir leur tombent des mains. Adenauer, il y a quarante ans, avait restauré la démocratie allemande après la cuisante leçon du nazisme et de la défaite. Helmut Kohl, il y a une dizaine d'années, a réunifié son pays. En six ans, l'Allemagne de Schröder n'a changé ni d'institutions ni de superficie, mais elle a remodelé son visage en matière de valeurs et de comportements. D'aucuns diront qu'elle s'est démocratisée. Elle est devenue plus " fun ", plus hédoniste et permissive, plus laisser-aller parfois. Avec décontraction et plaisir, mais aussi avec les excès et les dérives que cela entraîne. Ses citoyens veulent jouir des acquis, manger le beurre en gardant l'argent du beurre. Mais voilà que les réserves s'épuisent, que le niveau de vie baisse, que tensions et contraintes s'accusent. Le gouvernement n'a pas su prévoir ce dérapage.
Malaise au cœur du pouvoir
Les prouesses du " grand communicateur Schröder " atteignent leurs limites. Comme Helmut Kohl en phase finale, Schröder se replie sur la politique étrangère, marchant, du coup, sur les brisées de son ministre des Affaires étrangères, Joschka Fischer. La recette est probante : Fischer brille par son absence de la scène domestique et caracole dans les sondages, hors des mêlées du forum. Ayant repris un embonpoint de bon aloi, il adopte un ton doctoral dans ses déclarations sur l'état de la planète. Son refrain est : " Wir sind besorgt... " (Nous sommes préoccupés...). Mais les plaisantes métamorphoses du très protéiforme Fischer laissent à présent ses compatriotes indifférents. La crédibilité a souffert, le crédit est entamé. Les initiatives gouvernementales s'enlisent. Depuis son grand discours du 14 mars 2003 qui avait lancé son " Agenda 2010 " - un programme de réformes adopté au terme d'une rude campagne de persuasion auprès de son propre camp - Schröder n'a réussi à convaincre ni son parti ni ses compatriotes dont les deux tiers trouvent ses réformes " socialement injustes " (3). Les projets de loi passaient en 1999 tambour battant. Aujourd'hui, ils sont votés, certes, après moult débats, mais régulièrement retirés pour rectification ou inadaptation.
Gerhard Schröder et Joschka Fischer sont en froid avec les médias. La politique d'information du gouvernement opère, parmi les journalistes, un tri entre les " amis " et les " ennemis ". Ainsi le chancelier a-t-il rompu avec le quotidien populaire Bild du groupe conservateur Axel-Springer, mais aussi avec le très gauchisant Stern. Ostracisme qui a provoqué un tollé. Les publications favorables aux socialistes, Stern, Spiegel et Süddeutsche Zeitung ne l'épargnent plus. Le SPD s'appuie sur ses bastions de l'écrit : quatorze maisons d'édition et vingt quotidiens régionaux qu'il possède en propre, des participations minoritaires dans divers quotidiens ainsi que ses stations de radio placées sous la tutelle de la " SPD-Medienholding DDVG " qui envisage de racheter la Frankfurter Rundschau en difficulté après avoir sauvé la Süddeutsche Zeitung de la ruine. Formée aux méthodes de l'" agit-prop ", la gauche allemande façonne mieux l'opinion que la droite, mais nul tour de passe-passe ni optimisme de commande ne peuvent plus gommer les 4,5 millions de chômeurs (4) et les 100 000 faillites d'entreprises (5). Trop d'écriteaux " Liquidation des stocks pour fermeture ", " Nous fermons ", " À vendre ", " À louer ", constellent les rues commerçantes des grandes villes, à Berlin en particulier. Les chaussées crevassées, les rames de métro en panne, les guichets des postes vides, les piscines et théâtres fermés ne sont que trop évidents.
Les tensions au cœur du pouvoir, encore modérées entre le ministre des Finances Hans Eichel (SPD) et celui de l'Économie et du Travail Wolfgang Clement (SPD), mais explosives entre ce dernier et le ministre de l'Environnement Jürgen Trittin (Verts) et fréquentes entre le ministre de l'Intérieur Otto Schily (SPD) et les Verts en matière de sécurité intérieure et d'immigration, révèlent un flottement. Sous les coups de boutoir des scrutins régionaux et municipaux, la majorité donne des signes d'effritement, voire de débandade. Les échecs réitérés des " quadras " du SPD, tels Sigmar Gabriel, Matthias Machnig et Olaf Scholz (6), ont décimé la relève. Sentant le vent tourner, des hiérarques du parti Vert se démarquent de leurs alliés du SPD et font les yeux doux à la CDU/CSU d'Angela Merkel et d'Edmund Stoiber qui incarne à nouveau l'avenir après six ans de purgatoire (7). Certes, l'alliance entre le leader historique des Verts et vice-chancelier, Joschka Fischer, et Gerhard Schröder reste d'actualité, mais certains dirigeants écologistes n'en rêvent pas moins de secondes noces avec la CDU/CSU - une union qu'ils auraient considérée récemment encore comme contre nature. Le gouvernement rose-vert évolue dans une réalité virtuelle et une ambiance de fin de règne. Un halo recouvre ses discours et ses projets.
En 1998, en pleine campagne électorale, Schröder avait promis de ne pas se représenter aux législatives s'il ne parvenait pas à réduire le chômage. Aussi est-ce de justesse qu'il fut réélu en 2002. On avait replâtré cette brèche du dispositif en publiant, peu avant les législatives, le plan Hartz de création d'emplois (8) qui fit croire que le chômage serait résorbé. Ce plan s'embourbe depuis décembre dans les déboires financiers de l'Office du travail (l'ANPE allemande) et trébuche depuis février sur la faillite de la grande agence de travail temporaire, la Maatwerk GmbH. Lancées avec force publicité, les micro-entreprises individuelles (les " Ich AG "), une des pièces maîtresses de l'opération, déboucheront pour la plupart sur du chômage sans allocations. Quant à la réforme fiscale, censée alléger les charges des particuliers et des entreprises, elle est remise en cause par les relèvements de taxes et de cotisations diverses. Son promoteur, Hans Eichel (SPD), bat des records d'impopularité. Une enquête Marplan révèle qu'un tiers des contribuables paieront en 2004 plus d'impôts qu'en 2003. L'initiateur de la réforme des retraites, Walter Riester (syndicaliste SPD), a été remplacé après les législatives de 2002 par le super-ministre Wolfgang Clement, vu le maigre succès de son plan de prévoyance individuelle. Mais des rumeurs de démission de Wolfgang Clement circulent, comme si ce dernier préparait déjà l'après-Schröder.
Deux tiers des Allemands ne croient pas à la faisabilité du programme de réformes " Agenda 2010 " (9) et seulement 35 % attendent qu'il soit mis en œuvre comme prévu. Pourtant cet " agenda " semi-libéral a attiré sur le chancelier les foudres de la gauche social-démocrate et des syndicats. Acculé à une politique économique et sociale de droite, Schröder a dû abandonner la présidence du SPD et la confier à son second, Franz Müntefering, un social-démocrate rhénan-westphalien classé plus " rouge " que " rose ". Officielle à partir du 21 mars 2004, mais annoncée dès la mi-février, cette permutation n'a pas ému les électeurs : avant, le SPD était crédité de 25 % des intentions de vote et la CDU/CSU de 48 % ; après, le SPD a reculé à 24 % et la CDU/CSU progressé à 49 %. Les élections de Hambourg, le 29 février 2004, ont montré que l'électorat n'était pas dupe. Le coup de barre à gauche à la direction du SPD n'a pas réussi à masquer une faillite que les Allemands attribuent, à tort ou à raison, à l'incompétence des dirigeants.
À Hambourg, deuxième ville du pays, le maire sortant CDU, Ole von Beust, a obtenu 47,5 % des voix (contre 26,2 % en 2001), soit la majorité absolue des sièges au parlement régional de cette ville-Land, tandis que le parti de Schröder chutait de 36,5 % à 30,3 % des suffrages et que les libéraux et l'extrême droite passaient à la trappe. Le taux de participation (79,5 %) a battu tous les records, preuve que nos voisins, loin de se dépolitiser, vont déposer dans l'urne les bulletins de la colère. Aussi peut-on douter du diagnostic d'Erhard Eppler, ancien chef de la commission de programme du SPD et ancien ministre, selon lequel " jamais le prestige des politiciens n'a été aussi bas ". Car les dirigeants de l'opposition, Angela Merkel en tête, voient, eux, leur cote grimper.
Les socialistes ont aussitôt juré que leur Trafalgar de Hambourg n'entraînerait " aucun remaniement ministériel " à Berlin et qu'on poursuivrait les " réformes " en expliquant mieux leur raison d'être. Point ne faut, en effet, amplifier l'onde de choc, car, après cette défaite cinglante, Schröder a tout à craindre des treize autres scrutins municipaux et régionaux, ainsi que des européennes, inscrits au calendrier de 2004. Par chance, les élections de Berlin, dont le Sénat rose-rouge (SPD et PDS communiste) est gangrené par les scandales financiers et plombé par les déficits (10), n'auront lieu que dans deux ans et demi. Mais il risque, à l'automne, de perdre le Brandebourg - Land qui ceinture la capitale.
Malgré de louables efforts pour reprendre la main, la gauche se déconnecte des réalités. Le jargon politique allemand est devenu un écran qui dissimule le réel au lieu de nommer les choses par leur nom. Ainsi, le terme " sacrifice " devrait-il être substitué à celui de " réforme ", d'autant qu'une majorité relative d'Allemands accepterait de s'astreindre à des privations pour renflouer les finances publiques et rendre à leur pays son rôle de locomotive de l'Europe. Il faudrait donc leur dire clairement ce qu'on attend d'eux, quitte à se mettre à dos ceux - syndicats et patronat inclus - qui veulent conserver leur part d'un gâteau dont le volume diminue. Seul un changement radical de cap pourrait relever cette République fédérale dont les succès datent d'hier et les institutions vieillissent. Mais le SPD étant élu par une clientèle qui attend de lui des cadeaux, l'actuel gouvernement hésite à proclamer l'austérité. Le franc-parler n'étant pas son fort, il cherche à s'en tirer par des opérations de relations publiques autour de slogans miraculeux. Cela ne suffira pas pour tirer de son apathie une population occupée à sauver ses meubles, peu attentive à l'intérêt général et désireuse de vivre en paix. On dit que les Allemands ne réagissent qu'au lendemain de catastrophes. Or cette crise est rampante et insidieuse.
Pendant sa campagne, Edmund Stoiber avait suscité une mobilisation en assurant à ses compatriotes qu'ils ne méritaient pas d'être rétrogradés au dernier rang de la classe européenne. Schröder promettait, lui, des lendemains heureux, des distributions et des partages, tout en refusant de s'engager dans une guerre en Irak à laquelle nul ne l'avait invité à participer. L'échec de Stoiber a replongé l'Allemagne dans l'atonie.
La dépression allemande
Les deux miracles - le projet d'intervention américaine en Irak et les inondations de l'Elbe - qui avaient fait diversion en 2002 ne se reproduiront peut-être pas pour sauver Schröder une seconde fois. Il risque de subir de plein fouet le contrecoup de la morosité actuelle. " Soumis à une sorte de thérapie de choc, les Allemands apprennent qu'ils ne sont plus aussi formidables qu'ils l'avaient toujours imaginé ", écrivait récemment la Welt. Le magazine Capital, édition allemande, relevait à la mi-février 2004 que rares étaient les sociétés allemandes qui figuraient parmi les cinquante entreprises considérées outre-Rhin comme les " meilleurs employeurs ". Celles perçues comme dispensant les salaires les plus justes, jouissant de la plus forte crédibilité au niveau de leurs gestionnaires et dont les salariés affichent le plus de loyauté dans leurs rapports mutuels sont, pour l'essentiel, des filiales de groupes américains ! Selon un sondage Gallup, réalisé à la même date, seuls 12 % des 38 millions de salariés allemands s'investissent dans leur travail contre 70 % qui sont démotivés. Selon les experts, ce désintérêt pour le travail creuse chaque année, en raison de l'absentéisme et du manque de zèle, un trou de 260 milliards d'euros dans le PIB.
De temps à autre, la chancellerie exhibe un leurre, les deux derniers mots d'ordre étant cette année les termes d'" élite " et d'" innovation " lancés par Gerhard Schröder. Mais, dans une Allemagne qui se méfie des grandes écoles à la française, la création de l'université d'élite telle qu'il l'a préconisée n'ira pas de soi. L'esprit soixante-huitard de toute une génération d'enseignants a fait son œuvre. Gerhard Schröder a eu beau proclamer 2004 " année de l'innovation ", ce grand dessein risque fort de rester un vœu pieux. Ivre d'idéologie, après le " Waldsterben " (la mort des forêts) et l'" Ozonloch " (le trou dans la couche d'ozone), l'Allemagne débat à longueur de mois de la " Biokartoffel " (la pomme de terre bio) et du " Dosenpfand " (la consigne sur les canettes de bière) en refusant le génie génétique, le nucléaire, le train à lévitation magnétique et les nanotechnologies. Les crédits alloués à la recherche n'ont augmenté que de 0,5 % entre 1997 et 2003 (11) et les crédits universitaires et scientifiques sont amputés. " Il faudra des années pour revenir en tête du peloton ", estime Frieder Meyer-Krahmer, directeur de l'institut de recherche Fraunhof de Karlsruhe. Plus de 30 000 chercheurs allemands travaillent aux États-Unis et 40 % d'entre eux ont décidé de ne plus jamais revenir au pays.
Alors qu'à l'étranger les produits allemands passent pour n'être plus aussi fiables ni compétitifs que par le passé, les Allemands eux-mêmes doutent de la valeur ajoutée de leur travail. D'après un sondage Dimap de février 2004, 54 % des personnes interrogées pensent que le label " made in Germany " n'est plus une garantie de qualité, contre 45 % qui tiennent encore à cette marque de fabrique. Depuis des années déjà, le " made by Siemens " et le " made by DaimlerChrysler " l'ont largement remplacé. Mais ces marques sont-elles toujours aussi prestigieuses ? Telefunken et Grundig ne sont plus que des souvenirs historiques. BMW voit son bénéfice diminuer, Daimler ses ventes et Volkswagen, en perte de vitesse, doit à nouveau licencier. Dans la grande distribution, Karstadt-Quelle recule. Spar se relèvera-t-il après qu'Intermarché eut revendu les 85 % de parts qu'il détenait ? Fatiguées par le coût du travail, Porsche, Bosch, Daimler et Siemens veulent rétablir les 40 heures hebdomadaires sans compensation salariale. Entre 1991 et 2001, la part des produits allemands de haute technologie sur le marché mondial a reculé de 2,5 % (12) et la productivité dans l'industrie, qui augmentait de 2 % par an dans les années 1990, ne progresse plus que de 0,9 %. À cela s'ajoute le boulet de l'ex-RDA où la productivité est inférieure de 30 % à celle de l'ouest du pays et le chômage deux à trois fois plus élevé selon les régions. Depuis 1990, les nouveaux Länder ont absorbé la somme colossale d'un demi-million de milliards d'euros (13).
Récemment, le chancelier a reproché son " manque de patriotisme " à Ludwig G. Braun, président des Chambres de commerce et d'industrie, qui conseillait aux entreprises allemandes de ne pas attendre que la politique change et de délocaliser vers l'Est (deux jours après, Schröder a dû lui présenter des excuses). Toujours est-il que Siemens, le plus gros employeur privé allemand (180 000 salariés), va transférer plusieurs de ses productions vers l'Est, la Hongrie notamment. Les banques allemandes traversent une crise de rentabilité. Un euro de bénéfice leur coûte 76 centimes de frais contre 54 centimes, par exemple, aux banques espagnoles. Les grands instituts de crédit se caractérisent essentiellement par une pléthore de personnel et une clientèle moins nombreuse que celle de leurs concurrents européens (14). La situation est si préoccupante qu'on évoque la fin du " capitalisme rhénan ", c'est-à-dire d'une économie soutenue par un système bancaire puissant prenant des risques calculés et opposant une barrière aux intrusions étrangères.
Restaurer la confiance
Le gouvernement Schröder n'est pas seul responsable d'un marasme qui avait commencé à s'installer sous Helmut Kohl, deux ans après la réunification. Mais de précieuses années ont été perdues à défaire les réformes de l'emploi, des retraites, de la santé et autres, que Kohl avait envisagées et partiellement réalisées. Des mesures qu'il a fallu remettre en vigueur après les avoir abolies dans un grand élan de générosité socialiste. En 1993, le taux de croissance était descendu à 0,8 % : en 2003, il a dégringolé à 0,4 %. Sans les exportations, encore satisfaisantes malgré le taux de l'euro, la croissance serait une décroissance, tant le niveau de la demande intérieure reflète le spleen ambiant. À la fin de l'ère Kohl, en 1997-1998, le chômage avait commencé à reculer. Il n'a cessé d'augmenter depuis.
Le soir de sa réélection pour un deuxième mandat à la tête de sa coalition rose-verte (SPD et Verts) en septembre 2002, Schröder avait lancé : " La majorité est la majorité. " Il venait de frôler la défaite, avec seulement 6 000 voix d'avance sur Edmund Stoiber. Peut-on gouverner efficacement un pays de 82 millions d'habitants au cœur de l'Europe avec une aussi mince majorité ? Là était la question. Schröder dut rapidement déchanter. Sa petite marge fut gommée dès le lendemain du scrutin par une chute brutale et continue du SPD et de son chef dans les sondages, une dérive comme n'en avait connu jusqu'alors aucun gouvernement allemand. Depuis la fin de 2002, sur le plan national et sans discontinuer, la CDU/CSU caracole entre 46 % et 50 % des intentions de vote tandis que le SPD stagne entre 20 % et 26 % - un plancher jamais atteint depuis la fondation de la République fédérale. L'actuel gouvernement tiendra-t-il jusqu'aux législatives de l'automne 2006 ? Il est relativement protégé par la Constitution allemande qui ne facilite guère l'organisation d'élections anticipées.
En 2005, l'épreuve de force attend le SPD dans son plus grand bastion, la Rhénanie-Westphalie, Land le plus peuplé (17 millions d'habitants) et le plus industrialisé d'Allemagne (la Ruhr). Si Schröder perd ce dernier grand fief socialiste, il ne pourra plus décemment rester. Les Verts déserteront le navire. Il devra leur trouver un successeur ou envisager le retour aux urnes. Son parti a déjà perdu la Hesse et la Sarre durant la première législature. Vaincu une deuxième fois en Hesse par la CDU lors des régionales du début 2003, il a cédé peu après la Saxe-Anhalt et la Saxe à la CDU et a encaissé une gifle retentissante de la part de la CSU aux élections bavaroises à l'automne 2003. La perte de la Saxe (Hanovre), où il avait bâti sa carrière politique et où il a sa résidence principale, est douloureuse. L'opposition CDU/CSU est désormais en mesure de bloquer au Bundesrat les lois qu'adopte la majorité gouvernementale au Bundestag.
Leader de l'opposition, Angela Merkel se montre relativement coopérative. Elle ne peut s'exposer au reproche d'aggraver la faillite pour des motifs bassement politiques. Reste que, à la longue, cette situation est intenable pour le gouvernement comme ce fut le cas, en sens inverse, à la fin de l'ère Kohl. L'opposition ne pratique pas une stratégie du blocus, mais une tactique du harcèlement, contraignant les ministres à remettre tous leurs projets sur le tapis. Depuis le dernier congrès de la
CDU, les 1er et 2 décembre 2003, Mme Merkel est désormais seule maîtresse à bord dans son parti. Lors du congrès de la CDU hessoise, début mars 2004, son principal concurrent, Roland Koch, ministre-président de la Hesse, a renoncé officiellement à se porter candidat à la chancellerie. Son autre rival, Friedrich Merz, économiste et financier de la CDU, vice-président du groupe parlementaire, s'est également effacé. Elle a le soutien de Christian Wulff, grand vainqueur des régionales de Basse-Saxe l'an dernier, qui aurait ses chances dans l'" après-Merkel ". À la différence du SPD, la CDU et la CSU sont riches en dirigeants potentiels qui s'affrontent régulièrement.
La désignation du candidat ou de la candidate de l'opposition à la chancellerie n'interviendra qu'en 2005. Angela Merkel, " Angie ", fait déjà figure de favorite. Cette Allemande de l'Est, fille d'un pasteur protestant, ancienne spécialiste de la physique des quanta, parlant russe et anglais, mariée sans enfants, formée à la politique par Helmut Kohl dont elle a été deux fois ministre, a coupé le cordon ombilical qui l'attachait à son mentor. L'Allemagne de l'Est votera-t-elle Merkel ? Les Allemandes éliront-elles la première d'entre elles à gouverner leur pays ? Angela Merkel talonne déjà le tenant du titre. Depuis octobre 2003, elle surclasse Schröder en termes de popularité (58 % Merkel, 46 % Schröder en octobre 2003). Depuis cette date, huit personnalités politiques devancent le grand Schröder, dont Merkel et Stoiber, Merkel ayant désormais pris l'avantage sur le Bavarois.
Un pays en voie de " tiers-mondisation " ?
Une crise de confiance ébranle donc le gouvernement Schröder. Cette crise freine l'investissement. Le capital privé a fui et la loi d'amnistie de Hans Eichel n'a ramené au bercail en 2003 que 1 milliard d'euros de rentrées fiscales au lieu des 5 programmés. La crise pousse les meilleurs à émigrer outre-Atlantique, les plus fortunés à aller manger leur capital " aux îles ", les Baléares, la Grèce et plus loin encore. Elle dissuade les Allemands de travailler et de fonder une famille. Chaque enfant est aujourd'hui un facteur de pauvreté. Ce pays, qui avait bâti son miracle économique sur les ruines, semble à présent peuplé d'assistés et de retraités. Le malaise étouffe la propension à consommer et à entreprendre, d'autant que salaires et bénéfices fondent. Fatiguée et essoufflée, l'Allemagne n'a plus confiance dans ses élites et doute d'elle-même. Venue pour mettre fin à la stagnation des dernières années de l'ère Kohl, pour apporter modernisation et bain de jouvence, la gauche à court d'idées n'a pas été capable de dégripper la machine. Pour résister à la tourmente, Schröder est contraint de pratiquer un libéralisme honni par ses partisans, qui lui aliène son parti et contribue à faire fuir les adhérents (ils étaient 650 789 fin 2003, soit une érosion de 31,2 % par rapport à 1990 ; 42,2 % d'entre eux avaient plus de 60 ans contre 22,6 % treize ans plus tôt).
En serait-il allé autrement si Stoiber avait été élu en 2002 ? D'aucuns assurent qu'il n'aurait pu redresser une situation qui échappe à tout contrôle. C'est oublier qu'il avait un programme économique sensiblement différent de celui de Schröder et qu'un changement de majorité aurait provoqué un appel d'air. Précédé par sa réputation d'excellent gestionnaire en Bavière, Stoiber aurait attiré les investissements étrangers. Un retour de la croissance aurait permis d'abaisser les taux du crédit au niveau des pays voisins, ce qui aurait freiné les délocalisations. Sans doute Stoiber aurait-il été un interlocuteur moins commode pour ses partenaires, français notamment. Il a des vues très arrêtées sur l'avenir de l'Europe et est plus atlantiste que Schröder. Il aurait, en tout cas, imposé un style aux antipodes de celui du gouvernement Schröder qui, répétons-le, se meut de plus en plus dans un monde d'artifices.
Parler de décadence dans un pays dont la natalité baisse, dont le taux de croissance économique recule, qui ne respecte plus ses élites politiques et économiques et qui doute de sa propre identité et de ses valeurs n'est peut-être pas déplacé, mais c'est exagéré. Voire... Selon l'institut de recherches économiques RWI d'Essen, l'Allemagne devait, en 2004, voir le taux de croissance de son PIB repasser à 1,8 %, devant la France (1,6 %) et l'Italie (1,3 %). Mais l'institut IWH de Halle a ramené cette prévision à 1,5 %, l'IFW de Kiel à 1,2 % et d'autres instituts sont encore plus pessimistes. Reste que, face à une concurrence extra-européenne de plus en plus qualifiée et agressive, l'Allemagne n'est pas encore parvenue au terme de sa " tiers-mondisation ". Si l'on en croit l'Institut d'économie allemande de Cologne, le revenu par tête d'habitant est tombé en ce début d'année au-dessous de la moyenne de l'Union européenne. Seuls les Portugais, les Espagnols, les Italiens et les Grecs sont plus pauvres que les Allemands (15). À long terme, la catastrophe démographique allemande fait peser une menace sur le rang de ce pays en Europe et dans le monde.
Une place dans le monde
La tiers-mondisation d'un pays commence quand ses élites ne sont plus en prise sur les réalités internationales. La campagne de Schröder à visées électorales (600 000 électeurs turcs allemands dans son pays) en faveur de l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne convainc peu à peu ses partenaires européens. Mais 80 % des Allemands sont contre cette adhésion. Cette initiative pourrait lui coûter cher aux européennes le 13 juin prochain - journée fatidique pour lui avec sept autres scrutins communaux et régionaux. Quant au deuxième plan de Joschka Fischer sur la stabilisation en Israël et la démocratisation du Moyen-Orient et de la Méditerranée, il n'a pas eu plus de succès auprès des partenaires européens que le précédent il y a plus d'un an (16). Les ambitions du ministre allemand des Affaires étrangères de devenir, avec le soutien de Schröder et probablement de Chirac, ministre européen des Affaires étrangères ont également tourné court.
Fischer avait prédit, lui aussi, l'échec des Américains en Irak et un feu de brousse dans le monde musulman si l'armée américaine intervenait. Or la Libye, la Syrie, l'Iran et le Pakistan plient à présent devant la puissance et la détermination américaines. Même la Corée du Nord négocie. Après maintes diatribes et un long refroidissement des relations, il a bien fallu que Gerhard Schröder aille, le 26 février dernier, à son Canossa américain : il a fini par se rendre à la Maison-Blanche, dont George W. Bush lui a ouvert la porte pour des raisons essentiellement électorales, son adversaire John Kerry lui reprochant de s'isoler et de couper les ponts avec l'Europe. Mais la relation avec Washington restera difficile. La victoire des socialistes en Espagne et l'assouplissement de l'attitude polonaise sur l'Europe ont toutefois diminué les tensions entre les " willings " et les " not willings " (les Européens pour ou contre la politique de Bush) et amélioré la position allemande.
Concernant l'Europe, Joschka Fischer a opéré récemment une volte-face en se distançant de son propre plan d'Europe à plusieurs vitesses en orbite autour d'un " centre de gravitation " franco-allemand qu'il avait exposé, il y a quatre ans, à l'université Humboldt de Berlin. Visiblement désireux de surmonter la division de l'Union européenne en deux entités, il est maintenant pour une grande Europe unie qui mettrait tout son poids dans la balance mondiale. Dans la CDU, Jürgen Rüttgers et Karl Lamers (17) ont immédiatement contré ce projet qu'ils jugent nébuleux, en défendant la thèse du " noyau franco-allemand ". Quoique ouvert aux autres, ce serait le moteur indispensable d'une Europe qui sombrerait sans cela dans la cacophonie et l'inertie de ses vingt-cinq pays membres. Lamers et Rüttgers préconisent, pour commencer, une représentation franco-allemande commune aux Nations unies. Ils accusent Fischer de trahir ses propres idées et de faire de l'Europe un vaste ectoplasme sans volonté ni énergie.
L'attentat d'Al-Qaida à Madrid a modifié la donne en Europe, non seulement parce qu'il a entraîné un changement de majorité en Espagne, mais aussi parce qu'il a incité les pays européens à serrer les rangs. Ils se sentent désormais collectivement visés par le terrorisme qu'ils considéraient jusqu'alors, du moins en Allemagne, en France et en Belgique, comme une affaire purement américano-arabe. Depuis la disparition de la menace soviétique, l'Europe manquait de ce que le général de Gaulle appelait un " fédérateur extérieur ". Le fondamentalisme islamique pourrait, à cet égard, prendre le relais de feu l'URSS. Car il est clair que ce n'est pas en disant " non " aux États-Unis que l'Europe pourra se construire. Cette stratégie est vouée à l'échec face une hyperpuissance qui dominera la planète de longues années encore et dont les intérêts ne divergent pas fondamentalement de ceux de l'Europe.

Notes :

(1) Le choix de Horst Köhler comme candidat de la droite à la succession de Johannes Rau (SPD) en mai prochain est un coup de maître d'Angela Merkel. Le SPD cherchait à mettre la présidente de la CDU dans l'embarras en proposant une femme, la politologue socialiste Gesine Schwan, rectrice de l'université germano-polonaise Viadrina à Francfort sur l'Oder. Il était, en effet,  impensable que deux femmes représentent l'Allemagne, l'une à la présidence de la République, l'autre à la chancellerie. La candidate du SPD n'a cependant aucune chance d'être élue, le collège électoral présidentiel étant à majorité de droite. Mme Merkel a dû écarter Wolfgang Schäuble, son prédécesseur à la tête de la CDU, avec lequel ses relations ne sont pas des meilleures et qui risquait de lui faire de l'ombre. Le Bavarois Edmund Stoiber (CSU) soutenait Schäuble. Elle a laissé son allié, le président du parti libéral (FDP), Guido Westerwelle, rejeter la candidature de Schäuble, ne pouvant refuser elle-même un des leaders de son propre parti. Puis Schröder a tenté un grand coup en proposant Klaus Töpfer (CDU), ancien ministre de Kohl, personnalité mondialement connue en tant que responsable de l'écologie aux Nations unies. Sur quoi Mme Merkel a proposé encore mieux : Horst Köhler. Selon des informations encore confidentielles, la CDU pourrait présenter Klaus Töpfer comme candidat aux élections régionales de Berlin dans deux ans contre l'actuel maire socialiste Wowereit - un ami de Schröder -, dont la gestion n'a plus le soutien des Berlinois. Une façon de rendre au chancelier la monnaie de sa pièce...
(2) En Allemagne, les " événements de 1968 " ont duré plus de dix ans, de 1966 à 1977. Dix ans de rébellion étudiante et juvénile à laquelle ont participé Gerhard Schröder en tant que président des Jeunes socialistes contestataires et Joschka Fischer comme militant d'un groupe anarchiste de Francfort.
(3) Selon un sondage Emnid, 66 % estiment qu'elles ont atteint la limite du supportable, mais 48 %, pourtant, les jugent trop lentes contre 33 % qui ne les jugent pas assez rapides. Bref, les Allemands ne savent que penser de ces " réformes ".
(4) En réalité, plus de 7 millions de chômeurs si l'on ajoute les emplois subventionnés et les retraites anticipées. Il faut également tenir compte du recul démographique, qui rend des emplois disponibles, et de l'émigration. En 2003, 120 000 Allemands ont quitté leur pays.
(5) Triste record en 2003 : 101 000 faillites d'entreprises (19 % de plus qu'en 2002) ; 33 600 faillites de ménages (57 % de plus qu'en 2002 en moyenne, 86 % de plus à l'Est). On compte 3 millions de ménages en incapacité de paiement. 40 % des électeurs tirent la majorité de leurs revenus d'aides sociales. À Berlin, le loyer d'un ménage sur quinze est à charge de l'assistance et des dizaines de milliers de familles ne vivent plus que de l'aide sociale.
(6) Sigmar Gabriel était le successeur désigné par Schröder à la tête du Land de Basse-Saxe. Écrasé par son rival chrétien-démocrate Matthias Wulff aux élections régionales de 2003, on ne lui prête plus de destin national. Le sociologue Matthias Machnig avait dirigé en 2002 la campagne électorale de Schröder. Il a été renvoyé au lendemain des législatives à la suite de mésententes. Enfin, Olaf Scholz, candidat socialiste malheureux aux élections de Hambourg en 2001, avait été nommé secrétaire général du SPD par Schröder. Peu convaincant, il vient de céder son poste à Klaus Uwe Benneter, ancien exclu du SPD pour tendances communistes en 1978, réintégré dans le parti en 1983 sur intercession de Schröder auprès de Willy Brandt. Benneter doit enrayer l'hémorragie sur l'aile gauche du SPD.
(7) En novembre-décembre 1999, un an après la première victoire de Schröder aux législatives, le blason de la nouvelle majorité s'était tellement terni qu'on évoquait avec de plus en plus d'insistance la perspective d'élections anticipées. La majorité sortante CDU/CSU remportait toutes les élections régionales. Quoique battu en 1998, Kohl faisait de l'ombre à son successeur. C'est alors qu'éclata l'affaire des caisses noires d'Helmut Kohl et de la CDU. Savamment orchestrée et gonflée par le gouvernement Schröder, elle remit le SPD et son leader en selle. Reprise en main par Angela Merkel à partir de mai 2000, la CDU resta longtemps marquée du stigmate de la honte, et cela bien que la justice ait accordé un non-lieu à Helmut Kohl. Edmund Stoiber (CSU) reprit le flambeau de l'opposition pendant qu'Angela Merkel remettait de l'ordre dans la CDU.
(8) Du nom de son concepteur, Peter Hartz, un ami du chancelier, ancien directeur du personnel chez Volkswagen.
(9) Voté à la veille de Noël 2003.
(10) Le déficit de Berlin - 3,5 millions d'habitants - atteignait 50 milliards d'euros en 2003 auxquels s'ajouteront 4 autres milliards cette année.
(11) " Deutsche Depression ", titre d'un commentaire de Jörg Eigendorf paru le 23 février 2004 en première page du quotidien Die Welt (groupe de presse Axel Springer).
(12) Contre 3,2 % en France ; 5,5 % aux États-Unis et en Italie ; 5,7 % en Suède ; 13 % en Espagne. Et moins que la Pologne (2,2 %), les Pays-Bas (1,8 %) et la Grande-Bretagne (1,1 %).
(13) La chute vertigineuse de l'action Telekom, dont l'introduction en Bourse avait été présentée par le gouvernement comme un début de capitalisme populaire a ruiné des milliers de petits épargnants (l'État qui avait gardé 43 % de ces actions y a perdu 18,8 milliards d'euros). La vente pour 110 milliards d'euros à un prix surévalué des licences de télécommunication numérique UMTS a amputé les réserves de cette branche. Les scandales entourant la cession du groupe allemand de télécommunication Mannesmann par le britannique Vodafone, n'ont rien arrangé. L'échec tout récent du système satellitaire de péage sur autoroutes, " Toll Collect ", commandé par le gouvernement à DaimlerChrysler et à Deutsche Telekom, coûtera des milliards aux contribuables. Sans parler des pannes et retards chroniques des chemins de fer de la Deutsche Bahn. La faillite annoncée du projet Herkules, qui prévoyait de mettre en réseau l'armée allemande pour la modique somme de 6,6 milliards d'euros, ne contribuera pas à redresser l'économie allemande. Le missile Taurus, qui devait équiper le chasseur bombardier Eurofighter de la Luftwaffe, est en échec aux essais. L'Eurofighter lui-même est contesté.
(14) Selon une enquête réalisée par le consultant Roland Berger pour la BCE, les banques espagnoles se taillent 69 % des parts du marché européen, suivies par les britanniques (57 %), les françaises (46 %) et les italiennes (36 %). Les banques allemandes n'en détiennent que 19 %. En revanche, les banques allemandes emploient 91 salariés pour 10 000 habitants, contre 80 pour les banques britanniques, 69 pour leurs consœurs françaises, 60 pour les espagnoles et 59 pour les italiennes. La Deutsche Bank, numéro un, réalisait il y a dix ans 1,15 milliard d'euros de bénéfice après impôts, autant que la Citibank de New York. En 2003, elle a stagné à 1,37 milliard, passant au 87e rang mondial, tandis qu'entre-temps la Citibank, numéro un mondial, engrangeait 14,2 milliards d'euros.
(15) Depuis 1995, le revenu par habitant a augmenté de 10 % en Allemagne, contre 15 % en moyenne dans l'Union européenne, 20 % en Irlande et 22 % en Grande-Bretagne.
(16) Les plans Fischer prévoyaient notamment une force d'interposition onusienne ou otanienne en Israël et dans les territoires. Or Israël ne fait pas confiance aux Européens. Israël n'a pas de bonnes relations avec les Nations unies et la relation euro-américaine au sein de l'Otan a souffert du refus franco-allemand de soutenir George W. Bush en Irak. De plus, il est impensable que des militaires allemands, compte tenu du passé, aillent s'interposer entre Israéliens et Palestiniens, sous quelque bannière que ce soit.
(17) Jürgen Rüttgers, ancien ministre de la Recherche scientifique dans le gouvernement Kohl, leader de l'opposition CDU en Rhénanie-Westphalie et probable ministre-président de ce Land en 2005.
Karl Lamers, ancien député au Bundestag de la CDU, ancien porte-parole de politique étrangère et de sécurité de ce parti, spécialiste des questions européennes et franco-allemandes. Dans les années 1990, K. Lamers avait rédigé avec Wolfgang Schäuble deux projets d'Europe noyau à structure fédérale qui avaient soulevé un tollé en France et sont devenus finalement le soubassement de l'actuelle Union européenne.