Politique Internationale - La Revue n°94 - HIVER - 2002

sommaire du n° 94
LE RETOUR DES MERCENAIRES
Article de Philippe Chapleau
Journaliste à Ouest-France et François MISSER
Journaliste.
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Parmi les «nouvelles menaces» (terrorisme, cyber-criminalité, etc.) les plus couramment admises, le mercenariat n'est jamais cité. Certes, il n'est pas vraiment «nouveau» : ne dit-on pas qu'il s'agit du «second plus vieux métier du monde» ? Pour beaucoup, les sinistres exploits des mercenaires catalans almugavares qui détruisirent l'Empire byzantin au XIIIe siècle et ravagèrent les monastères du mont Athos, ou les frasques sanguinaires des «affreux» et autres «chiens de guerre» des années 60, sont engloutis dans les catacombes de l'Histoire.

Mais la dernière décennie a vu une inquiétante renaissance du phénomène. Les plus grandes puissances militaires ou financières du globe n'hésitent plus à déléguer l'exécution de leurs opérations à des néo-mercenaires «high-tech », et cela avec d'autant plus de facilité que la réalité du mercenariat demeure méconnue et sous-estimée. Les polémologues ont eu tendance à négliger sa genèse, ses célébrités, ses hauts faits et ses basses oeuvres tandis que les historiens, trop souvent condescendants, ne se sont attachés qu'aux sagas les plus pittoresques. Pourtant, le mercenariat n'est pas un épiphénomène militaire. C'est un vecteur polémogène fort dont il faut tenir compte pour appréhender les grandes lignes de la conflictualité contemporaine. La fameuse «révolution dans les affaires militaires» ne se limite pas à la seule guerre de l'information. Les conflits à venir opposeront de moins en moins des Etats-nations mais feront intervenir, comme le pressent François-Bernard Huyghe, «des guérillas, des mafias, des terroristes, des fondamentalistes, des puissances financières, des ONG» : autant de strates auxquelles s'oppose ou avec lesquelles compose la nébuleuse mercenaire.

Lever des troupes

Au fil des siècles et des guerres, les mercenaires ont toujours fait partie du décor. Les princes guerriers du Vieux Monde disposaient de contingents hollandais, français, italiens, espagnols ou portugais. Même les cantons helvétiques ont monnayé aux grands d'Europe - des papes aux souverains français - des contingents de combattants ; il faudra attendre 1848 pour que la Constitution helvétique interdise le renouvellement des contrats, à l'exception de ceux des gardes suisses du Vatican. Pour l'anecdote, rappelons que la garde royale espagnole qui a défilé le 14 juillet 2001 à Paris est l'héritière des troupes de mercenaires allemands, français et italiens - le Grupo - qui, aux XVIIe et XVIIIe siècles, assuraient la sécurité des rois d'Espagne.

L'introduction de la conscription et la constitution d'armées nationales n'ont pas mis un terme à ce commerce guerrier. Il est toujours resté des hommes prêts à mettre leurs lames à la disposition de princes ou de pays étrangers ; et il est toujours resté des Etats pour recourir à leurs services. Quant aux grandes nations impérialistes, elles ont levé des troupes indigènes (Sikhs et Gurkhas pour les Britanniques, Marocains et Sénégalais pour les Français) auxquelles on peut aisément accorder le statut de mercenaires.

Le nombre de soldats ainsi recrutés a cependant chuté. Aux milliers de mercenaires européens des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles ont succédé des bataillons moins étoffés, avec l'entrée en vigueur de la conscription obligatoire dans les Etats-nations. Depuis la Seconde Guerre mondiale, les mercenaires n'opèrent plus qu'en petits groupes : quelques centaines au Katanga en 1961 et au Biafra en 1968, quelques dizaines aux Comores en 1978, au Tchad en 1982 et en Sierra Leone en 1995.

Mais ces chiffres ne traduisent aucunement une crise des vocations. Au contraire : chaque période de démobilisation a vu le nombre de candidats s'accroître. La fin des guerres de décolonisation a déversé sur le marché un nombre considérable d'anciens soldats désireux de se lancer dans de nouvelles aventures. Bob Denard, qui demeure la figure emblématique du mercenariat francophone de l'après-guerre, n'a jamais eu de difficultés à s'entourer d'hommes prêts à faire le coup de feu en terres étrangères. Ses rabatteurs parisiens et bruxellois n'avaient souvent que l'embarras du choix. De l'autre côté de l'Atlantique, on constatait le même empressement. Les démobilisés, en particulier de l'US Army et du corps des Marines, se sont toujours bousculés pour proposer leurs services. Soldiers of Fortune, la revue désormais mythique du colonel Rob Brown, a même longtemps constitué le point de départ incontournable de toute carrière de mercenaire aux Etats-Unis.

Aujourd'hui, la profession de «chien de guerre» n'a rien perdu de son attrait, d'autant que le mouvement de démobilisation s'est accéléré : entre 1987 et 1997, les effectifs cumulés des armées américaine, soviétique/russe, française et britannique ont littéralement fondu, passant de 5,23 à 1,24 million d'hommes; et, entre 1987 et 1994, le volume global des forces militaires dans le monde a diminué de 28,3 à 25,3 millions d'hommes.

Dans les rangs récemment grossis des candidats au mercenariat, on retrouve des anciens des troupes d'élite occidentales (SAS britanniques, débauchés des forces spéciales israéliennes, parachutistes et légionnaires français, para-commandos belges ...) ainsi que les inévitables aventuriers sans le sou, traîne-rangers impénitents. Mais, à leurs côtés, combattent désormais de nouvelles recrues aux compétences forgées en Europe, en Afrique, en Asie, en Amérique latine ou au Proche-Orient. Les armées de l'ex-bloc de l'Est, en particulier, offrent d'immenses réservoirs de recrutement. Les motivations de ces milliers de Russes, d'Ukrainiens et de Baltes rendus à la vie civile sont essentiellement financières. Dénués de scrupules mais compétents, ces hommes sont capables de conduire des opérations de guerre, d'encadrer des troupes indigènes et de mettre en oeuvre les armements modernes dont s'équipent les pays en guerre. Ces mercenaires de l'Est pilotent les hélicoptères de combat, les avions de transport et les chasseurs bombardiers retirés du service en Pologne ou en Russie, et achetés par leurs commanditaires sur le florissant marché de l'armement d'occasion. Ils servent également sur des sites de détection, de télécommunication ou de tir de missiles sol-sol ou sol-air. Durant la guerre du Congo-Kinshasa, par exemple, tous les belligérants ont eu abondamment recours à des pilotes russes ou ukrainiens.

Dernièrement, à Moscou, les députés de la Douma (la chambre basse du Parlement) se sont inquiétés du recrutement, par les Etats-Unis, d'anciens combattants russes de la guerre d'Afghanistan, tout en reconnaissant, à l'instar du président de la commission de la Défense, Andreï Nikolaïev, qu'il n'y a pas de lois en Russie régissant le recrutement des citoyens en temps de paix. Il aurait pu ajouter que ces anciens soldats russes se trouvent aux commandes des chars T55 et T62 de l'Alliance du Nord, livrés par Moscou à l'opposition afghane. Pour en terminer avec cette brève évocation du chapitre afghan, rappelons que les Talibans n'ont pas été en reste : des milliers de «volontaires islamistes » ont lutté dans leurs rangs. Près de 2000 d'entre eux ont d'ailleurs été pris au piège dans la poche de Kunduz. La plupart de ces mercenaires de circonstance, mal armés, sans entraînement, provient du Pakistan. La liste serait incomplète si l'on ignorait les hommes de la 55e brigade, la garde prétorienne de Ben Laden, des mercenaires aguerris et bien équipés, venant de Tchétchénie, d'Algérie et d'Egypte - au total d'une douzaine de pays. L'un des principaux chefs de guerre indépendantistes de Tchétchénie, le Jordanien Khattab ferait partie du lot.

L'évolution des conflits dans les Balkans a par ailleurs jeté sur le marché de nombreux combattants serbes. Le premier déploiement de mercenaires serbes a eu lieu au Zaïre, peu avant la chute de Mobutu, en 1997. Certains ont fugacement refait surface, la même année, au Congo-Brazzaville, au service du président déchu Lissouba, puis en périphérie de l'archipel des Comores, lors de l'épisode sécessionniste d'Anjouan.

Enfin, de gros contingents de mercenaires sud-africains sont apparus au début des années 90, après la libération des chefs historiques des mouvements de lutte anti-apartheid (ANC, PAC) et l'accession à la présidence de l'Afrique du Sud de Nelson Mandela. L'Afrique du Sud a toujours été un grand pourvoyeur de soldats de fortune. Certains d'entre eux se battaient déjà au Katanga en 1960 ; d'autres, commandés par Mike Hoare, ont tenté un coup d'Etat aux Seychelles en 1981. Mais le mouvement n'a pas tardé à s'amplifier. D'une part, les forces de sécurité sud-africaines n'avaient plus besoin d'autant de troupes après la pacification des conflits régionaux d'Angola, de Namibie et du Mozambique et la fin de la lutte armée initiée dans les années 80 au coeur même du pays de l'apartheid. D'autre part, l'armée de la nouvelle Afrique du Sud se devait d'intégrer les anciens des mouvements de libération. D'où la démobilisation massive de soldats blancs rompus à la guerre conventionnelle et à la lutte anti-guérilla. Ces hommes, dont certains ont vu le feu pour la première fois en 1975, en Angola, appartenaient à des unités très spécifiques de la SADF : 44e brigade aéroportée, commandos de reconnaissance (les Recces) et 32e bataillon (ou Buffalo Battalion, encadré par des officiers blancs sud-africains et composé de troupes noires d'origine angolaise). Dans les rangs de ces unités ont servi des mercenaires rhodésiens repliés sur l'Afrique du Sud à partir de 1979. Tous ces hommes disposent d'une indéniable expérience, d'une maîtrise réelle des technologies militaires récentes et d'un incomparable entraînement aux conditions du combat en milieu africain.

D'anciens cadres du 32e bataillon (qui comparaient volontiers leur unité à la Légion étrangère française) ont profité de cette vague de retours à la vie civile pour mettre en place des structures fixes de recrutement et pour systématiser la recherche de contrats. Le mercenariat est devenu une affaire d'entrepreneurs. Pour paraphraser François-Bernard Huyghe, les nouveaux mercenaires allaient se mettre à «gérer le sang comme de bons managers».

« Gérer le sang comme de bons managers»

En cela, les anciens du 32e bataillon ne faisaient que reprendre l'idée de Bob Denard qui, tôt dans sa carrière, avait souhaité disposer d'une base arrière permanente. Une base chargée d'assurer le recrutement et l'activation rapide de contingents mercenaires et capable de fournir à tout moment la logistique permettant de monter une opération (fonds, armement, matériel de campagne, transmissions ...) Bob Denard avait réussi à concrétiser son projet au cours de sa seconde aventure comorienne (1978-1989). Epaulé par la South African Defence Force (SADF), le mercenaire français, un peu lassé de jouer le corsaire pour Paris, avait mis sur pied une garde présidentielle (GP) chargée de la protection du président Abdallah. Forte d'un demi-millier d'hommes, cette GP était encadrée par une vingtaine d'Européens. Son financement était assuré par les Sud-Africains. Le colonel Denard avait ainsi à sa disposition des hommes entraînés, de l'armement (de provenance chinoise), des véhicules ... Lorsque le financement sud-africain a commencé à diminuer, Bob Denard s'est transformé en homme d'affaires, d'abord en tentant d'attirer des investisseurs dans l'archipel, puis en lançant sa propre compagnie : la Société générale comorienne. Cette SOGECOM assurait, entre autres, la sécurité, le transport des touristes et l'approvisionnement des deux hôtels ouverts en 1988 par Sun International, la chaîne hôtelière sud-africaine, sur l'île de la Grande Comore.

La base arrière du chef mercenaire a été activée en 1982 lorsqu'un petit groupe de mercenaires de la GP comorienne a repris en main les troupes tchadiennes et contre-attaqué pour mettre un frein à l'avance libyenne. Trois officiers de la GP avaient en fait rejoint le Tchad en octobre 1981 pour encadrer des troupes d'Hissène Habré. Le 9 avril 1982, le contingent tchadien commandé par 9 mercenaires enlève Abéché mais tombe dans une embuscade tendue par les troupes du rebelle Goukouni Ouedeï. Un mercenaire français est tué, ainsi qu'une cinquantaine de Tchadiens. Cette structure aurait dû reprendre du service en 1990 dans le cadre d'une action d'envergure sur les îles Vanuatu. L'opération, baptisée «Aramis», prévoyait l'envoi d'un contingent de mercenaires européens et comoriens pour libérer un leader francophone emprisonné et le porter au pouvoir. Deux officiers de la GP avaient effectué une reconnaissance et bâti un scénario d'attaque par la mer. La mort suspecte du président Abdallah en 1989, les pressions sud-africaines et finalement l'intervention militaire française ont fait échouer ce projet que Denard avait monté dans le plus grand secret et qu'il aurait pu exécuter sans recourir à une logistique extérieure.

En Afrique du Sud, les officines de recrutement aux méthodes un peu surannées ont fait place, au tout début des années 90, à de véritables entreprises qui ont su profiter de l'essor du marché de la sécurité privée pour s'établir et avoir pignon sur rue. Les sociétés de gardiennage pouvaient compter, à la fois, sur un afflux continu de clients apeurés par la hausse dramatique de la délinquance dans les métropoles sud-africaines et sur une main-d'oeuvre expérimentée. Des milliers d'anciens de la SADF et de la police sont devenus vigiles ou gardes du corps au sein de firmes puissantes. Coin Security, basée à Pretoria, disposait de ses propres hélicoptères et de blindés légers. La compagnie CPS (Community Protection Services), basée à Johannesburg, avait été homologuée par le ministère de la Défense : son «A grading» lui permettait d'équiper ses hommes de fusils d'assaut et d'opérer sur des fréquences radio réservées.

Parmi les centaines de sociétés de sécurité existantes, quelques-unes se sont organisées pour répondre à des contrats plus juteux mais surtout plus «martiaux ». Certaines, qui avaient conservé des liens occultes avec l'establishment sécuritaire blanc, ont été impliquées dans des opérations de déstabilisation politique. D'autres, plus affairistes - et on allait retrouver à leur tête les grands noms de la génération montante du mercenariat - lorgnaient vers le nord. Au-delà du Limpopo, il y avait en effet des contrats à décrocher. D'où l'urgence d'avoir hommes, armes et véhicules disponibles à tout moment, de manière à pouvoir réagir plus vite que les forces nationales ou internationales.

L'explosion de la demande

Ce boom de l'offre a été d'autant plus spectaculaire qu'il a coïncidé avec un accroissement de la demande. En premier lieu, les pays membres de l'Otan, la principale alliance militaire du globe, sont de plus en plus réticents à engager des troupes régulières dans le cadre des missions de maintien ou d'imposition de la paix sur des terrains où la théorie du «zéro mort» est difficilement applicable. Les exemples de la Somalie, où seize militaires américains ont trouvé la mort dans des conditions atroces, ou encore du Rwanda, où dix para-commandos belges ont été assassinés en 1994, continuent à inhiber les états-majors même s'il faut citer deux exceptions notables : l'actuelle mission d'interposition des Casques bleus néerlandais pour préserver le cessez-le-feu entre l'Erythrée et l'Ethiopie et l'expédition britannique en Sierra Leone. Au demeurant, dans les dispositifs de défense mis en place par les Etats-Unis (African Crisis Response Initiative) ou par la France (Renforcement des capacités africaines de maintien de la paix), on assiste à une privatisation croissante de l'assistance technique nécessaire à ce genre de mission de formation des armées africaines. C'est ainsi que la firme américaine Military Professional Resources Inc. (MPRI), qui recrute d'anciens officiers du Pentagone, après s'être occupée de la formation de l'armée croate, s'est vu confier celle de l'armée nigériane. L'avantage, pour l'Etat commanditaire, est évident : les exécutants appartenant à la sphère du privé, il a moins de comptes à rendre aux opinions publiques et aux parlements. Ces individus ou ces compagnies ne sont pas soumis aux mêmes contraintes, en termes de discipline ou de déontologie, que des militaires de carrière et, en cas d'échec, on pourra toujours plaider la «bavure». En outre, comme le fait remarquer le fondateur de la compagnie britannique Sandline, le colonel Tim Spicer, héros de la guerre des Malouines et ancien porte-parole des forces de l'ONU en Bosnie : «Si les personnels de nos compagnies militaires privées sont tués, cela n'a pas le même impact émotionnel que la mort de soldats des forces nationales.» Au fil des années, certaines puissances de premier rang ont peu à peu délégué leur monopole étatique de la violence militaire à des intermédiaires privés. Le politologue du Centre d'études et de recherches internationales (CERI), Richard Banégas, considère cette tentation de la sous-traitance comme l'émanation d'une «gouvernementalité indirecte ».

Un second facteur a favorisé le recours au privé : la conjonction entre le besoin des multinationales de garantir la sécurité de leurs opérations dans des zones instables et l'effondrement de nombre d'Etats du tiers monde dont les dirigeants, souvent corrompus, sont incapables d'assurer le fonctionnement d'une armée digne de ce nom. En Angola, le départ du gros du contingent cubain de 40 000 hommes, à la suite des accords de paix de Bicesse de 1991, a joué un rôle de déclic supplémentaire. Ce retrait a placé l'Etat angolais en posture difficile lors de la reprise de la guerre par l'UNITA après les élections présidentielle et législatives contestées d'octobre 1992. C'est alors que le gouvernement a décidé de faire appel à la firme sud-africaine Executive Outcomes. EO, qui a démarré ses activités en 1993 en tant qu'entreprise de gardiennage des installations pétrolières, n'a pas tardé à mener des offensives décisives contre les rebelles de l'UNITA. Les victoires remportées par Executive Outcomes, à coup de bombes au phosphore et d'attaques aériennes nocturnes, ont acculé le mouvement de Jonas Savimbi à signer l'accord de paix de Lusaka en novembre 1994. Popularisés par le marketing agressif de cette entreprise qui possédait sa propre agence de communication, ces succès militaires ont débouché sur la signature d'autres contrats importants, notamment en Sierra Leone.

En 1996, face à l'offensive de l'Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre (AFDL) de Laurent Kabila, mise sur orbite par le Rwanda et l'Ouganda, avec la bénédiction de la société American Mineral Fields qui convoitait le cobalt et le cuivre du Katanga, Mobutu, dont l'armée était en déliquescence, a été, lui aussi, contraint de recourir aux mercenaires. Mais faute de moyens financiers, les tractations engagées par ses lieutenants avec l'entreprise sud-africaine Stabilco échouèrent. Ils durent alors se rabattre sur une main-d'oeuvre de moindre qualité : d'un côté, le papy mercenaire belge Christian Tavernier, survivant de la sécession katangaise et de la lutte contre les guérilleros mulélistes dans les années 60 et, de l'autre, les mercenaires serbes du colonel Dominic Yugo. La chute de Kisangani, en mars 1997, face à des adversaires motivés, nombreux, disciplinés et, par surcroît, puissamment soutenus par les Etats-Unis s'est transformée en Bérézina pour la vieille génération mercenaire liée aux réseaux déclinants de la Françafrique.

Echange protection contre concessions minières ...

Ressort non négligeable de l'expansion mercenaire en Afrique au cours des années 90, la fragilité des Etats a permis à quelques compagnies militaires privées, associées à des intérêts miniers, de faire main basse dans des conditions léonines sur des concessions minières. L'un des cas les plus flagrants est celui de l'Angola, où la firme belgo-néerlandaise IDAS et la «junior mining company» canadienne DiamondWorks - dont l'un des principaux actionnaires n'était autre que l'ancien SAS britannique Tony Buckingham - ont ouvert le marché de la guerre à Executive Outcomes et ont fait l'acquisition de mines de diamants s'étendant sur plusieurs milliers de km2. Dans un deuxième temps, American Mineral Fields a absorbé son partenaire IDAS, dévoilant du même coup le véritable objectif de l'opération.

La Sierra Leone offre, elle aussi, un exemple frappant de la confusion des intérêts mercenaires et miniers. Ainsi, peu après que sa compagnie eut conclu un contrat en 1995 avec le gouvernement de Freetown pour combattre les rebelles du Revolutionary United Front (RUF), le flamboyant numéro un de Executive Outcomes, Eben Barlow, devenait actionnaire de DiamondWorks qui, elle-même, obtenait des concessions dans le pays. Un mois après la prise de contrôle des zones diamantifères par EO, une autre compagnie minière, Branch Energy Ltd, à la tête de laquelle on retrouvait l'ex-SAS Buckingham, se voyait attribuer une concession pour 25 ans dans la zone. Le caractère incestueux de ces relations est confirmé par le fait qu'un troisième partenaire de Barlow et Buckingham, Simon Mann, le président de Ibis Air, la compagnie privée dont Buckingham fut PDG et qui transporta d'Afrique du Sud vers la Sierra Leone les 200 mercenaires recrutés pour l'opération par EO, a acquis 50 000 actions de DiamondWorks... Deux ans plus tard, en novembre 1997, le directeur en Sierra Leone de la compagnie canadienne, Rupert Bowen, discutait avec le Haut-commissaire britannique sur place, Peter Penfold, des préparatifs d'une opération consistant à faire livrer des armes aux partisans du président élu et renversé, Ahmed Tejan Kabbah, par la firme de sécurité britannique Sandline International. Et dans une interview à la chaîne de télévision canadienne CBC, le PDG de DiamondWorks, Bruce Walsham, reconnaissait que sa compagnie et Sandline partageaient les mêmes bureaux à Freetown.

Au Congo-Brazzaville, en septembre 1997, la société israélienne de sécurité Lev'Dan, dirigée par le général de réserve Ze'ev Zakrin, l'homme qui a formé au Sud-Liban la milice responsable des massacres de Sabra et de Chatila, a obtenu du président Pascal Lissouba la moitié des parts dans le permis pétrolier Marine III, dans le cadre d'une joint venture avec deux autres sociétés israéliennes : l'Isramco et l'Israel Petroleum Corporation. Il s'agissait, pour Lissouba, de compenser l'incapacité de son gouvernement à régler les échéances du contrat de 50 millions de dollars conclu avec Lev'Dan en 1994.

Nul doute que ces pratiques ont inspiré le chef de l'Etat zimbabwéen, Robert Mugabe. En échange de la protection prodiguée par son armée au régime chancelant de Kinshasa, celui-ci a obtenu pour une société privée, comprenant des généraux et d'autres officiels zimbabwéens et associée à la famille Kabila ainsi qu'au fils d'un ancien ministre omani, les réserves diamantifères les plus importantes du Kasaï oriental. De facto, dans cette affaire, sous couvert d'intervention au service d'un «pays ami agressé» dans l'esprit du panafricanisme, l'armée zimbabwéenne, agissant pour des intérêts privés, a joué un rôle mercenaire. Cela n'a pas empêché le régime de Hararé de faire appel à des individus et à des sociétés privées pour mener des opérations indispensables à la poursuite de la guerre. Le fait a été dénoncé en termes généraux en janvier dernier par le rapporteur spécial de la Commission des droits de l'homme de l'ONU «sur la question de l'utilisation de mercenaires comme moyen de violer les droits de l'homme et d'empêcher l'exercice du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes». Et Enrique Bernales Ballesteros de poursuivre : «On a signalé la présence de combattants mercenaires recrutés par des entreprises de sécurité militaire, dont l'intérêt premier demeure la région de Mbuji-Mayi, capitale des diamants de la province du Kasaï occidental. Le Rapporteur spécial a reçu des informations signalant que des entreprises de sécurité militaire et des compagnies aériennes de fret immatriculées dans l'Etat du Nevada (Etats-Unis d'Amérique), dans les îles Anglo-Normandes et principalement en Afrique du Sud dans la province de Gauteng et au Zimbabwe, se livrent au transport de troupes, d'armes, de munitions et de diamants. Il a même été signalé qu'une de ces compagnies participait à des opérations de bombardement aérien. Pour ce faire, elles comptent dans leurs rangs des mercenaires, pilotes et membres d'équipage de nationalité ukrainienne notamment...». Quelques mois plus tard, le Financial Times dévoilait l'existence d'un contrat signé en septembre 1999 entre Joseph Kabila, alors chef d'état-major de l'armée de son père, et un ancien militaire britannique, Andrew Smith, opérant à partir du Zimbabwe. Le document précise que la firme de Smith, Avient, fournira un Antonov 12 et que «l'équipage sera prévenu qu'il opérera le long des lignes ennemies et derrière elles en soutien aux troupes au sol contre les forces d'invasion. Il est spécialement entendu que l'équipage entreprendra des missions de largage». Selon le quotidien britannique, cette même firme a réparé un hélicoptère MI24 de l'armée congolaise et lui a fourni un équipage. L'octroi du monopole de la commercialisation du diamant congolais, en juillet 2000, à la société israélienne IDI Diamonds ne relève pas non plus de la coïncidence : l'un de ses représentants a confirmé l'information fournie par un conseiller de la présidence congolaise à la presse selon laquelle cette société a servi d'intermédiaire entre le régime de Kinshasa et une firme israélienne de sécurité privée. Rappelons que, en Afrique, les mercenaires ukrainiens sont présents sur la plupart des fronts, y compris en RDC où ils pilotent les avions du rebelle Jean-Pierre Bemba. Et ils ne sont pas les derniers à s'intéresser aux diamants, comme l'a démontré l'arrestation, le 5 août 2000, d'un mercenaire de nationalité ukrainienne résidant au Libéria qui était en possession de grandes quantités de diamants, de cocaïne et d'armes.

Le créneau humanitaire

La débâcle de l'ONU a ouvert un autre créneau aux compagnies militaires privées : celui de l'humanitaire. En 1992, le ministre français de la Santé, Bernard Kouchner, a fait approcher Bob Denard pour protéger des convois en Somalie - un pays où MSF-Belgique avait admis avoir chargé des milices locales de sécuriser ses activités. A la décharge des ONG, dont beaucoup demeurent encore attachées au principe de la neutralité du personnel humanitaire, ce type de démarche peut s'expliquer par le besoin d'avoir accès aux victimes. D'autant qu'elles doivent s'adapter aux pressions et à l'évolution des mentalités chez les donateurs dont certains déroulent le tapis rouge devant les mercenaires. Depuis la mi-1997, le plus officiellement du monde, la Defense Intelligence Agency (DIA) américaine a organisé des séminaires auxquels ont été conviés les ténors du nouveau mercenariat - le Sud-Africain Eben Barlow de Executive Outcomes, le colonel Tim Spicer de Sandline et le lieutenant-général en retraite Ed Soyster de MPRI - en compagnie de représentants du Pentagone, des sociétés pétrolières Exxon et Texaco, des attachés militaires angolais, zambien, ougandais et guinéen, et de responsables d'ONG telles que World Vision ou Human Rights Watch ainsi que d'agences de l'ONU comme l'Unicef ou le Haut-commissariat aux réfugiés.

La Commission européenne elle-même, dans un document de travail daté du 14 mai 1998 intitulé «Security of Relief Workers and Humanitarian Space », évoque la nécessité de la mise en place de centres de sécurité de terrain pour protéger les travailleurs et les opérations humanitaires, sous la responsabilité d'agences de l'ONU ou d'ONG, en précisant qu'ils devraient inclure des professionnels de la sécurité. Le pli fut pris il y a neuf ans par le commissaire européen en charge de l'European Community Humanitarian Office (ECHO), Manuel Marin, qui se fit escorter par d'anciens SAS britanniques en Somalie. En 1997, lors d'une visite-éclair toujours en Somalie, sa collègue Emma Bonino était, elle, protégée par des mercenaires serbes... «Le secteur privé et des forces spéciales devraient être mobilisés davantage qu'aujourd'hui pour la mise au point de plans de sécurité», suggère encore le document de la Commission. L'ONU, qui a recouru notamment aux services de la compagnie britannique de sécurité Defence Systems Ltd (DSL) pour protéger ses installations en Angola ou au Congo-Kinshasa, n'est pas en reste : «Le recours à des compagnies privées pour protéger les travailleurs humanitaires est une formule qu'il faut explorer à l'heure actuelle. D'ailleurs, le secrétaire général n'y est pas a priori opposé», déclarait le secrétaire général adjoint de l'ONU pour les affaires humanitaires, Sergio Vieira de Mello, lors d'une conférence de presse à Bruxelles le 29 novembre 2000.

« Réhabiliter la notion de mercenariat»

Les néo-mercenaires bénéficient aujourd'hui d'une reconnaissance, d'une légitimation et d'un contexte idéologique favorable qu'ils ont largement contribué à créer. Au point que l'un de leurs principaux pourfendeurs, le rapporteur spécial de la Commission des droits de l'homme de l'ONU, Enrique Bernales, prenant en compte la nouvelle donne, a mis progressivement de l'eau dans son vin. Dans son dernier rapport datant de janvier 2001, il écrit : «Il ne s'agit donc pas d'interdire les activités qu'une entreprise privée peut assurer en matière de sécurité, mais de fixer des limites claires et précises, la principale étant d'interdire la formation d'armées privées (...). L'opinion générale, favorable à la réglementation et à la surveillance des activités de ce type d'entreprise, ne demande pas leur suppression ni le maintien du monopole ou de l'exclusivité de l'Etat en matière de sécurité, mais tient en revanche à empêcher que ces entreprises n'interviennent directement dans des conflits armés (...).»

A quelques variantes près, les discours de Barlow, de Spicer et de leurs émules sont bien plus en phase avec l'idéologie dominante que les propos matamoresques, sentimentaux et parfois cocardiers d'un Denard, en particulier dans le monde anglo-saxon du tout privatisable. Barlow et d'autres invoquent comme caution intellectuelle les futurologues Alvin et Heidi Toffler, lesquels préconisent de «créer des forces de mercenaires volontaires organisées par des entreprises privées pour mener des guerres sur une base contractuelle pour le compte des Nations unies». L'argument massue est l'avantage comparatif en termes de coût/efficacité des opérations privatisées par rapport à celles de l'ONU, dont les acteurs sont soumis, par surcroît, à des règles d'engagement inhibitrices. Michael Grunberg, qui a travaillé à la fois pour Sandline International et DiamondWorks, prétend sans sourciller que, moyennant un investissement de 5 milliards de francs, l'on pourrait mettre fin à la totalité des conflits en Afrique. D'autres, comme le polémologue sud-africain Doug Brooks ou le journaliste américain Herb Howe, dont les articles élogieux pour la profession ont été repris sur les sites Internet de Sandline et de EO, soutiennent que les néo-mercenaires, pudiquement rebaptisés «pourvoyeurs de services militaires», offriraient le moyen de résoudre les problèmes économiques de l'Afrique en sécurisant les investissements sur ce continent à risques.

Pour cette école de pensée, la sécurité n'est autre qu'une marchandise dont le commerce doit être libéralisé. En France, des voix s'élèvent pour plaider, au nom du respect des droits de l'homme, la cause des forces armées privées. Plutôt que de les condamner, «il semble plus judicieux d'en exploiter les avantages et d'en organiser le contrôle international», conseille Jean Marguin, chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique. Et de défendre la nécessité d'«assainir et de réhabiliter la notion de mercenariat sous sa forme entrepreneuriale», de dénationaliser certaines tâches, suivant en cela l'exemple «pionnier» du Royaume-Uni où le gouvernement a engagé un processus d'«externalisation» des services de la défense en confiant au privé des tâches dans le domaine de la logistique, de l'instruction, de la formation, de l'entretien des infrastructures et de l'intendance. Marguin conclut son plaidoyer par ces questions : «Les grands industriels [français et européens] de l'armement et des services sauront-ils, en association avec les banques d'affaires, proposer aux Etats des solutions clés en main fiables et moralement acceptables pour les décharger de lourds investissements et de tâches “périphériques” ? Seront-ils assez réactifs pour ne pas être distancés par leurs concurrents anglo-saxons qui, pour certains d'entre eux, sont déjà en place ?»

Par souci de respectabilité, cette nouvelle génération tient à faire savoir qu'elle agit dans le cadre strict de la légalité. «Je ne travaille qu'avec des gouvernements légitimes », assure un Spicer, qui cultive le genre BCBG et un sens aussi aigu que glacé de l'euphémisme. «Nos opérations sont conduites dans la légalité et le professionnalisme. Nous respectons les droits de l'homme. ArmorGroup souscrit au Code de conduite de la Croix-Rouge Internationale », proclame cette société américaine qui a fusionné avec le géant britannique DSL et se targue de compter parmi ses clients des gouvernements, des ONG et des sociétés dans 38 pays différents. Grunberg, qui figure avec Spicer parmi les hôtes des séminaires de la DIA, soutient que l'ONU fait désormais la distinction entre les mercenaires fous de la gâchette et les compagnies militaires privées comme Sandline qui recrutent dans les armées du «premier monde». Il confirme que les Nations unies envisagent la possibilité de recourir aux services de ce type de société pour mener leurs missions de maintien de la paix en Afrique et propose même aux autorités onusiennes de désigner des observateurs qui s'assureront que les règles d'engagement sont respectées sur le terrain.

Empires anglo-saxons contre PME françaises

Cette explosion des compagnies militaires privées a conduit à l'émergence de véritables empires financiers. Le montant total des contrats conclus entre 1993 et 1998 tourne, en effet, autour du milliard de dollars, soit l'équivalent du tiers du budget militaire annuel d'une puissance régionale comme l'Afrique du Sud. L'Angola a rapporté à la firme Executive Outcomes la bagatelle de 130 millions de dollars, somme à laquelle il convient d'ajouter 20 millions supplémentaires au titre du contrat sierra-léonais. A l'automne 1997, MPRI se flattait de posséder un carnet de commandes de 90 millions de dollars et affichait un chiffre d'affaires de 26 millions de dollars pour la seule année 1996. L'un des leaders du marché, Vinell Corporation, basée à Fairfax (Virginie), a remporté en 1997 un contrat de 163 millions de dollars pour le programme de modernisation de la Garde nationale d'Arabie Saoudite, dont l'effectif était à l'époque de 75 000 hommes. La même année, la société Dyncorp Leadership, domiciliée à Reston (Virginie), s'est vu confier deux contrats totalisant 48 millions de dollars pour la protection d'installations militaires au Qatar d'une part, pour la maintenance de la flotte de l'armée de l'air du Koweït et la formation de ses pilotes, d'autre part. En 1996, DSL, qui employait alors 4 000 personnes dans le monde, déclarait un bénéfice net de 33 millions de dollars, tandis que Sandline International avait conclu avec le gouvernement de Papouasie Nouvelle-Guinée un contrat de 30 millions de dollars pour liquider la rébellion sur l'île de Bougainville.

Mais la puissance économique et financière de ce secteur ne repose pas que sur les contrats, aussi faramineux soient-ils. On l'a vu : un certain nombre de ces firmes travaillent en cheville avec des sociétés minières et pétrolières et se font rémunérer en nature par l'octroi de concessions. Certaines, comme EO, sont aussi le fer de lance ou l'émanation de groupes bien plus importants : jusqu'à son auto-dissolution fin 1998, EO faisait partie d'un vaste holding, Strategic Resources Corporation, qui comprenait d'autres compagnies de sécurité, une compagnie aérienne, des sociétés de déminage, de construction, de communication, de forage, d'agrobusiness, de tourisme et de services médicaux.

En regard de ces «monstres» anglo-saxons, les compagnies françaises font figure de PME. L'une des plus performantes, GEOS, dont le directeur de projets n'est autre que le général Jean Heinrich, et dont la Lettre du Continent révèle qu'elle a été retenue par le groupement KBC (Kellog, Bouygues, Cegelec) pour la surveillance des installations pétrolières de Doba au Tchad, avouait un chiffre d'affaires de 9 millions de francs en 1999. Mais le général ne manque pas d'ambition : GEOS, qui compte dans ses rangs nombre d'anciens officiers, ambitionne de jouer pour le compte de la France un rôle équivalent à celui de MPRI aux Etats-Unis. Selon l'enquête menée par un chercheur de Paris-I, Jean-Philippe Daniel, GEOS aurait déjà des filiales en Angola, au Cameroun, au Mozambique et au Nigeria. Très active également, PHL Consultants, qui a fusionné avec Atlantic Intelligence (7 millions FF de chiffre d'affaires en 1999) en septembre 2000 et qui est dirigée par Philippe Legorjus, un ancien commandant du Groupe d'intervention de la gendarmerie nationale (GIGN), est en train de «faire son trou » : Legorjus a ses entrées au Medef (l'organisme du patronat francais) qui l'a invité en 1999 à tenir dans ses locaux une conférence sur «l'entreprise et ses prédateurs». PHL a été dernièrement choisi pour assurer la protection de l'oléoduc Doba-Kribi pour le groupement Spie-Capag/Willbros du côté tchadien. Du côté camerounais, la compagnie en charge de la protection du pipe-line n'est autre que Sécurité sans frontières, dirigée par Frédéric Bauer, un proche de Michel Roussin, ancien ministre de la Coopération et ancien colonel de la DGSE.

Cela dit, l'exemple anglo-saxon fait école. Ainsi, Eric SA - dirigée par Jean-Louis Chanas, un ancien officier de la DGSE qui recrute essentiellement des anciens du 2e Régiment étranger de parachutistes (REP) et du 17e régiment de génie parachutiste spécialisés dans la sécurisation d'implantations industrielles à l'étranger, notamment au Cameroun et en Algérie - est contrôlée par un grand groupe : VIGA Management de Vincent Gaillard (140 millions FF de chiffre d'affaires en 2000) dont les actions sont détenues par la société VIGA Finances basée au Luxembourg. International Logistics Security (ILS), la société de Nicolas Courcelle (frère de Bernard Courcelle, le chef du service d'ordre du Front national, le Département protection et sécurité, de 1994 à 1999), alias «Chabet», ancien du 2e REP et ex-dirigeant du Front national de la jeunesse, table également sur un fort développement. A l'instar de Defence Systems Limited qui, avant de fusionner en 1997 avec l'Américain ArmorGroup, avait créé une filiale française (la Compagnie internationale d'assistance spécialisée, sise à Lumio en Corse, à la porte de la caserne du 2e REP), ILS vient de se doter d'une filiale aux Etats-Unis. Cet essor coïncide avec la fonte des effectifs de l'Assistance militaire française en Afrique, passée de 714 postes en 1996 à 506 en 1999. Il reflète surtout l'ambiguïté de la politique officielle qui tolère que l'instruction et l'encadrement d'armées, de gendarmeries ou de gardes prétoriennes africaines soient assurés par des privés, issus de l'armée française. S'il est difficile de prouver que tous les contrats ont été conclus avec l'assentiment explicite du gouvernement français, de l'avis du général Henri Paris, rien ne s'est fait non plus contre la volonté du ministère de la Défense ...

Dyncorp en Colombie

La plupart de ces sociétés anglo-saxonnes ou françaises récusent naturellement l'étiquette de «mercenaires» et seules quelques-unes, comme Sandline ou EO, apparaissent ouvertement comme des compagnies militaires privées directement engagées dans des combats. La plupart se présentent plutôt comme des sociétés de conseil militaire, de soutien logistique, de protection de sites ou d'entreprises, voire d'analyse et d'anticipation des risques. Mais la séparation entre les missions affichées et la situation du terrain n'est pas toujours très évidente. Pour preuve, le cas de l'américaine Dyncorp qui mène, pour le compte de Washington, une guerre secrète contre les guérilleros marxistes des Forces armées révolutionnaires colombiennes (FARC) et leurs alliés guévaristes de l'Armée de libération nationale (ELN). Dyncorp met à la disposition de l'armée colombienne des pilotes censés arroser de défoliant et de pesticide les champs de pavot et de coca, dans le cadre de la lutte anti-drogue, ainsi que des instructeurs pour combattre les narcotrafiquants. Il en résulte des conséquences sociales et écologiques désastreuses, comme en témoigne un rapport du médiateur national, Eduardo Cifuentes Muñoz. Celui-ci fait état de dégâts considérables occasionnés aux autres végétaux et d'un accroissement de la mortalité du bétail du fait de la contamination des nappes phréatiques par les épandages de produits toxiques. Parallèlement, les vétérans américains - des anciens du Vietnam et du Golfe - ainsi que leurs collègues argentins, guatémaltèques, péruviens et salvadoriens, effectuent des missions de lutte anti-guérilla. En février 2001, selon l'envoyé spécial du quotidien barcelonais La Vanguardia, les rebelles ont abattu l'un de leurs appareils au cours d'une opération de fumigation. A entendre Luis, l'un des pilotes, les missions imparties sont peu équivoques : «Es-tu disposé à intervenir au cours d'opérations militaires en Colombie ?» lui a-t-on demandé avant de le convoquer dans les bureaux de Dyncorp sur la base Patrick de l'US Air Force à Cocoa Beach (Floride). Le but de l'opération consiste à contourner les limites strictes imposées par le Congrès au déploiement de militaires américains dans ce pays. Elle s'avère, en tout cas, très lucrative : le gros des 1,3 milliard de dollars alloués au «Plan Colombie» de lutte anti-drogue tombe dans l'escarcelle de Dyncorp et de sociétés du même genre. Les mercenaires et leurs parrains ont d'ailleurs le bras long : la police colombienne avait commencé par exprimer ses réticences face à l'intervention dans la lutte anti-drogue d'une entreprise échappant à son contrôle. Mais Washington a conditionné toute son aide financière à Bogota à la présence de Dyncorp dans le pays. Comme quoi une guerre peut en cacher une autre. La Colombie en offre une autre illustration. Sous prétexte d'assurer la protection de ses installations pétrolières dans la région du Casanares, British Petroleum, qui avait déjà conclu en 1992 un contrat avec DSL, a mis quatre ans plus tard d'anciens SAS à la disposition de la police locale pour la former à la lutte anti-guérilla. Très liée à la CIA, Wackenhut, qui emploie 30 000 personnes à travers le monde pour protéger des ambassades américaines, veiller à la sécurité de l'oléoduc de l'Alaska, et assumer la gestion des prisons privatisées aux Etats-Unis, a réalisé d'autres types de missions sans doute moins avouables : son ex-directeur des opérations internationales, Ernesto Bermudez, a admis dans une interview au magazine américain Spy que, en 1985 et 1986, il avait commandé une troupe de 1 500 hommes au Salvador alors encore en pleine guerre civile. Pour quoi faire ? «Des choses dont vous ne voudriez pas mettre au courant votre mère», répondit Bermudez évasif...

Des passerelles existent entre les différents métiers. Au Rwanda, en 1996, agissant sur ordre du Pentagone, l'entreprise de déminage américaine Ronco a fait prodiguer un entraînement de commando par des anciens des Special Forces à des militaires rwandais qui devaient s'illustrer par la suite dans la conquête du Zaïre. Les sociétés de gardiennage offrent aux mercenaires des « métiers d'attente» et constituent un vivier où l'on vient puiser pour d'autres tâches. Au Gabon, par exemple, la Garde présidentielle, équipée de blindés légers, recrute dans les rangs de la Société gabonaise de services (SGS), une compagnie de gardiennage locale. Le destin de Pat Wells, ancien soldat britannique ayant servi dans la Légion est assez emblématique : après avoir travaillé comme vigile dans le temple du rugby qu'est le stade de Twickenham, l'homme s'est retrouvé sur le front croate au début des années 90. Quant aux anciens SAS britanniques embauchés en 1987 par la firme KAS Enterprises pour combattre les braconniers dans les parcs nationaux d'Afrique du Sud, cerrtains furent recyclés dans les escadrons de la mort du régime de l'apartheid : la «Third Force».

Soutien à des insurrections

La réalité du néo-mercenariat est donc moins idyllique que ce que voudraient faire croire les ténors de la profession et leurs thuriféraires. La coïncidence entre les opérations mercenaires menées par Executive Outcomes, Lev'Dan, IDAS ou Sandline et l'octroi de concessions minières ou pétrolières à des compagnies dont sont actionnaires les condottieres eux-mêmes, a conduit un certain nombre d'intellectuels africains à dénoncer cette forme brutale de recolonisation de leur continent. Et pour ce qui est de la prétention à la respectabilité des néo-mercenaires qui, à l'instar de Spicer, affirment ne travailler qu'avec des gouvernements «légitimes», elle a été à plusieurs reprises démentie par les faits. Une enquête de la Chambre des Communes a démontré, en juillet 1998, que Sandline a violé l'embargo des Nations unies sur les livraisons d'armes à la Sierra Leone afin de renverser le régime en place. Elle a également révélé que, l'année précédente, la firme britannique avait mené une étude de faisabilité pour le compte d'un magnat thaï, établi au Canada, qui convoitait des mines de diamant. Cet homme d'affaires était recherché par la justice de son pays pour avoir détourné plusieurs dizaines de millions de dollars au détriment d'une banque de Bangkok. Plus tard, Sandline a tenté, mais sans succès, de s'ingérer dans la guerre des Balkans en démarchant les Occidentaux pour qu'ils financent son projet d'opération de soutien à l'UCK, «un mouvement de libération authentique et reconnu internationalement» (sic). Et à Conakry, l'antenne locale de la DIA a favorisé le recrutement de pilotes par une compagnie aérienne privée qui assure l'approvisionnement en armes des rebelles du LURD (Liberians United for Reconciliation and Democracy), en lutte contre le régime de Charles Taylor, confie un informateur ayant séjourné en août dernier dans la capitale guinéenne.

Droits de l'homme : des voeux pieux aux voies de fait

Même si certains néo-mercenaires se disent prêts à se conformer à des codes de bonne conduite, le respect des droits de l'homme ne figure pas en tête de leurs priorités. C'est ainsi que les mercenaires d'EO ont été accusés en 1996 par les rebelles du RUF sierra-léonais, eux-mêmes rendus tristement célèbres par les mutilations qu'ils infligent à leurs victimes, d'être «les hommes les plus cruels que l'histoire ait engendrés» pour avoir semé quantité de mines antipersonnel autour des concessions diamantifères de Kono. On peut également avoir des doutes quant à la prétention de certains instructeurs de compagnies privées à enseigner les valeurs humanistes à leurs élèves. En Colombie, où des militaires et des policiers ont été formés par des SAS britanniques, l'ombudsman du gouvernement pour les droits de l'homme a reçu en 1996 pas moins de 169 plaintes concernant les forces militaires et paramilitaires locales impliquées dans des cas d'assassinats, de disparitions et de tortures. De même, les principes de discipline et de démocratie, qu'étaient censés répandre au sein de l'armée croate les anciens officiers du Pentagone recrutés par MPRI, se sont évaporés lors de l'opération « Lightning Storm» lancée en 1995 dans la Krajina. Véritable épuration ethnique, elle s'est soldée par le pillage et l'incendie de plusieurs villages serbes, des centaines de victimes et quelque 170 000 réfugiés, selon le journaliste américain, Ken Silverstein. Dans un mémorandum adressé au rapporteur spécial de l'ONU sur l'utilisation des mercenaires ainsi qu'au ministre canadien des Affaires étrangères, Lloyd Axworthy, trois ONG canadiennes ont dénoncé l'an dernier le recours à la compagnie de sécurité canadienne John Van Nostrand Associates Ltd par la société sud-africaine Goldfields Ghana ; et cela, pour relocaliser de force 20 000 personnes dans le district de Tarkwa dans l'ouest du Ghana. La compagnie en question «procéda à la destruction des maisons et des écoles et interdit la culture des champs, ce qui provoqua des affrontements violents où des civils furent tués», relatent les auteurs du rapport.

A fortiori lorsqu'elles s'accompagnent de violations des droits de l'homme ou qu'elles servent un projet insurrectionnel, les opérations des néo-mercenaires sont loin d'avoir le caractère stabilisant que revendiquent leurs promoteurs. L'intervention de Sandline en Papouasie Nouvelle-Guinée en 1997 constitue, à cet égard, un cas d'école. Désireux d'écraser la rébellion sur l'île de Bougainville afin de permettre l'exploitation des mines de cuivre par une filiale du géant britannique Rio-Tinto, le gouvernement avait confié à Sandline la mission d'encadrer son armée et de lui apporter un soutien logistique et aérien pour une coquette somme de l'ordre de 200 millions de francs. Tim Spicer fit alors appel à ses amis de Executive Outcomes. Quelque 70 mercenaires débarquèrent à Port Moresby. Mais le gouvernement avait sous-estimé la jalousie des militaires locaux qui ne voyaient pas d'un bon oeil le gros du budget de la défense filer dans les mains d'étrangers. Le chef d'état-major, le brigadier-général Jerry Singirok, monta la population et l'armée contre le premier ministre, Sir Julius Chan. Le Parlement fut assiégé. Voyant son pays au bord de la guerre civile, le premier ministre fut contraint de démissionner. Quant aux mercenaires, ils durent quitter le pays sous les huées de la foule. Plus tard, on découvrit que tout ce désordre avait été favorisé par l'intervention du marchand d'armes britannique J&S Franklin dont les intérêts étaient liés à ceux de la firme de Hong Kong, Gurkha Security Guards (GSG). Cette dernière avait des comptes à régler avec Executive Outcomes et Sandline : GSG avait mal digéré son éviction de Sierra Leone par les Sud-Africains, en 1995, après la mort de son chef d'opérations, le colonel Bob Mc Kenzie. La vengeance étant un plat qui se mange froid, deux ans plus tard, une enquête du Parlement de Papouasie Nouvelle-Guinée révéla que le leader de l'insurrection, le brigadier-général Singirok, avait perçu 31 000 livres sterling sur un compte domicilié dans une agence londonienne de la Lloyds Bank de la part de J&S Franklin, avant qu'il ne passe à l'action pour faire annuler le contrat avec Sandline.

Constat identique au Nigeria : loin de calmer les esprits des hauts gradés, le contrat de formation conclu entre l'Etat et MPRI a plutôt tendance à les échauffer. Formés à West Point ou Sandhurst, les officiers estiment que le meilleur moyen de reprofessionnaliser le cadre et d'enrayer la corruption consiste à augmenter les rémunérations et à améliorer les équipements, plutôt que d'allouer plusieurs millions de dollars à des militaires venus d'Amérique. Dans certains cas, l'adjonction de l'élément mercenaire a même tendance à exacerber les conflits. Non sans raisons, l'organisation britannique de prévention des conflits International Alert constatait, début 2001, la présence de mercenaires et de pourvoyeurs de services privés de sécurité dans presque tous les affrontements armés de ces dernières années : Afghanistan, Angola, Arménie, Bosnie-Herzégovine, Tchétchénie, Colombie, Congo-Brazzaville, République démocratique du Congo, Erythrée, Ethiopie, Géorgie, Cachemire, Kosovo, Libéria, Papouasie Nouvelle-Guinée et Sierra Leone... Nombre de compagnies militaires privées ont partie liée avec des vendeurs d'armes, dont ils contribuent à écouler la marchandise. Outre les rapports étroits entre Gurkha Security Guards et J&S Franklin, il faut noter que le fondateur de DSL, l'ex-commandant SAS Alistair Morrison, n'est autre que l'ancien PDG de la filiale britannique de la firme allemande Heckler & Koch. Quant à Vinnell, qui entraîne la Garde royale saoudienne, elle est la filiale de l'empire informatique BDM International, dont les ventes d'armes représentent la moitié du chiffre d'affaires. Depuis la fin de la guerre d'agression de Pretoria contre ses voisins, le géant sud-africain Armscor s'est trouvé contraint de conquérir de nouveaux marchés à l'extérieur, notamment là où les mercenaires-VRP jouent un rôle de rabatteurs de contrats de fournitures de munitions et d'armes légères. Bref, de quoi donner toute sa pertinence à cette phrase de François Soudan lorsqu'il écrit dans l'hebdomadaire Jeune Afrique : «Les marchands de sécurité se nourrissant de l'insécurité, la tentation est forte, pour eux, de la nourrir». C'est, en tout cas, le point de vue de Enrique Bernales pour qui «les intérêts de tiers, en particulier de compagnies pétrolières, minières et diamantifères soucieuses de mettre la main sur les ressources naturelles de grande valeur que recèlent ces pays [africains], sont à l'origine de l'instabilité et des conflits armés qui ne font qu'aggraver les souffrances et la pauvreté de

Notes :

(1) L'expression « révolution dans les affaires militaires » (RAM) date des années 70, au moment où les Soviétiques intègrent les nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC) dans leurs méthodes tactiques. Les Américains reprennent l'expression à leur compte. La RAM désigne surtout les changements intervenus dans l'art de la guerre depuis l'entrée dans l'ère numérique : l'utilisation massive du satellite pour le renseignement et les télécommunications militaires, la militarisation de l'Internet pour des utilisations stratégiques, la modélisation du champ de bataille, etc.
(2) François-Bernard Huyghe, L'Ennemi à l'ère numérique, PUF, 2001.
(3) International Institute of Strategic Studies, The Military Balance, 1987-1997.
(4) David Isenberg, « Soldiers of Fortune Ltd : a profile of today's private sector corporate mercenary firms », Center for Defense Information, Washington, novembre 1997.
(5) « De la privatisation de la guerre à la privatisation du peacekeeping ? » Richard Banégas, actes du colloque du 30 novembre 2000, organisé par l'ONG Survie à l'Assemblée nationale française. Supplément à la Revue Damoclès, 2ème trimestre 2001.
(6) Junior mining company : c'est une expression anglaise de portée générique, désignant une société minière d'importance modeste, par rapport à des géants comme Rio-Tinto, Anglo-American ou De Beers.
(7) Interview de Bruce Walsham à la CBC dans le cadre de l'émission « Fifth Estate », 3 novembre 1998.
(8) Rapport sur la question de l'utilisation de mercenaires comme moyen de violer les droits de l'homme et d'empêcher l'exercice du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, présenté par Enrique Bernales Ballesteros, à la 57ème session de la Commission des droits de l'homme de l'ONU, le 11 janvier 2001.
(9) « Private Military Business », Financial Times, 18 avril 2001.
(10) Alvin et Heidi Toffler, Guerre et contre-guerre. Survivre à l'aube du XXIe siècle, Fayard, 1994.
(11) « La privatisation des forces armées : une évolution inéluctable ? », L'Armement, mars 2000.
(12) Philippe Chapleau et François Misser, Mercenaires SA, Desclée De Brouwer, 1998.
(13) Mémoire de DEA de relations internationales (option stratégie) sur « la politique militaire de la France au Sud du Sahara, du Discours de La Baule à l'Opération Hadès : du désengagement à la privatisation », UFR de Sciences Politiques, Université Paris I Panthéon-Sorbonne, année 1999-2000.
(14) « Mercenarios en la guerra de Colombia », La Vanguardia, 23 juillet 2001.
(15) « By 1966, Wackenhut could confidently state that it had secret files on 4 million Americans », Spy Magazine, septembre 1992.
(16) Mail and Guardian, 5 février 1997.
(17) « Privatizing War », The Nation, 23 juillet 1997.
(18) « Vers une spirale de la violence ? Les dangers de la privatisation de la gestion du risque des investissements en Afrique. Les activités minières et l'emploi de compagnies privées de sécurité », Samia Kazi Aoul, Emilie Revil, Bruno Sarrasin, Bonnie Campbell et Denis Tougas. Mémorandum présenté par la table de concertation sur les droits humains au Congo-Kinshasa, Développement et Paix — Mining Watch Canada, Montréal, mars 2000.
(19) Sunday Times, 3 août 1997.
(20) Philippe Chapleau, « Les mercenaires, nouveaux VRP de Pretoria », Jeune Afrique Économie, mai 1993.
(21) « Les marchands de sécurité », Jeune Afrique, 7 mai 1997.
(22) Rapport de Enrique Bernales Ballesteros à la 57ème session de la Commission des droits de l'homme de l'ONU, 11 janvier 2001.
(23) Conversation avec Patrick Smith, rédacteur en chef de la lettre d'information Africa Confidential (Londres).