Politique Internationale - La Revue n°93 - AUTOMNE - 2001

sommaire du n° 93
LE DETONATEUR AFGHAN
Article de Michael Barry
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Ce sont les certitudes de deux décennies de stratégie américaine au Moyen-Orient qui ont volé en éclats lors des terribles attentats du 11 septembre dernier. Paradoxalement, à l'origine de ce qui est aussi un désastre de dimension mondiale, on trouve d'abord un conflit purement local - le contentieux frontalier vieux d'un demi-siècle entre le Pakistan et l'Afghanistan - qui s'est étendu comme une métastase. Déterminés à réduire l'Afghanistan voisin à l'état de protectorat à la suite du retrait soviétique, les Pakistanais et leurs bailleurs de fonds saoudiens, avec la longue complaisance des Etats-Unis, ont armé contre les Russes les mouvements islamistes les plus radicaux. Objectif : prendre le pouvoir à Kaboul et remplacer l'ancien nationalisme afghan par une idéologie religieuse censée maintenir le pays dans une double soumission politique à Islamabad et à Riyadh. C'est la logique inhérente à cette même idéologie qui, inévitablement, a conduit à l'explosion du terrorisme international.

Notes :

(1) Sources citées dans Michael Barry, Le Royaume de l'insolence : la résistance afghane du Grand Moghol à l'invasion soviétique, Flammarion, 1984, p. 274.
(2) Peter Worsley, The Trumpet Shall Sound, Londres, 1957.
(3) L'étrange évolution parallèle du Pakistan et d'Israël — États refuges confessionnels, découpés dans l'Empire britannique presque la même année, de structure très laïque au début, puis de plus en plus politiquement dominés par une alliance militaire et cléricale dans un syndrome incessant de siège extérieur — fut déjà finement notée par Ian Stephens, Pakistan, Londres, 1963.
(4) Les études fondamentales sur le fascisme « laïque » du parti Bath irakien restent les ouvrages de Kanân Makiya (sous le pseudonyme Samîr al-Khalîl) : Republic of Fear : the Politics of Modern Iraq, University of California Press, 1989 (tr. fr. Irak, la machine infernale, Lattès, 1991) et Cruelty and Silence : War, Tyranny, Uprising and the Arab World, Jonathan Cape, Londres, 1993.
(5) Évolution pressentie par Farîbâ Âdelkhâh, Jean-François Bayart et Olivier Roy dont j'emprunte le beau titre : Thermidor en Iran, Complexe, 1993.
(6) Cf. William Shawcross, The Shah's Last Ride (et surtout le ch. 9, « The Dream Merchants »), pp. 151-168, Simon & Schuster, New York, 1988.