Politique Internationale - La Revue n°93 - AUTOMNE - 2001

sommaire du n° 93
VIVRE SANS LES PALESTINIENS ?
Entretien avec Dan MERIDOR
Ministre d'Etat du gouvernement israélien
conduit par
Emmanuel Halperin
Israël
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Depuis le 11 septembre 2001, Israël vit, une fois de plus, une situation paradoxale. Vus de Jérusalem, les attentats contre les Etats-Unis auraient dû faire comprendre à l'opinion et aux gouvernements occidentaux à quels dangers et à quels ennemis l'Etat hébreu est depuis longtemps confronté. Il est probable que, en dernier ressort, la lutte contre le terrorisme bénéficiera à Israël. Mais, dans un premier temps, c'est le contraire qui se produit. Placés devant la nécessité de s'assurer le soutien d'Etats arabes et musulmans, les Occidentaux refusent une participation directe d'Israël à la coalition. Au passage, ils établissent une distinction, jugée scandaleuse à Jérusalem, entre le terrorisme islamiste contre l'Occident et le terrorisme palestinien présenté, lui, comme la composante d'un combat de libération nationale.


Après une année de violences ininterrompues, les dirigeants israéliens sont tentés de voir en Yasser Arafat leur «Ben Laden» (l'auteur de la formule est Ariel Sharon); mais ils ne peuvent se permettre de récuser leur principal interlocuteur, malgré le sentiment, dominant en Israël, qu'il n'y a pas de compromis possible avec l'actuel leadership palestinien.


Les négociations israélo-palestiniennes pour un règlement définitif du conflit ont échoué en deux temps: à Camp David, du 11 au 24 juillet 2000, sous les auspices du président des Etats-Unis Bill Clinton; puis à Taba, à la frontière israélo-égyptienne, du 21 au 27 janvier 2001. Entre ces deux rencontres, deux événements majeurs sont intervenus: le déclenchement de l'Intifada palestinienne, fin septembre 2000, et la présentation par l'administration américaine du plan Clinton. Conçu comme un compromis entre les positions des deux parties, ce plan a été accepté, en principe, par Yasser Arafat comme par Ehoud Barak.


Rappelons que le président de l'Autorité palestinienne et le premier ministre israélien dirigeaient, personnellement, leur délégation respective à Camp David. Ehoud Barak était notamment entouré par son ministre des Affaires étrangères Shlomo Ben Ami, par l'ancien chef d'état-major Amnon Lipkin Shahak, et par Dan Meridor, ex-dirigeant du Likoud, fondateur du petit parti du Centre (six députés) et président de la Commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset. De son côté, Yasser Arafat était accompagné de ses ministres et conseillers, Abou Mazen, Abou Ala, Saeb Arikat, Mahmoud Dahlan et Hassan Asfour.


De Camp David à Taba, malgré une opinion publique généralement hostile ou critique, les concessions israéliennes ont considérablement augmenté. Outre l'acceptation, déjà acquise, de la création d'un Etat palestinien indépendant, le gouvernement Barak se disait prêt à évacuer 97% des territoires occupés et à céder aux Palestiniens 1% de son propre territoire, tout en conservant des zones d'implantation israéliennes en Cisjordanie — implantations qui devaient regrouper 75% de la population juive installée dans les territoires depuis la guerre de 1967. Par surcroît, des progrès avaient été réalisés sur la question des réfugiés palestiniens: Israël reconnaissait une part de responsabilité dans leur sort et acceptait le retour d'un nombre restreint de ces réfugiés sur son territoire. Mais le problème le plus complexe restait celui de Jérusalem. A Camp David, pour la première fois, Israël avait accepté le principe d'un partage de la ville entre les deux Etats; toutefois, les modalités de ce partage, en particulier en ce qui concerne la souveraineté sur le mont du Temple-Esplanade des mosquées, étaient très loin d'être réglées.


A Taba comme à Camp David, les négociateurs se sont séparés sur un constat d'échec. Le gouvernement Barak, de même que l'administration Clinton, ont fait savoir que puisque rien n'avait été conclu, les idées et les propositions présentées à Camp David et à Taba n'engageaient pas leurs successeurs.


Depuis janvier 2001, tous les contacts officiels entre Israël et l'Autorité palestinienne n'ont porté que sur un point: l'instauration d'un cessez-le-feu.


Dan Meridor, qui à Camp David s'était opposé à certaines concessions d'Ehoud Barak, spécialement sur Jérusalem, a rejoint, avec son parti, la coalition d'union nationale dirigée par le nouveau premier ministre Ariel Sharon, en août 2001. Sa mission: définir les nouvelles orientations stratégiques de l'Etat hébreu.

Notes :

(1) Les Sudètes sont le nom donné, entre les deux guerres mondiales, à la minorité de langue allemande de Tchécoslovaquie établie sur le pourtour des pays tchèques. Annexés par le Reich en 1938, ces territoires furent rendus en 1945 à la Tchécoslovaquie qui, conformément aux accords de Potsdam, expulsa la majorité de la population allemande (celle-ci passa de 3,2 millions en 1938 à 160 000 en 1946). La question des Sudètes a longtemps pesé sur les relations entre la République tchèque et l'Allemagne qui ont finalement signé un accord de réconciliation en 1997.
Aux termes de ces mêmes accords de Potsdam, l'enclave allemande de Königsberg fut attribuée aux Soviétiques, entraînant l'exode de la population. Königsberg a, par la suite, été rebaptisé Kaliningrad.