Politique Internationale - La Revue n°93 - AUTOMNE - 2001

sommaire du n° 93
LA VOIE KOWEITIENNE
Entretien avec Son Excellence le cheikh Sabah al-Ahmed al-Jaber al-Sabah
Vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères de l'Emirat du Koweït depuis 1967.
conduit par
Amir Taheri
Écrivain et éditorialiste
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Depuis près de quatre décennies, cheikh Sabah al-Ahmed al-Jaber al-Sabah est l'un des principaux acteurs de la scène politique koweïtienne, notamment en qualité de vice-premier ministre et de ministre des Affaires étrangères. Au début de cette année, il a déclenché une crise politique majeure en remettant sa démission à l'émir. On sait peu de choses sur les tractations qui, en coulisse, se sont ensuivies, mais la plupart des observateurs ont vu dans la formation du nouveau cabinet une victoire de cheikh Sabah, qui a retrouvé ses fonctions de vice-premier ministre et de ministre des Affaires étrangères. Et les analystes considèrent volontiers ce politicien aguerri, président du Conseil supérieur du pétrole et de plusieurs autres grands organismes publics, comme le principal décideur koweïtien.


En raison de la longue maladie du premier ministre et prince héritier, cheikh Saad Abdallah al-Salim al-Sabah (1), c'est cheikh Sabah qui est, de facto, en charge de l'exécutif. Et il est évident que l'émir, cheikh Jaber al-Ahmed al-Sabah a apporté son soutien personnel au nouveau gouvernement.


« Il est clair que cheikh Sabah est désormais en charge du gouvernement, dit Walid al-Nusuf, rédacteur en chef du quotidien al-Qabas. C'est son cabinet, et ses membres sont des hommes avec lesquels il peut travailler en harmonie. »


Cheikh Sabah a, aussi, enregistré d'importants succès sur le très complexe échiquier politico-dynastique koweïtien. Plusieurs membres de la famille régnante, connus pour leurs difficiles relations avec lui, ont été exclus du gouvernement, tandis que d'autres, qui soutenaient le leadership de cheikh Sabah, ont été promus à des postes clefs.


L'espérance de vie du nouveau gouvernement est, en principe, de deux ans, c'est-à-dire jusqu'aux prochaines élections parlementaires. Cheikh Sabah a donc moins de deux années pour persuader l'émir et le pays que sa politique peut faire la différence. C'est pourquoi son cabinet s'est lancé dans une série d'initiatives de politique intérieure et étrangère qui ont attiré l'attention des observateurs. Reste à savoir si elles porteront leurs fruits.

Notes :

(1) Le prince héritier, qui souffrirait de la maladie de Parkinson, aurait passé une bonne partie des deux dernières années hors de son pays, essentiellement au Royaume-Uni, pour y subir un traitement. Il n'a pas assisté au Conseil des ministres depuis la mi-1999.
(2) Le déficit budgétaire était de près de 15 % du Pib en 2000. Il devrait osciller autour de 14,5 % en 2001.
(3) Cheikh Saad est le cousin de cheikh Sabah.
(4) L'article deux de la Constitution koweïtienne stipule que la charia n'est que l'une des sources de la législation, ce qui permet au Parlement d'adopter des textes inspirés par des modèles non islamiques, surtout occidentaux. Nombre de lois et de règles héritées de la période où les Britanniques contrôlaient l'émirat ont été conservées.
(5) En avril 2001, la délégation irakienne a quitté la salle lors de la session de clôture du sommet d'Amman.
(6) Le roi Abdallah II s'est rendu au Koweït en mai 2001.
(7) Plus de 500 Koweïtiens sont portés disparus depuis l'invasion irakienne de 1990.
(8) Le cessez-le-feu a été signé en mars 1991.
(9) Le Conseil de coopération du Golfe (CCG) fut créé en 1980. Ses membres sont : l'Arabie Saoudite, Oman, les Émirats arabes unis (ÉAU), le Qatar, Bahreïn et le Koweït.
(10) Le Qatar et les ÉAU ont, au printemps dernier, organisé de nombreux vols à destination de Bagdad afin d'apporter une aide, notamment alimentaire, à la population irakienne.
(11) Les pays du CCG ont récemment signé à Manama (Bahreïn) un pacte de défense commune qui était à l'étude depuis plusieurs années et qui « engage les États membres du CCG à défendre tout État membre qui serait victime d'une menace ou d'un danger extérieur ». Les effectifs de la force militaire commune, baptisée Bouclier de la péninsule, devraient être portés à 22 000 hommes.
(12) Le docteur Ahmad Chalabi dirige le Congrès national irakien, principal groupe d'opposition laïque et non kurde au régime de Saddam Hussein. Le CNI est le principal bénéficiaire des fonds alloués par le Congrès des États-Unis aux organisations d'opposition irakiennes.
(13) L'ayatollah Muhammad Baqer Hakim Tabatabai est le leader du Conseil supérieur de la révolution islamique en Irak (CSRII). D'origine iranienne, il vit à Téhéran où son organisation est soutenue par le gouvernement.
(14) Les opposants irakiens ont organisé plusieurs réunions au Koweït en 2001.
(15) Le vice-président irakien, Taha Yassine Ramadan, commande également l'« armée populaire ». Izzat Ibrahim est vice-président du Conseil de commandement de la révolution.
(16) Cette campagne est animée, depuis Londres, par un comité que préside la parlementaire travailliste Anne Clwyd.
(17) Ce canal doit acheminer l'eau de la rivière Karkheh, au sud-ouest de l'Iran, jusqu'au Koweït.
(18) Cheikh Muhammad al-Salim al-Sabah était, auparavant, ambassadeur du Koweït à Washington. Ce jeune diplomate fait figure d'étoile montante de la politique koweïtienne, à tel point que divers observateurs voient en lui un éventuel futur émir.