Politique Internationale - La Revue n°107 - PRINTEMPS - 2005

sommaire du n° 107
Vers une troisième Intifada ?
Entretien avec Mohammed Dahlan
conduit par
Patrick Saint-Paul
Correspondant du Figaro à Jérusalem
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Patrick Saint-Paul - Après l'élection de Mahmoud Abbas en janvier dernier, vous avez renoué les premiers contacts directs de haut niveau avec Israël depuis de longues années - et cela, à l'occasion d'une rencontre avec le ministre israélien de la Défense, Shaoul Mofaz. Mahmoud Abbas et Ariel Sharon se sont ensuite retrouvés à Charm el-Cheikh. Peut-on parler aujourd'hui d'une relance du dialogue avec Israël ?
Mohammed Dahlan - Il n'est pas facile de se rasseoir à une table avec les Israéliens après quatre ans et demi de combats. Il n'y a plus de confiance entre nous. Tout est à reconstruire dans nos relations. Ces années ont été catastrophiques, aussi bien pour nous que pour les Israéliens. En dépit des apparences, Israël ne s'est pas adapté à la nouvelle donne palestinienne. Le gouvernement d'Ariel Sharon ne fait pas la différence entre la période d'Arafat et celle de Mahmoud Abbas. Il gère la situation comme si Mahmoud Abbas n'existait pas, comme s'il n'y avait pas eu d'élection, comme s'il n'y avait pas de cessez-le-feu. Et rien n'a changé dans la façon dont les Israéliens administrent les territoires autonomes palestiniens. Un exemple : à Karni - le principal point de passage entre Israël et la bande de Gaza -, Israël n'autorise pas plus de trente camions de marchandises par jour à sortir, ce qui ruine notre agriculture et notre économie. En revanche, les camions israéliens ont toute latitude pour pénétrer dans la bande de Gaza afin de nous vendre leurs produits. Il n'existe pas d'échanges commerciaux entre Gaza et la Cisjordanie. Par surcroît, nos citoyens ne peuvent pas voyager librement. Si un Palestinien souhaite traverser la frontière qui sépare Gaza de l'Égypte, Israël l'en empêche ! Même lorsque notre ministre des Affaires étrangères, Nasser al-Kidwa, effectue un déplacement à l'étranger, il doit prévenir les autorités israéliennes deux jours à l'avance en fournissant la liste des personnes qui l'accompagneront. Les services de sécurité israéliens fouillent ses valises et n'hésitent pas à déballer ses vêtements et ses documents devant tous les autres passagers ! Nos droits les plus élémentaires sont bafoués tous les jours. Au niveau sécuritaire, il n'existe pas de vrais " ponts " entre les deux parties. J'ai essayé d'en construire un avec le ministre israélien de la Défense, Shaoul Mofaz. Mais c'est extrêmement difficile. Convaincre le ministre de la Défense du bien-fondé d'une mesure en faveur des Palestiniens n'est, en effet, pas suffisant. Je dois ensuite persuader le chef du Shin Beth (le service de renseignement intérieur israélien), puis le chef d'état-major et les commandants locaux... Dans de telles conditions, il est quasiment impossible de réaliser le moindre progrès.
P. S.-P. - Au sommet de Charm el-Cheikh, il a été convenu de transférer le contrôle de cinq villes de Cisjordanie à l'Autorité palestinienne. Le gouvernement israélien a choisi de commencer par Jéricho, où le calme a régné pendant l'Intifada. À première vue, ce transfert paraissait très simple à mettre en œuvre. Pourtant, il a été reporté à plusieurs reprises. Pourquoi ?
M. D. - Au départ, le gouvernement israélien a déclaré avoir l'intention de nous transférer simultanément cinq villes. C'est ce qui avait été annoncé publiquement au sommet de Charm el-Cheikh. Ensuite, les Israéliens ont réduit ce chiffre à seulement deux villes. Et, enfin, Shaoul Mofaz m'a dit : " Commençons par Jéricho " (1). C'est toujours pareil avec Israël : nous parvenons à un accord ; mais si nous voulons que cet accord soit appliqué, il faut tout renégocier point par point. C'était une humiliation pour l'Autorité palestinienne, et j'ai refusé qu'Israël se contente d'évacuer Jéricho sans démanteler les check points qui enserrent la ville. Jéricho est la ville la plus tranquille du monde. Aucune opération anti-israélienne n'est partie de Jéricho pendant la seconde Intifada. Et lors de la première Intifada, cette ville s'était déjà distinguée par le calme qui y régnait... Finalement, nous sommes parvenus à un accord. Nous avons accepté de commencer par reprendre le contrôle de Jéricho à condition que l'armée israélienne démantèle tous les barrages qui entourent la ville et permette, ainsi, aux personnes et aux marchandises de circuler librement. Nous avons signé un document, puis... les Israéliens sont de nouveau revenus en arrière et ont décidé de lever les barrages de façon progressive ! Ils exigeaient d'effectuer ce retrait en plusieurs phases... Non seulement c'est humiliant pour nous mais, en plus, c'est ridicule et contre-productif. Se moquer ainsi de l'Autorité palestinienne ne contribue pas à améliorer la sécurité. Au contraire même, car c'est une façon de miner notre crédibilité et de donner des arguments aux groupes les plus radicaux.
P. S.-P. - Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans votre travail au sein du gouvernement palestinien ?
M. D. - En tant que ministre des Affaires civiles, je suis chargé de coordonner quarante-cinq domaines avec Israël : parmi ces domaines, il y a l'eau, l'électricité, les routes, l'infrastructure, l'éducation, la santé... bref, tout ce qui concerne la vie quotidienne des Palestiniens. Mais si je veux organiser le transfert d'un seul Palestinien malade de Naplouse vers un hôpital de Jérusalem, il me faut trois heures rien que pour obtenir l'autorisation de lui faire franchir le barrage militaire israélien qui se trouve à la sortie de Naplouse. Israël ne peut pas gagner la confiance des Palestiniens en bouclant hermétiquement la Cisjordanie et Gaza et en fermant les routes. Les Israéliens confisquent les clés et partent dormir tranquillement à Tel-Aviv pendant que les habitants, ici, souffrent. Si l'on y ajoute la souffrance provoquée par la construction du mur (2), on comprend à quel point la situation est désastreuse. Le gouvernement Sharon essaie de montrer à la communauté internationale qu'il facilite la vie aux Palestiniens. Mais, en réalité, Israël continue de nous opprimer en asphyxiant notre économie, en empêchant les étudiants d'aller à l'université, en interdisant aux malades de se faire soigner dans des hôpitaux... Si Israël n'abandonne pas sa mentalité d'occupant, rien ne peut changer. Car Israël doit construire la paix avec le peuple palestinien, pas uniquement avec l'Autorité palestinienne. Or, pour le peuple, rien n'a changé depuis des années. Les attentes des Palestiniens sont simples. Il ne s'agit pas de revendications politiques. Dans l'immédiat, les gens ne demandent pas le droit au retour des réfugiés (3) ; ils veulent seulement un peu d'oxygène pour respirer et retrouver un semblant de vie normale.
P. S.-P. - La reprise du dialogue politique vous semble-t-elle, malgré tout, à portée de main ?
M. D. - Nous en sommes encore très loin. Lorsque des délégations américaines viennent nous voir, nous n'évoquons même pas avec elles la reprise du processus de paix. Nous parlons de petites choses, de petites mesures concrètes pour avancer pas à pas. Selon moi, c'est la meilleure manière de détruire ce processus de paix. Et l'on ne parviendra pas à inverser la tendance tant que les discussions se déploieront hors de tout horizon politique. Si les Israéliens ne modifient pas leur position, nous savons déjà sur quoi la tension actuelle va déboucher. Les Israéliens disent qu'ils vont se retirer de Gaza. Mais, dans le même temps, ils accélèrent la construction du mur qui délimite de façon unilatérale la frontière de notre futur État. Et ils ne cessent d'étendre leurs colonies en Cisjordanie ! La communauté internationale doit enfin prendre ce problème au sérieux. Si elle laisse Ariel Sharon accomplir son plan, si elle se contente d'exiger que l'Autorité palestinienne remplisse ses obligations, sans imposer à Israël de se conformer à ses engagements, il nous sera impossible de contenir une nouvelle éruption de violence. Sharon respecte-t-il la feuille de route (4) ? Non. D'ailleurs, il le dit publiquement. La vérité, c'est qu'il n'y a plus aucune relation politique entre Israël et les Palestiniens. Les accords d'Oslo sont enterrés. La feuille de route est restée lettre morte. Et les États-Unis refusent d'endosser le rôle de gardiens des engagements des uns et des autres. Or personne ne peut les remplacer...
P. S.-P. - Les Américains se sont récemment félicités du " vent démocratique " qui souffle sur certains pays arabes de la région, citant les élections palestiniennes en exemple. Ne sentez-vous pas, au sein de la nouvelle administration Bush, une volonté réelle de faire avancer les choses ?
M. D. - Les États-Unis comprennent toutes les données du problème. Mais ils ne s'investissent pas suffisamment pour ranimer le processus de paix. Qu'ont-ils fait depuis l'élection de Mahmoud Abbas, depuis le sommet de Charm el-Cheikh ? Rien. Aucun envoyé spécial n'a été dépêché dans la région. Aucune pression sérieuse n'a été exercée sur les Israéliens pour les inciter à respecter leurs promesses sur le terrain. Washington s'est contenté d'envoyer un général spécialisé dans les questions de sécurité. Mais les Palestiniens et les Israéliens n'aboutiront nulle part s'ils s'en tiennent à des questions de sécurité. Celles-ci, je le répète, ne peuvent être dissociées d'un horizon politique. Le processus de paix repose sur trois piliers : la sécurité, l'économie, l'horizon politique. S'il manque l'un de ces trois éléments, tout s'effondre. Pour l'instant, nous n'avons rien.
P. S.-P. - Israël affirme que l'Autorité palestinienne doit désarmer les groupes radicaux avant de réengager le dialogue politique...
M. D. - Pourquoi pas ? Mais à la condition que cette démarche fasse partie de la feuille de route et qu'Israël promette de respecter les engagements définis par ce document. Le problème, c'est que même si nous acceptions de procéder au désarmement de ces groupes, nous n'en aurions tout simplement pas les moyens. En revanche, le Hamas, lui, possède la capacité de détruire l'Autorité palestinienne. On touche là à un point essentiel : au cours de l'Intifada, chaque fois que le Hamas a frappé Israël, Israël s'est vengé non seulement sur le Hamas mais aussi et surtout sur l'Autorité palestinienne (5). Du coup, chaque attaque rapportait une double victoire au Hamas : d'une part, celui-ci gagnait le soutien de la population ; d'autre part, Tsahal ripostait en s'en prenant à l'Autorité palestinienne. Nous en sortions affaiblis et le Hamas, lui, renforcé. Le résultat, c'est qu'aujourd'hui l'Autorité ne dispose pas d'un appareil sécuritaire suffisamment fort pour affronter les mouvements armés. N'oubliez pas que les Israéliens ont tenté, pendant quatre ans, d'éradiquer le Hamas et les autres groupes radicaux. En fin de compte, malgré tous leurs efforts, ils n'ont pas réussi à démanteler ces groupes et à déraciner la terreur. Il est vrai qu'ils sont parvenus à réduire le nombre d'attaques. Mais malgré leur technologie, leurs chars, leurs hélicoptères, leurs roquettes, ils n'ont pas pu éliminer totalement ce phénomène. Or Israël exige de l'Autorité palestinienne qu'elle accomplisse cette tâche du jour au lendemain - et cela, sans nous apporter le moindre soutien. C'est tout bonnement impossible. Pourtant, les Israéliens ont toutes les raisons de nous aider. Mahmoud Abbas martèle jour et nuit sa position vis-à-vis de l'Intifada : pour l'instant, elle n'a pas apporté les résultats escomptés aux Palestiniens, qui s'impatientent. Il fallait beau- coup de courage pour prôner la fin de la lutte armée comme il l'a fait alors qu'une majorité de Palestiniens étaient favorables à la poursuite de l'insurrection. Notre président a guidé l'opinion sur le chemin de l'abandon de la lutte armée. Tel-Aviv devrait lui en savoir gré ! À présent, nous devons refondre totalement l'appareil sécuritaire. C'est un long processus. Les Israéliens disent qu'Abbas parle bien, mais qu'il ne fait rien. Ce n'est pas sérieux. La vérité, c'est qu'il ne peut rien faire, précisément à cause de la politique israélienne.
P. S.-P. - En tout cas, pour l'instant, le Hamas et le Djihad islamique semblent observer une vraie trêve...
M. D. - C'est effectivement la première fois de leur existence qu'ils promettent de ne pas attaquer Israël (6).
P. S.-P. - Il y a pourtant eu d'autres cessez-le-feu, qui n'ont abouti nulle part...
M. D. - Pour la première fois, grâce aux efforts de Mahmoud Abbas et de l'Égypte, les groupes armés se sont engagés à respecter le calme à 100 %. Or Israël n'a rien concédé en échange. Les groupes armés demandent la libération des prisonniers, la levée du bouclage des territoires, l'amélioration de nos conditions de vie, l'arrêt de la colonisation. Mais les Israéliens se sont contentés de mettre un terme aux assassinats ciblés (7). Par cette politique, ils nous mettent en difficulté. Comment, dans de telles conditions, voulez-vous que nous parvenions à pousser les groupes armés dans la bonne direction ? L'Autorité palestinienne implore sans cesse Israël de nous accorder quelques concessions ; si elle échoue dans cette requête, le Hamas et le Djihad rafleront de nouveau la mise.
P. S.-P. - Quelles améliorations concrètes le nouveau gouvernement auquel vous participez est-il capable d'apporter aux Palestiniens avant les élections législatives du 17 juillet ?
M. D. - Demandez-le aux Israéliens. La clé est entre leurs mains. Ils pourraient facilement libérer 5 000 prisonniers palestiniens sans affecter leur situation sécuritaire. Je suis un homme des services de sécurité, je sais de quoi je parle. Ils prennent des prisonniers en otage pour exercer un véritable chantage à l'encontre de l'Autorité palestinienne. Certains prisonniers ont participé à l'Intifada ; je peux comprendre qu'ils les retiennent. Mais 1 200 enfants de moins de 18 ans sont emprisonnés en Israël, ainsi que 130 femmes... Autre point important : la question des barrages. Avant l'élection de Mahmoud Abbas, il y avait 610 barrages fixes et volants en Cisjordanie. Après son élection, les forces israéliennes en ont ajouté une centaine. Pourtant, il suffirait à Israël de disposer d'une cinquantaine de barrages pour contrôler l'ensemble de la Cisjordanie. Le principal check point, situé au sud de la ville sur la route allant de Jérusalem à Jéricho, a pour unique fonction d'empêcher les Israéliens d'aller jouer au casino de Jéricho (8). Si tel est le souhait du gouvernement israélien, eh bien, qu'il nous le dise : et nous empêcherons nous-mêmes ses citoyens de se rendre au casino ! L'armée affirme que ce barrage est également destiné à empêcher les habitants de Jéricho de se rendre à Jérusalem ; mais il faut franchir deux autres barrages pour atteindre la Ville sainte ! Bref, ce barrage pourrait parfaitement être supprimé. Pourquoi les Israéliens ne veulent-ils rien entendre ? Vous le voyez : chaque fois que les Israéliens ont eu une occasion de nous offrir une concession simple que nous pourrions présenter à nos citoyens comme un progrès, ils l'ont gâchée. Nous essayons de persuader nos compatriotes que la levée de deux ou trois barrages est un grand progrès. Mais ils ne sont pas dupes. Leur irritation est à son comble. Il faut que les dirigeants israéliens le comprennent : à ce rythme, la troisième Intifada ne tardera pas à éclater. Israël pousse les Palestiniens au désespoir. Et pourtant ils sont encore 72 % à soutenir la politique modérée de Mahmoud Abbas. Si, en échange de cette modération, ils n'obtiennent pas rapidement de vrais progrès, alors on ira à l'abîme... La situation n'a jamais été aussi calme pour les Israéliens. Mais allez demander aux habitants de Ramallah ou de Gaza ce qui a changé pour eux ! Ils vous répondront : rien. Du coup, le temps est compté pour Mahmoud Abbas.
P. S.-P. - D'après vous, Israël n'aurait donc pas retenu les leçons du premier échec de Mahmoud Abbas, lorsqu'il était le premier ministre de Yasser Arafat, en 2003, après le sommet d'Aqaba. À l'époque, déjà, l'Autorité palestinienne avait accusé le gouvernement d'Ariel Sharon de ne pas l'aider...
M. D. - Parfaitement. Aujourd'hui, Israël ne fait rien de plus qu'en 2003 pour aider Mahmoud Abbas. La seule différence, c'est que les Israéliens parlent de lui en bien. Mais ces paroles ne se traduisent par aucune mesure concrète.
P. S.-P. - Si vous ne parvenez pas à apporter aux Palestiniens les améliorations qu'ils attendent avant les élections législatives du 17 juillet, craignez-vous que l'on assiste, lors de ce scrutin, à une percée significative du Hamas, voire à sa victoire ?
M. D. - Je ne crains pas une telle issue : je suis persuadé que c'est ce qui va se passer. Si des progrès significatifs ne sont pas accomplis avant les élections, les islamistes remporteront une victoire écrasante. Le calcul est simple. Soit notre politique est couronnée de succès et, dans ce cas, les Palestiniens voteront pour nous. Soit nous échouons, et les électeurs se reporteront automatiquement sur le Hamas.
P. S.-P. - Quelles seraient les conséquences d'une victoire du Hamas aux législatives ?
M. D. - Je vous laisse imaginer le désastre...
P. S.-P. - Voulez-vous dire que le Hamas n'aura même plus besoin d'avoir recours aux armes pour torpiller le processus de paix ?
M. D. - Je doute que le Hamas soit capable de remporter une victoire tellement écrasante qu'elle lui permettrait de gouverner seul. En revanche, il est probable que nous nous retrouverons dans une situation où personne ne pourra rassembler une majorité de gouvernement : dans un tel cas de figure, ni le Hamas ni le président de l'Autorité ne pourront prendre la moindre décision politique. La paralysie sera totale.
P. S.-P. - Même s'il n'a pas démantelé sa branche armée, le Hamas a-t-il définitivement opté pour la voie politique ?
M. D. - Il y a les mots et il y a les faits. Quoi que le Hamas annonce publiquement, la vérité, aujourd'hui, c'est que cette organisation a décidé, sérieusement, de donner une chance à Mahmoud Abbas. Mais il y a un débat interne très vif entre ses dirigeants politiques et sa branche armée - les Brigades Ezzedine al-Qassam - sur la marche à suivre, sur l'opportunité de cette trêve et sur la nécessité ou non de déposer les armes définitivement. Or, comme je vous l'ai dit, nous devons pousser le Hamas dans le bon sens. Ce qui ne sera possible que si Mahmoud Abbas marque des points.
P. S.-P. - Aujourd'hui, pourriez-vous à nouveau vous confronter directement au Hamas comme vous l'avez fait en 1996, lorsque vous aviez fermé ses bureaux à Gaza et emprisonné plusieurs de ses activistes ?
M. D. - Jamais de la vie ! À l'époque, un climat de confiance régnait dans nos relations avec Israël, qui nous restituait des territoires. Nous pouvions présenter des résultats tangibles à nos concitoyens. À présent, la situation est radicalement différente. Les gens souffrent trop et ils ne comprendraient pas que nous nous en prenions au Hamas. Je vous ai déjà donné plusieurs exemples des brimades que nos concitoyens subissent. Un autre me revient en mémoire : récemment, à Naplouse, l'armée israélienne a annoncé qu'elle allait faciliter le passage au barrage de Hawara (le principal point d'entrée de la ville). Mais au lieu de faciliter le passage, Tsahal l'a rendu encore plus compliqué : l'armée a fait venir sur place un médecin, chargé de vérifier que les personnes affirmant vouloir se rendre à l'hôpital étaient bien malades, et un ordinateur pour s'assurer qu'aucun activiste recherché ne tentait de quitter la ville. Résultat : les habitants de Naplouse sont en colère et j'en ai entendu plus d'un me dire qu'il voulait aller se faire exploser en Israël, uniquement pour se venger de cette humiliation. Je le répète : si nous perdons notre temps à expliquer aux Israéliens pourquoi ils doivent lâcher du lest, l'Intifada éclatera de nouveau.
P. S.-P. - Le Hamas et le Djihad islamique vont-ils intégrer l'OLP ?
M. D. - Le principe est acquis, mais cette intégration ne se fera pas du jour au lendemain. Il ne sera pas facile de trouver un accord sur le partage des responsabilités au sein de l'OLP. Nous devons en rénover totalement les structures.
P. S.-P. - Le Hamas souscrit-il au principe de l'existence de l'État d'Israël et de la création d'un État palestinien dans les frontières de 1967 ?
M. D. - Le Hamas ne le dit pas encore publiquement, parce qu'il attend les gestes simples qu'Israël doit accomplir pour pouvoir faire accepter cette idée à ses militants les plus durs. Mais il admet ce principe. Il n'est pas dit que ce sera encore le cas dans dix ans !
P. S.-P. - Votre mouvement, le Fatah, souffre d'une profonde crise de confiance. Les Palestiniens sont las de la corruption et du népotisme qui règnent au sein de l'Autorité palestinienne. Le Fatah n'a pas renouvelé ses instances depuis quinze ans. Pourquoi attendre le mois d'août, après les élections législatives, pour organiser un congrès ? Ne serait-il pas plus logique d'injecter du sang neuf avant les élections et d'écarter les membres de la vieille garde les moins populaires pour présenter au scrutin des candidats ayant une chance de gagner ?
M. D. - La vieille garde n'a qu'une seule obsession : sauver ses strapontins coûte que coûte, quitte à détruire le mouvement et notre avenir. Si nous ne commençons pas par réformer le Fatah, nous courons à l'échec. Je l'avais dit à Arafat - c'était, d'ailleurs, l'une des raisons de notre brouille. Comme vous l'avez souligné, voilà quinze ans qu'il n'y a pas eu d'élection au sein du Fatah. C'est pourquoi la vieille garde peut continuer d'agir à sa guise sans rendre de comptes à personne. Depuis la mise en place de l'Autorité palestinienne, la jeune génération, dont je fais partie, est restée sur le banc de touche. Légalement, elle n'existe pas au sein du Fatah car, dans notre parti, si vous n'appartenez pas au Comité central ou au Conseil révolutionnaire, vous n'êtes rien. En un mot, je suis d'accord avec vous : nous devons trouver un accord sur le mode de désignation des nouvelles instances dirigeantes du mouvement et organiser des élections internes avant les législatives. Il est urgent de réformer l'Autorité palestinienne, le Fatah et l'appareil sécuritaire. La réforme de l'Autorité est sur la bonne voie. Le nouveau gouvernement est composé de spécialistes compétents et concentrés sur leurs dossiers, et non sur la politique politicienne. Pour le reste, Mahmoud Abbas doit prendre des décisions rapidement. Il doit convoquer des élections internes au Fatah aussi vite que possible. Enfin, au sein de l'appareil sécuritaire, il faut limoger les chefs incompétents à tous les échelons et les remplacer par des personnes qualifiées.
P. S.-P. - Les services de sécurité palestiniens sont-ils capables de gérer la situation à Naplouse ou à Jénine par exemple ?
M. D. - C'est difficile, mais ce n'est pas impossible. Pour y parvenir, il faut nommer les bons chefs aux bons postes et refondre la myriade de services existants en trois branches : la sécurité nationale, la police et la sécurité intérieure. À la tête de ces trois branches, il faut nommer trois responsables compétents, auxquels on pourra demander des comptes en cas d'échec. Il est impossible de réussir en éparpillant le pouvoir et les responsabilités. Ensuite, nous devons expliquer nos projets aux militants et leur dire ce que nous attendons d'eux pour les gagner à notre cause. Mais n'oublions pas que ces militants ont combattu les soldats israéliens. Il faut les traiter avec respect et dignité. Ces gens réclament des conditions de vie décentes ; ils veulent que l'on respecte leurs droits et que l'on ne brade pas les intérêts des Palestiniens qu'ils ont défendus les armes à la main. Je suis persuadé qu'il est possible de les intégrer. Nous avons le devoir de les respecter, de les traiter comme des combattants et non comme des terroristes. Bien entendu, je parle de ceux qui faisaient le coup de feu contre les soldats israéliens lors des incursions militaires israéliennes dans nos villes, et non de ceux qui envoyaient de pauvres gens se faire exploser en Israël. Maintenant, nous devons nous asseoir autour d'une table avec eux et écouter leurs exigences, parler de leur avenir, leur dire ce qui est possible ou non. On ne peut mener ces discussions par téléphone, le derrière posé dans un fauteuil à Ramallah, tout comme on ne peut pas se contenter d'envoyer un subalterne leur parler. C'est le travail du ministre de l'Intérieur (9) de se déplacer en personne pour les écouter.
P. S.-P. - Tel-Aviv affirme que le Hezbollah tente de torpiller la reprise du dialogue en incitant de petits groupes palestiniens à perpétrer des attentats en Israël. Qu'en pensez-vous ?
M. D. - Je n'ai vu aucune preuve concrète de tels agissements jusqu'à présent. Mais ce qui est sûr, c'est que chaque pays de la région joue sa propre carte dans le conflit israélo-palestinien, au mépris des intérêts de notre population. Quand les Iraniens, le Hezbollah ou la Syrie ont des problèmes avec les États-Unis, ce sont toujours les Palestiniens qui en paient le prix !
P. S.-P. - Vous paraît-il possible de coordonner avec Israël le retrait de la bande de Gaza ?
M. D. - Les Israéliens ont décidé de se retirer unilatéralement. C'est très bien ainsi. Si l'on commence à discuter de chaque modalité du retrait, à négocier chaque petit détail, nous courons à l'échec. Israël souhaite évacuer. Les Palestiniens sont prêts à l'aider à le faire. Parfait ! Je suis convaincu que le gouvernement d'Ariel Sharon souhaite sincèrement se retirer de la bande de Gaza. Ne serait-ce que parce que cette décision fait partie intégrante de la stratégie israélienne visant à mettre un terme au processus de paix (10). C'est très clair pour nous. Mais nous ne pouvons pas continuer à nous lamenter indéfiniment sur les malheurs de l'occupation et, dans le même temps, ne pas participer au retrait israélien.
P. S.-P. - Parviendrez-vous à contrôler la situation pendant le retrait, à enrayer les violences éventuelles ?
M. D. - J'y travaille chaque jour.
P. S.-P. - Il est peu probable que les colons ouvriront le feu sur les soldats de Tsahal pour s'opposer à leur évacuation. Mais que ferez-vous s'ils tirent sur les Palestiniens pour provoquer le chaos et faire avorter le retrait ? Comment empêcherez-vous les militants de riposter ?
M. D. - Nous étudions tous les scénarios pour nous assurer que l'évacuation aura lieu dans le calme. De notre côté, il n'y aura pas de violation de la trêve pendant le retrait israélien. Je suis certain que nous parviendrons à contenir les troubles éventuels. Si des colons ouvrent le feu sur des Palestiniens, ce sera à l'armée israélienne de gérer ce problème. Nous lui laisserons le champ libre. Nous ne voulons surtout pas participer à des fusillades pendant le désengagement.
P. S.-P. - Comment voyez-vous l'avenir de Gaza ?
M. D. - Tout dépendra de l'étendue du retrait opéré par Israël. Les Israéliens sont-ils prêts à quitter l'" axe Philadelphia " (11) qui contrôle l'accès à la frontière égyptienne, pour que les Gazaouïs puissent voyager librement à l'étranger ? Quel type de régime douanier sera imposé à Gaza ? Sont-ils prêts à nous laisser reconstruire le port et l'aéroport ? Pour l'instant, toutes ces questions restent sans réponse. Sans aéroport ni frontière ouverte, Gaza resterait une prison misérable à ciel ouvert.
P. S.-P. - Si ce scénario se réalisait, la situation serait-elle encore pire qu'aujourd'hui ?
M. D. - Évidemment. Un million trois cent mille Palestiniens sont entassés à Gaza. On ne peut pas les laisser vivre indéfiniment dans ce régime carcéral. C'est proprement insupportable. Il appartient à Israël d'agir de manière que ce retrait offre aux Palestiniens un nouveau départ. Israël doit leur faire comprendre que c'est une chance pour eux, un premier pas sur le chemin de l'indépendance. Malheureusement, je ne crois pas que Sharon soit prêt à se comporter ainsi. Deux choix s'offrent à lui. Il peut faire du retrait de Gaza la première étape de la reprise du processus de paix. Ou alors, sonner la fin de la partie et le retour à l'Intifada. Je crains fort qu'il n'opte pas pour la première possibilité...
P. S.-P. - Que comptez-vous faire des terres et des biens qui vous seront transférés à Gaza ?
M. D. - Avant tout, nous devons montrer aux Gazaouïs que ce retrait bénéficiera au peuple et non à l'Autorité, ni à aucun autre responsable de la sécurité ou chef de mouvement armé. Il n'y aura pas de compromis sur ce point. J'en fais mon affaire. Je ne laisserai personne s'emparer des biens dont nous hériterons dans les colonies évacuées. Tout doit profiter au peuple : les maisons, les exploitations agricoles, les écoles... Des experts planchent actuellement pour examiner comment nous pourrons gérer au mieux toutes ces infrastructures. Prenons le cas des serres qui ont fait la prospérité des colons de la bande de Gaza : nous souhaitons les privatiser afin de poursuivre leur exploitation. Cette privatisation permettrait de créer 7 000 emplois pour les Palestiniens à Gaza. Nous étudions également la meilleure manière d'exporter nos produits à l'étranger, notamment vers l'Union européenne. Gaza doit être un modèle à la fois pour les Palestiniens, pour Israël et pour la communauté internationale. Nous devons montrer au monde que nous sommes responsables et que nous sommes capables de gérer la bande de Gaza, qui est l'embryon de notre futur État. C'est ainsi que nous donnerons à la communauté internationale de bons arguments pour faire pression sur l'État hébreu et obtenir qu'il évacue également la Cisjordanie. En revanche, si après le retrait israélien, le chaos s'instaure à Gaza, Ariel Sharon aura beau jeu de mettre en doute la capacité de l'Autorité à administrer les territoires palestiniens, et il en profitera pour conserver le contrôle sur la Cisjordanie.
P. S.-P. - Les terres restituées permettront-elles de régler le problème démographique dans la bande de Gaza et de vider les camps de réfugiés où vivent des dizaines de milliers de personnes ? En d'autres termes, avez-vous l'intention d'installer les réfugiés à Gaza de façon définitive ?
M. D. - Non. La seule solution est de transférer une partie de la population de Gaza en Cisjordanie (12). Aujourd'hui, comme je vous l'ai dit, un million trois cent mille personnes vivent dans cette étroite bande de terre séparée d'Israël par une clôture électrique et adossée à la mer. Imaginez la situation démographique dans vingt ans ! Ce sera une catastrophe. Il n'y aura plus de terre. Nous devons faire quelque chose tout de suite. Et la seule possibilité, c'est de décharger la bande de Gaza d'une partie de ses habitants.
P. S.-P. - Pensez-vous sincèrement rallier Israël à un tel projet ?
M. D. - On n'en est pas là ! Même si Sharon parvient à faire en sorte que le désengagement de la bande de Gaza se déroule en douceur - et nous l'y aiderons -, je ne crois pas qu'il soit prêt à procéder au retrait israélien de Cisjordanie. Tout reposera alors sur les États-Unis. Or Washington se contente d'acquiescer aux décisions de Sharon. Voyez, précisément, le désengagement de Gaza : au début, Washington y était opposé (13). Et, finalement, la Maison-Blanche a suivi Sharon. Il en a été de même pour l'arrêt du processus de paix en 2003. Bush s'était alors aligné sur Sharon pour ostraciser Arafat. Aujourd'hui, l'excuse Arafat n'existe plus. Mais rien n'a changé du côté américain. Je dirais même que la communauté internationale dans son ensemble a démissionné au Proche-Orient. Quand Israël ne respecte pas ses engagements, elle proteste mollement avant de replonger dans le silence. Lorsque Sharon assiège Arafat ou construit son mur, elle pleure des larmes de crocodile pendant cinq minutes, puis elle nous jette aux oubliettes. Cela doit changer.
P. S.-P. - Après les modifications décidées par le cabinet d'Ariel Sharon (14), le tracé actuel de la clôture de sécurité vous paraît-il plus acceptable ? Peut-il servir de base à la négociation de la frontière de l'État palestinien ?
M. D. - C'est la stratégie de Sharon. Mais on ne peut pas imposer des frontières en construisant des murs et des check points. Ce n'est pas de cette manière qu'on peut espérer faire la paix. Nous acceptons le principe de l'échange de territoires (15). Mais à condition que cet échange se fasse en accord avec le droit international. Or le droit international dit clairement que notre État doit être établi dans les frontières de 1967. Si nous devons échanger 2 ou 3 % de terres avec Israël dans ce cadre, pas de problème. Mais les échanges doivent avoir lieu dans les deux sens. Ils ne peuvent en aucun cas se réduire à des confiscations de terres palestiniennes en Cisjordanie, alors qu'il ne nous reste déjà que 20 % de la Palestine historique. Si Israël confisque 10 % de terres supplémentaires en Cisjordanie, comme il est en train de le faire avec la construction de ce mur, notre État ne sera pas viable. Il n'y aura plus de continuité territoriale en Cisjordanie puisque celle-ci sera coupée par les trois principaux blocs de colonies : Ariel, Maale Adumim et le Goush Etzion. Quel genre de pays pourrons-nous offrir à notre peuple ? Même nos étudiants les plus brillants seraient incapables d'en dessiner les contours sur une carte !
P. S.-P. - Que vous inspire la construction du mur autour de Jérusalem ? Pouvez-vous encore espérer y établir la capitale de votre futur État ?
M. D. - Les Israéliens sont engagés dans une course contre la montre pour créer sur le terrain une situation telle qu'elle leur permettra de ne jamais nous restituer Jérusalem-Est en enserrant la ville dans le mur et en y développant une politique de colonisation très agressive. C'est un bien mauvais calcul de leur part : tout le monde y perdrait, eux comme nous. Encore une fois, cette façon de nous mettre devant des faits accomplis est le meilleur moyen de perpétuer ce conflit éternellement.
P. S.-P. - Les Palestiniens ne pourraient-ils pas renoncer à établir leur capitale dans la partie orientale de la Ville sainte pour obtenir la création de leur État avant qu'il ne soit trop tard ?
M. D. - Jamais. Aucun Palestinien ne pourrait l'accepter. Et je ne vous parle pas seulement du Hamas. Une telle évolution serait inacceptable même pour des modérés comme moi. Pourquoi devrais-je accepter d'abandonner Jérusalem ? Nous avons déjà perdu 80 % de la Palestine et nous devons encore négocier chaque pour cent restant avec les Israéliens pour construire notre État. On ne peut pas faire la paix sans un minimum d'équité. Il faut aussi penser à l'avenir. Comment pourrions-nous vivre en paix avec notre voisin si nous gardons à jamais, au plus profond de nous, la rancœur d'avoir perdu Jérusalem ? Aujourd'hui, 70 % des Palestiniens sont prêts à accepter l'établissement d'un État palestinien à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. Je ne cesse de répéter aux Israéliens qu'ils doivent saisir cette chance. Car ce consensus n'est pas éternel. Et il est probable que les générations futures ne l'accepteront pas. C'est à notre génération de faire la paix, et il faut la faire vite, tant que la direction historique des Palestiniens est encore au pouvoir. Qui peut prédire ce qui arrivera si nous ne concluons pas la paix maintenant ? Tout le monde y perdrait, tout simplement parce que personne ne peut gagner ce conflit militairement. Nous pouvons revenir à la table des négociations dans dix ans ou dans cent ans, les problèmes n'auront pas changé. Les solutions non plus.
P. S.-P. - Si une troisième Intifada éclate, sera-t-elle pire que la seconde ?
M. D. - La seconde Intifada a été plus violente que la première. La troisième le serait davantage encore. Personne ne s'attendait à ce que la seconde Intifada atteigne un tel niveau de violence. Mais pour des gens qui n'ont rien à perdre, il n'y a rien de plus facile que le combat et la violence. Je sais de quoi je parle. Je suis passé par là moi-même. Faire la paix est beaucoup plus difficile que faire la guerre. Combattre, aller en prison et même mourir est plus facile à accepter pour les Palestiniens que de s'asseoir à une table, face aux Israéliens, avec la certitude d'être floués. Pourquoi négocier avec les Israéliens pendant des semaines, des mois ou des années dans le seul but de signer un accord qu'ils finiront par refuser d'appliquer ?
P. S.-P. - Si vous ne parvenez pas à conclure un accord final avec Ariel Sharon, sera-t-il plus difficile d'y parvenir avec un autre dirigeant israélien ? Est-il le seul capable de faire la paix ?
M. D. - Du côté israélien, n'importe quel dirigeant peut négocier la paix. De notre côté, si Mahmoud Abbas échoue, ce sera encore plus difficile avec la prochaine génération.
P. S.-P. - Mahmoud Abbas a dit qu'il ne se représenterait pas pour un nouveau mandat lorsque son mandat actuel arrivera à son terme, dans cinq ans. Ce sera alors à la nouvelle génération de prendre le relais. Serez-vous candidat à sa succession ?
M. D. - Mahmoud Abbas survivra-t-il cinq ans ? Serai-je encore vivant dans cinq ans ? Personne n'en sait rien.

Notes :

(1) Craignant que des attaques anti-israéliennes soient lancées à partir des villes restituées, Israël exige que l'Autorité palestinienne agisse avec plus de fermeté pour neutraliser les militants armés.
(2) Une barrière de séparation d'avec les Palestiniens a été érigée par Israël pour empêcher des kamikazes palestiniens de s'infiltrer sur son territoire. Cette clôture, longue de près de 700 kilomètres et qui, par endroits, prend la forme d'un mur, empiète sur les territoires palestiniens. Elle sépare les Palestiniens de leurs terres, de leurs familles, de leurs hôpitaux ou encore de leurs écoles et universités.
(3) Plus de deux millions de réfugiés palestiniens, dont la plupart ont fui leurs terres annexées par Israël après les guerres israélo-arabes de 1948 et de 1967, vivent dans les pays arabes voisins. Ils revendiquent le droit de revenir sur leur terre. Si ce droit était accordé par Israël, la balance démographique entre Arabes et Juifs au sein de l'État hébreu serait bouleversée, menaçant son caractère juif.
(4) Adoptée en juin 2003, la feuille de route est le dernier plan de paix international soutenu par les États-Unis et qui devait aboutir à la création d'un État indépendant palestinien fin 2005. Jusqu'à présent, cette feuille de route est restée lettre morte.
(5) Israël s'en est également pris au Hamas. Ses deux grands leaders - Cheikh Ahmed Yassine, le chef spirituel du mouvement, et Abdelaziz Rantissi, son principal dirigeant politique - ont été éliminés par des " assassinats ciblés ", en février et mars 2003. Si elle a affaibli un temps la hiérarchie du mouvement, leur disparition a également considérablement renforcé le soutien populaire dont jouit le Hamas.
(6) Pour la première fois, les treize principaux groupes armés, réunis au Caire, se sont tous engagés à respecter une période de calme d'un an. D'autres cessez-le-feu, notamment la " houdna " de l'été 2003, avaient déjà été conclus par le passé, mais ils n'engageaient pas les groupes armés les plus importants. Cette fois, les quatre mouvements les plus puissants - les Brigades Ezzedine al-Qassam, la branche armée du mouvement islamiste radical Hamas ; les Brigades des martyrs d'al-Aqsa, la branche armée du Fatah de Mahmoud Abbas, première force politique palestinienne ; le mouvement islamiste radical Djihad islamique ; et le FDLP (Front populaire de libération de la Palestine) - ont tous décrété le cessez-le-feu.
(7) Depuis le début de la seconde Intifada, l'armée israélienne a multiplié les incursions dans les territoires et les assassinats contre des militants palestiniens pour tenter d'écraser l'" infrastructure terroriste ".
(8) Ouvert en 1999, ce casino accueillait principalement des clients israéliens. Il a fermé ses portes peu après le début de la seconde Intifada, en septembre 2001. Sa réouverture prochaine est évoquée.
(9) Ce poste est occupé à l'heure actuelle par le général Nasser Youssef, qui milite depuis juin 2003 pour une refonte des services de sécurité palestiniens.
(10) Dov Weisglass, le principal conseiller d'Ariel Sharon, avait expliqué, à l'automne dernier, que le plan de retrait unilatéral de la bande de Gaza avait pour but de " plonger le processus de paix dans le formol ". Le premier ministre lui-même a répété à plusieurs reprises qu'il fallait comprendre le retrait de Gaza comme un redéploiement visant à renforcer la mainmise d'Israël sur les colonies juives situées dans les territoires palestiniens de Cisjordanie, jugées illégales au regard du droit international. Le gouvernement israélien a récemment donné son feu vert à la construction de 3 500 nouveaux logements dans des colonies de Cisjordanie.
(11) L'" axe Philadelphia " est une route de patrouille contrôlée par l'armée israélienne qui se trouve à la frontière entre la bande de Gaza et l'Égypte.
(12) Cette solution est envisagée par l'Autorité palestinienne pour désengorger la bande de Gaza, surpeuplée, après la création d'un État palestinien.
(13) L'administration Bush craignait que le désengagement unilatéral de la bande de Gaza enterre définitivement la feuille de route, que Washington considère toujours comme la seule solution permettant de sortir du conflit israélo-palestinien. Pour calmer les inquiétudes de la Maison-Blanche, Ariel Sharon a indiqué que ce désengagement n'est pas en contradiction avec la feuille de route.
(14) Après la condamnation de la construction de la clôture de sécurité par la Cour internationale de justice de La Haye, au printemps dernier, et suite à une décision similaire de la Cour suprême israélienne, le gouvernement Sharon a accepté de revoir plusieurs portions du tracé de cette clôture pour la rapprocher de la ligne verte (la ligne de cessez-le-feu de 1967).
(15) Les Palestiniens ont donné leur accord pour échanger 1 à 2 % de territoires avec Israël, laissant ainsi ouverte la possibilité de ne pas démanteler certaines des colonies israéliennes les plus importantes de Cisjordanie, comme Maale Adumim, dans la banlieue de Jérusalem, en échange de territoires situés en Israël.