Politique Internationale - La Revue n°93 - AUTOMNE - 2001

sommaire du n° 93
DIPLOMATIE AMERICAINE : UN NOUVEAU LEADERSHIP ?
Article de Justin Vaïsse
Historien, chercheur au Center on the United States and France de la Brookings Institution (Washingt
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Tout le monde s'accorde à considérer que les terribles attentats du 11 septembre vont changer la face de l'Amérique et ses rapports avec le reste du monde. Reste à connaître l'ampleur de ces changements et leur nature. Ce qui est sûr c'est que ces actions terroristes massives ont profondément traumatisé l'opinion outre-Atlantique. Les Américains ont pris conscience de leur vulnérabilité, d'autant que ce sont les symboles de leur leadership - World Trade Center et Pentagone - qui ont été frappés. Une fois l'émotion retombée, une partie de l'opinion pourrait être confortée dans l'idée que ce leadership est trop coûteux à tous points de vue. Mais ceux qui misaient sur un retrait américain de la scène internationale - notamment au Moyen-Orient - risquent fort d'être déçus. Car le scénario le plus plausible est, au contraire, celui d'une implication accrue des Etats-Unis dans la marche du monde. Cela dit, l'Administration Bush risque fort de se retrouver dans une position contradictoire vis-à-vis de l'étranger. En effet, les attaques du 11 septembre ont, à la fois, renforcé l'idée que l'Amérique devait se défendre et agir seule, et consacré l'impératif d'une coopération internationale élargie afin de combattre efficacement la menace terroriste.

Notes :

(1) Voir Phil Gordon, « L'attaque qui va changer l'Amérique », Le Monde, vendredi 14 septembre 2001.
(2) D'après le titre de l'ouvrage de Ghassan Salamé, Appels d'empire : ingérences et résistances à l'âge de la mondialisation, Fayard, 1996.
(3) James Chace, Caleb Carr, America Invulnerable : the Quest for Absolute Security from 1812 to Star Wars, New York, Summit Books, 1988.
(4) D'après le titre du livre de Denise Artaud, La Fin de l'innocence, les États-Unis de Wilson à Reagan, Armand Colin, 1985.
(5) Sur cette période de « l'après-guerre froide », voir Pierre Melandri, Justin Vaïsse, L'empire du milieu. Les États-Unis et le monde depuis la fin de la guerre froide, Odile Jacob, 2001.
(6) Lawrence Summers, cité dans Samuel P. Huntington, « The Lonely Superpower », Foreign Affairs, mars-avril 1999 ; traduit en français : « La superpuissance solitaire », La Revue internationale et stratégique, été 1999. Madeleine Albright, « Today », NBC, 19 février 1998. Joshua Muravchick, The Imperative of American Leadership : A Challenge to Neo-Isolationism, AEI Press, Washington D.C., 1996. Robert Kagan et William Kristol, « Towards A Neo-Reaganite Foreign Policy », Foreign Affairs, juillet-août 1996. Robert Kagan, « The Benevolent Empire », Foreign Policy, été 1998.
(7) Dans la journée du 17 septembre 1862, la bataille d'Antietam (Maryland), lors de la Guerre de sécession, aurait fait entre 4000 et 6000 morts.
(8) Sondage ABC-Washington Post, le 13 septembre 2001.
(9) Patrick J. Buchanan, « U.S. Pays the High Price of Empire », Los Angeles Times, 18 septembre 2001.
(10) Cité in « Uncle Sam Hunkers Down », Time, 17 avril 1995.
(11) Edward Luttwak, « Toward Post-Heroic Warfare », Foreign Affairs, printemps 1995.
(12) Site web : http ://www.nssg.gov/
(13) Cf. Eric Schmitt, « After the Attacks : the Vice President Cheney Describes His Nerve-Center Role in First Hours of Crisis », New York Times, 17 septembre 2001.
(14) Voir la lettre ouverte signée, moins d'une semaine après les attaques, par de grandes figures conservatrices comme Richard Perle, Gary Bauer, William Bennet, Jeane Kirkpatrick, ainsi que par les rédacteurs en chef du New Republic et du Weekly Standard. Selon les signataires de ce texte, ne pas attaquer l'Irak, ce serait capituler dans la guerre contre le terrorisme.
(15) Richard Perle, « State Sponsors of Terrorism Should Be Wiped Out, Too », Daily Telegraph (Londres), 18 septembre 2001.
(16) Voir, notamment, Patrick Tyler and Elaine Sciolino, « Bush's Advisers Split on Scope Of Retaliation », New York Times, 19 septembre 2001.
(17) Ainsi, Kim Holmes, le vice-président de la Heritage Foundation (centre de recherche conservateur) pour les affaires internationales, a intitulé son analyse du 17 septembre « Responding to the Attack on America : Beware of Constraints Imposed by International Coalition » (Heritage Backgrounder, no 1473, 17 septembre 2001).
(18) Ethan A. Nadelmann, Cops Across Borders : the Internationalization of U.S. Criminal Law Enforcement, University Park, PA, Pennsylvania State University Press, 1993.
(19) Voir note (1).
(20) L'Alliance du Nord rassemble les forces afghanes en lutte contre le gouvernement des Talibans. Dirigée jusqu'en septembre 2001 par feu le commandant Massoud, l'Alliance du Nord bénéficie du soutien de l'Iran et de la Russie.