Politique Internationale - La Revue n°93 - AUTOMNE - 2001

sommaire du n° 93
ZIMBABWE: LA TERRE ET LE SANG
Entretien avec Robert MUGABE
Président du Zimbabwe depuis 1980
conduit par
Colette Braeckman
Journaliste
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En esta entrevista exclusiva realizada por Colette Braeckman, el presidente de Zimbabwe expone detalladamente la grave crisis que viene viviendo su país desde hace dieciocho meses. Ante la lenta redistribución de la tierra que está envenenando el clima político desde la independencia, las ocupaciones - más o menos espontáneas - de granjas que pertenecen a los blancos no hacen más que multiplicarse. Aunque el acuerdo de Abuja del 7 de septiembre entre Harare y Londres resolvió parcialmente el apartado financiero de la reforma agraria - Gran Bretaña aceptó por fin compensar financieramente a los granjeros blancos - es probable que la confianza aún tarde algún tiempo en restaurarse. Al presidente Mugabe también se le reprocha la manera en que comprometió a su país en la República Democrática del Congo para apoyar al fallecido presidente Kabila. Aunque la opinión de Zimbabwe no comprende las razones de este apoyo que ha costado la vida a numerosos soldados, Robert Mugabe no pretende retirar sus tropas hasta que se apliquen los acuerdos de paz y se desplieguen en el país las fuerzas de la ONU.

Notes :

(1) Les accords de Lancaster House, conclus à la veille de l'indépendance du Zimbabwe en 1980, avaient mis fin à la sécession de Ian Smith, à la guerre entre l'armée du pouvoir blanc et les mouvements de libération, la ZANU (Zimbabwean National Union) de Robert Mugabe et la ZAPU (Zimbabwean People's Union) de Josuah N'Komo. Ces accords avaient été patronnés par la Grande-Bretagne et les États-Unis.
(2) Le Land Acquisition Act (loi sur l'acquisition des terres), adopté en 1990, met en place une nouvelle réforme agraire, plus radicale que celle entamée en 1980. Cette dernière prévoyait d'offrir à 160 000 familles dénuées de terre une parcelle de 5 hectares à cultiver, et cela dans un délai de trois ans. En 1990, seules 62 000 familles avaient été réinstallées. En 1990, dès l'expiration du moratoire de dix ans fixé par les accords de Lancaster House, le cabinet décida de réviser à la hausse le nombre d'hectares à acquérir dans le cadre de la réforme (soit 8,3 millions). Une nouvelle répartition entre les différents secteurs agricoles (terres communautaires, grandes exploitations commerciales, petites exploitations commerciales, fermes d'État) a également été définie.
(3) Les Britanniques, pour leur part, assurent qu'ils n'ont jamais refusé de payer les compensations promises, mais à condition que la réforme agraire se déroule sur des bases claires et transparentes et que les terres saisies aux Blancs soient redistribuées à de véritables fermiers noirs et non à des protégés du régime. Ces exigences se retrouvent dans l'accord conclu à Abuja, dont l'application risque d'achopper pour les mêmes raisons…
(4) Aux termes de l'accord d'Abuja, certaines des 2 700 fermes déjà saisies devront être retirées de la liste, au risque, pour les autorités, de se trouver en conflit avec les vétérans.
(5) A Abuja, les Britanniques ont accepté de contribuer à un fonds de compensation qui sera géré par le PNUD (Programme des Nations unies pour le développement), dont l'administrateur, Mark Malloch Brown, avait depuis longtemps proposé ses services pour trouver une solution à la crise.
(6) Robert Mugabe fait ici allusion à l'Afrique du Sud.
(7) Josuah N'Komo, à la tête de la ZAPU, était soutenu par Moscou.
(8) Les accords de Lusaka, conclus en juillet 1999, prévoient, outre un cessez-le-feu et le déploiement de 5500 observateurs de l'ONU, l'organisation d'un dialogue intercongolais, réunissant l'opposition armée (les rebelles), le gouvernement, l'opposition politique et la société civile. A l'issue de ce dialogue, la RDC devrait entrer dans une période de transition qui devrait déboucher sur des élections générales. Le ministre des Affaires étrangères She Okitundu a déclaré que ces élections, qui devraient être précédées d'un recensement général, ne pourraient pas avoir lieu avant trois ans.
(9) Les Interhahamwe, littéralement « ceux qui combattent ensemble », sont les jeunes miliciens rwandais qui furent les principaux auteurs du génocide de 1994.
(10) Désireux de faire pression sur le régime Mugabe pour qu'il mette fin aux occupations de terres par les vétérans, à la répression de la presse indépendante et à d'autres violations des droits de l'homme, le Sénat américain a voté le « Zimbabwe Democracy Bill » qui prévoit de couper toute assistance économique au pays aussi longtemps que certaines conditions ne seraient pas respectées.